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Suppression des régimes spéciaux de la SNCF : pourquoi les cheminots CGT sont les principaux ennemis de la sécurité sociale depuis 70 ans

Selon Le Monde, Emmanuel Macron, qui voyageait avec des cheminots de la SNCF au début de l'été, leur aurait évoqué un deal qui fera date: l'État reprendrait la dette de la SNCF, mais le régime de retraite dispendieux des cheminots (financé largement par le contribuable) disparaîtrait au profit d'un grand régime universel. Manifestement, les cheminots n'ont pas bien compris que les années de veau d'or s'achevaient.

Anachronismes

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Suppression des régimes spéciaux de la SNCF : pourquoi les cheminots CGT sont les principaux ennemis de la sécurité sociale depuis 70 ans

Toute la presse en a fait ses gorges chaudes: Emmanuel Macron voudrait s'attaquer au régime de retraite des cheminots. L'information vaut d'être relevée puisque, en quelque sorte, la SNCF servirait de laboratoire expérimental au projet de réforme systémique des retraites que la ministre Buzyn a annoncé pour le prochain quinquennat du Président.

 

Les cheminots CGT, principaux ennemis de la sécurité sociale

Tout cela est évidemment l'occasion de rappeler quelques anomalies que la bien-pensance et la presse subventionnée évitent de relever. 

En premier lieu, il faut rappeler que s'il existe un régime spécial de retraites pour les agents de la SNCF, c'est bien parce que ceux-ci n'ont pas voulu, en 1945, intégrer le régime général.

Tous ceux qui nous vantent aujourd'hui les bienfaits du Conseil National de la Résistance et de la "Sociale" feraient bien de se souvenir que les premiers ennemis de la sécurité sociale furent les cheminots CGT eux-mêmes. 

Les militants CGT de la SNCF avaient une bonne raison de lutter contre leur absorption par la sécurité sociale. Celle-ci reposait essentiellement sur la branche retraites gérée par la CNAV, créée en 1941 par Vichy, dont les paramètres étaient beaucoup moins favorables que ceux de la loi sur les assurances sociales de 1910 puis de 1930. En 1945, le fameux CNR, réputé social, reprend pourtant le système vichyste intégralement en maintenant l'âge de la retraite à 65 ans. 

On ne dira jamais assez que c'était une profonde régression sociale par rapport au système existant avant 1940, qui avait placé l'âge de la retraite à taux plein à 60 ans. Les adversaires d'une sécurité sociale ouverte à la concurrence omettent toujours de le rappeler. Mais la sécurité sociale offrait des prestations tellement faibles par rapport à l'existant nationalisé par Vichy que personne ne voulait du régime général.

Bref, depuis 1945, la France a toujours vécu, contrairement à la propagande de la bien-pensance, une résistance quasi-instinctive à la sécurité sociale et à ses ambitions orwelliennes. On peut d'ailleurs savoir gré aux cheminots CGT d'avoir mené la lutte mieux que beaucoup de libéraux. 

Comment le contribuable finance les grévistes de la SNCF

Les cheminots avaient une autre bonne raison de rester hors les murs de la sécurité sociale. Cette astuce leur a permis, depuis 1945, de faire financer l'essentiel de leur entreprise et de leur protection sociale par le contribuable. 

Pendant des décennies, en effet, la SNCF a vécu d'une subvention de compensation de ses déficits par l'État, qui a permis aux personnels de vivre dans une parfaite allégresse. Sur le fond, il n'était pas anormal que le contribuable apporte sa participation à une entreprise qui décongestionne les routes et permet de se déplacer sans pollution excessive. Sur la forme, le choix fait au moins jusqu'en 1974 de financer "à guichet ouvert" tous les débordements de la SNCF a largement nourri une culture de la victimisation et du relâchement parmi les cheminots. 

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 08/09/2017 - 09:39 - Signaler un abus Aucun politique n'osera s

    Aucun politique n'osera s'attaquer de front à ce bastion du communisme... Il devra mourir de sa belle mort et on peut seulement aider à ce que ça aille plus vite..... comme pour Air France, la poste, l'enseignement, la presse subventionnée , le théâtre subventionné , etc

  • Par 2bout - 08/09/2017 - 11:34 - Signaler un abus Elle est pas belle, la vie ?

    Mais avant, un peu d'histoire. En 1909, une loi définit l'âge à partir duquel une pension de retraite peut être attribuée pour les agents de conduite des locomotives. Cet âge fut fixé à 50 ans, sachant qu'à l'époque, l'espérance de vie pour les hommes était de 49 ans !!! En un siècle, l'âge de départ à la retraite est passé pour les cheminots de 50 à 52 ans, et en parallèle, l'espérance de vie a augmentée de 30 ans. Rappelons également que nos arrières grand-pères (le mien, par exemple) devenaient des « roulants » avant l'âge de 13 ans, et que leurs droits à la retraite n'étaient acquis qu'à partir de 150 trimestres ... Cela s'appelle le progrès social, financé par le contribuable, pour une infime partie de la population qui ne se considère même pas privilégiée. Et pourtant ...

  • Par Atlante13 - 08/09/2017 - 11:54 - Signaler un abus Difficile d'abolir les privilèges,

    les parasites, on n'arrive jamais à s'en défaire. Mais une fois de plus, sont encore en cause ceux qu'on appelle les politiques, ces gens qui osent prétendre que seule la politique peut décider. Or un politique n'est qu'un moulin à vent, qui se caractérise par sa lâcheté et son populisme carriériste. Mais c'est à lui qu'on confie la clé de la bombe atomique...

