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Suppression du RSI ? Quand Emmanuel Macron fait le lobbying de la technostructure contre la liberté des entrepreneurs

C'est ce mardi 8 décembre qu'Emmanuel Macron jugeait le RSI comme "une erreur". Aux yeux du ministre de l'Economie, il est nécessaire de réfléchir à une "réforme plus pragmatique" du régime social des indépendants.

Encore une copie à revoir ?

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Suppression du RSI ? Quand Emmanuel Macron fait le lobbying de la technostructure contre la liberté des entrepreneurs

Emmanuel Macron, qui s’est enrichi lorsqu’il était salarié d’une banque d’affaires et qui n’a jamais travaillé à son compte, défend une idée toute sociale-démocrate de l’entreprise. Dans son esprit, l’entreprise, ce sont d’un côté des capitalistes héritiers qui possèdent une structure juridique et la rentabilisent, de l’autre des salariés qui lui prêtent leur force de travail à des coûts plus ou moins élevés. Mais de la prise de risque et de la création de valeur par un travail indépendant, ce que nous appelons historiquement l’entreprise, cette idée-là, il l’ignore superbement et n’en soupçonne peut-être pas l’existence.

On ne peut évidemment entendre autrement les propos qu’il a tenus sur le RSI dont il faut ici décoder le sens.

Le RSI, ce hold-up du siècle

Peu de Français comprennent le RSI. Il faut donc bien commencer par en rappeler succinctement le sens et l’origine.

Dans les années 30, la France avait développé une protection sociale obligatoire pour les plus bas salaires, et une liberté de couverture et d’affiliation pour les autres, notamment pour les artisans. En pleines séquelles de la crise de 1929, ce choix comportait une certaine dose de courage malgré les " trous dans la raquette " qu’il maintenait.

En 1945, Alexandre Parodi et Pierre Laroque, conseillers d’Etat, mirent en place la sécurité sociale qu’ils avaient, en vain, proposée à Vichy durant les premiers mois du régime de Pétain dont ils furent (ils l’ont dissimulé par la suite) de zélés collaborateurs. Ce système bureaucratique rendait obligatoire l’affiliation de toutes les personnes actives à un régime unique de protection sociale. Vichy en avait repoussé l’idée à l’époque par crainte d’un " collectivisation " de l’économie. Les technocrates du gouvernement provisoire profitèrent des circonstances de la Libération pour la mettre en pratique.


Pierre Laroque proposa à Pétain la création de la Sécurité sociale dès 1940

Contrairement à la légende forgée de toutes pièces depuis cette époque par les idéologues du solidarisme bureaucratique, la mise en place d’un régime unique de sécurité sociale suscita dès 1945 des réactions et des résistances très virulentes au sein de la société française. Les premières marques d’hostilité vinrent d’ailleurs de la CGT: celle-ci refusa catégoriquement la suppression de ce qui fut appelé par la suite les régimes spéciaux, beaucoup plus favorables que le régime général.

Dès 1947, les cadres créèrent l’AGIRC et l’ARRCO et, surtout, les indépendants refusèrent d’être absorbés par le régime général, pour des raisons qui sont, mot pour mot, celles qui nourrissent la haine des indépendants contre le RSI aujourd’hui. Egrenons-en quelques-unes: obligation d’affiliation à une couverture unique qui ne correspond pas aux choix libres des individus, taux de cotisations usuraires destinés à financer l’assistanat, rigidité d’un système qui épouse mal les fluctuations d’activité de l’entreprise, subordination à une caste de bureaucrates appelés " inspecteurs URSSAF " qui ne sont rien d’autres que des fonctionnaires rentiers de la solidarité, faibles performances sociales d’un système qui coûte cher et qui indemnise mal.

Bref, le régime unique de sécurité sociale pour les indépendants est une idée aussi idiote et mortifère pour l’entreprise que l’engagement dans la Légion Etrangère pour un artiste, ou la pratique quotidienne de la boxe pour un pianiste.

Le RSI, la revanche haineuse de la technostructure sur les indépendants

En 1947, les indépendants remportèrent une grande victoire en échappant à leur intégration dans le régime général de la sécurité sociale. La France de l’époque avait du bon: malgré l’émotion de la Libération, les forces sociales étaient encore en position de résister aux logiques hégémoniques de la technocratie. Certes, à cette époque, les présidents de la République en tartinaient moins sur le dialogue social, sur la démocratie sociale, sur les grandes conférences sociales et autres balivernes qui dissimulent tant bien que mal la rupture profonde entre le pouvoir politique et la société. En revanche, ils évitaient de violer le corps social en imposant sans mollir des réformes inventées dans les couloirs hors sol des ministères dont le premier résultat est de braquer ceux qui créent de la valeur.

Depuis 1947, la technostructure n’a jamais pardonné aux indépendants cette espèce de victoire au Camp des Eperons d’Or remportée sur l’idéologie solidariste. Il fallait bien que cette humiliation historique fût, tôt ou tard, payée amèrement.

C’est à cette oeuvre de vengeance que deux conseillers d’Etat devenus ministres se sont employés en 2005. L’ordonnance de Philippe Bas et Renaud Dutreil, sous l’autorité de Jean-Pierre Raffarin, constitua une première réparation du dommage de guerre. En fusionnant les trois caisses existantes pour les indépendants en une entité unique, ces technocrates revanchards ont créé les conditions d’une future fusion avec le régime général.


Jean-Pierre Raffarin a fossoyé le statut d’indépendant

Pour y parvenir, la logique était double. D’une part, le gouvernement créait une unité dans un système disparate, ce qui était une étape préparatoire à une future absorption par la sécurité sociale. D’autre part, il dégradait délibérément les conditions de gestion du régime en sous-dimensionnant la structure de portage, pour rendre sa survie impossible à long terme.

De façon très logique, Emmanuel Macron se propose aujourd’hui de " finir " le travail en réalisant l’étape ultime d’un projet quasi-séculaire: l’intégration des indépendants dans une sécurité sociale de salariés.

 
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  • Par luxyluxy - 14/12/2015 - 12:00 - Signaler un abus bien dit

    merci Éric Verhaeghe ,il est clair que toute reforme passera en tout premier lieu par la reforme du statut de la fonction publique ,mais personne n'en parle a gauche ,et pas bcp plus a droite

  • Par luxyluxy - 14/12/2015 - 12:05 - Signaler un abus bien dit

    merci Éric Verhaeghe ,il est clair que toute reforme passera en tout premier lieu par la reforme du statut de la fonction publique ,mais personne n'en parle a gauche ,et pas bcp plus a droite ca s'annonce compliqué!quand la democratie devient liberticide , la technostructure va pouvoir nous etouffer tranquillement... liberté,liberté cherie.....

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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