  • Par vangog - 08/09/2017 - 14:04 - Signaler un abus Macron?...

    Non, j'rigole...

  • Par ISABLEUE - 08/09/2017 - 14:51 - Signaler un abus pfft l'Etat a déjà racheté les dettes de la SNCF

    que les conducteurs de trains partent plus tôt à la retraite, avec leurs horaires décalés, je suis d'accord. Pas contre, pas pour les autres salariés qui s'arrêtent à 57 ans, pourquoi ???? presque 10 ans de plus que dans le privé ! A quel titre ???

  • Par kelenborn - 08/09/2017 - 16:51 - Signaler un abus oui

    J'aime bien Verhaeghe...c'est un énarque comme moi alors...comme chantait Brel, entre notaires... Oui mais les cheminots ( et la situation est assez scandaleuse quand on subit le fonctionnement pitoyable de la SNCF) sont ils les seuls à vivre ainsi ? Réponse: oui parmi les rares dont les contribuables essuient l'ardoise! mais les autres...ceux qui sont financés par...LA DETTE !!! , c'est à dire, dans un pays qui a flingué son industrie et son agriculture, les millions de salariés du tertiaire non marchand ou ...marchand d'ailleurs !!! Ce serait trop long à développer dans le cadre de 1200 caractères mais tiens...je vais envoyer ça à Verhaeghe

  • Par assougoudrel - 08/09/2017 - 18:27 - Signaler un abus On a vue ce que cela a coûté

    au contribuable pour modifier le régime des dockers (1 200 000 francs) de pécule. Ils avaient même la prime de salissure alors que tout est palettisé ou conteneurisé. Le chantage au racket aux commandants des cargos pour être déchargé (une journée ou une nuit au port coûte une fortune); les vols dans les containers surtout en période de fêtes de fin d'année (avec le manifeste, il savent où aller chercher le champagne, les bijoux et le parfum et les produits de luxe). Les industriels français préféraient décharger leurs marchandises en Belgique ou en Hollande (alors qu'il y a la marée, contrairement au Havre). Cela faisait travailler en plus leurs trains et quand la marchandise arrivait en France, ils payaient 40% de moins que s'ils étaient passés par un port français. Cheminots et dockers français sont la honte du métier et ils se disent propriétaires de port et des voies ferrées. Je souhaite bon vent à macron.

  • Par zen-gzr-28 - 08/09/2017 - 19:54 - Signaler un abus Egalité et décence

    Au nom de quoi, les cheminots défendraient becs et ongles leurs indécents et injustes privilèges ? Il serait grand temps que tous les fonctionnaires soient alignés sur le privé et que tous les privilèges soient abolis . Que d'économies réalisées

  • Par Anguerrand - 09/09/2017 - 10:33 - Signaler un abus Égalité ?

    Oui mais pas pour tous, les fonctionnaires, régimes spéciaux sont une honte. Non seulement les cheminots actuels n'ont plus rien à voir avec ceux de " la bête humaine " ou dans une chaleur infernale il devait pelleter du charbon durant tout le voyage ce qui justifiait leurs privilèges mais maintenant il est certainement plus normal qu'il partent à nos frais à 52 ans quand ils sont en cabines climatisées quand les routiers travail autrement plus pénible part à 62 ans. En fait c'est leur chantage aux grèves et au blocage de la France ( il y a encore une prochainement ) qui les épargnent. Ce n'est doublement pas normal, car ça coûte cher à la SNCF , donc à nous ( dette 45 milliards) chaque grève coûtant le prix de 2 rames de train, les banlieusards et Alstom vous remercient. Ce sont de sales égoïste et je ne parlent pas des avantages et des primes. Savez vous qu'à la SNCF il existe une prime pour eux qui n'en ont aucune ! Fort.

  • Par LordLeleu - 09/09/2017 - 10:58 - Signaler un abus Un peu de démagogie ne fait pas de mal

    Je tiens à préciser que le fameux avantage que monsieur a l'air d'envier, ça n'existe que dans ses rêves. Macron ne dit cela que pour remonter dans les sondages car ce régimes est deja réformé. L'âge de 52 ans évoqué ne concerne que les conducteurs, et ce n'est qu'un âge d'ouverture de droit, pas une retraite à taux plein. La durée de cotisation est la meme pour les cheminots que pour les autres, 42,5ans. sil parte à 52 ans j'imagine que leur retraite doit être minimale. Pour le reste j'invite mr verhague (concernant le prix dès billet) à regarder l'exemple de la lgv Paris bordeaux qui est une ligne géré par Vinci et qui s'enrichit sur le dos du contribuable en mettant des péages hors de prix. Encore un ppp qui va bien marcher (stade de foot de Marseille, de bordeaux, etc...) . Mais bon de temps en temps, un peu de politiquement correct ne fait pas de mal, nest ce pas mr Verhague ?

  • Par Poussard Gérard - 09/09/2017 - 13:43 - Signaler un abus prochain quinquennat du Président?

    Vous actez le fait que le nazillon se voit pour deux mandats voire plus car il va changer la loi...pour lui... Pauvre pays gouverné par des ambitieux qui nous méprisent et nous insultent

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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