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Suppression de postes dans l’Education nationale : pourquoi Jean-Michel Blanquer en fait trop et pas assez en même temps

1800 postes supprimés dans le second degré. C'est l'annonce de Jean-Michel Blanquer de ce lundi 17 septembre. Une annonce qui s'inscrit dans la promesse de campagne d'Emmanuel Macron de supprimer 120.000 postes dans l’ensemble des trois versants de la fonction publique durant ses cinq ans d'exercice.

Problème de dosage

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Suppression de postes dans l’Education nationale : pourquoi Jean-Michel Blanquer en fait trop et pas assez en même temps

 Crédit XAVIER LEOTY / AFP

 
 

Atlantico : 1800 postes en moins. Cela représente 0,2 % des emplois du ministère. Comment évaluez-vous cette annonce ? Effet de com' ou véritable économie ?

Pierre Duriot : On a du mal à le suivre, d'un coup, ce ministre, qui réduit, en deux interventions, coup sur coup, l'extraordinaire popularité dont il semblait jouir malgré la chute du gouvernement dans les sondages. Entre « paquet » sur le primaire, avec le dédoublement des classes de CP et de CE1 des zones sensibles, déshabillage du secondaire où, pourtant les statistiques montrent une hausse des effectifs et un recours à des heures supplémentaires, là où il faudrait de nouveaux professeurs, la constitution d'équipes pérennes et solides, pour lutter contre la difficulté scolaire devenue très prégnante, on cherche une logique.

On en cherche une autre avec les discours sur l'exigence de contenus et de rigueur, la valorisation du bac... et on quitte, avec cette annonce de suppression, une certaine cohérence. Pour autant, le ministre explique que le taux d'encadrement ne changera pas. Encore faudrait-il savoir si, dans ce taux d'encadrement, il compte tout le monde ou seulement ceux qui sont au contact des élèves et avec des missions pédagogiques. A tout le moins, les incantations sur la pédagogie par l'expérience, l'expérimentation, le travail en atelier, risquent d'en prendre un bon coup si on se retrouve à trente élèves pas classe, voire plus, en seconde par exemple. On se rassure un peu, s'il s'agit de supprimer des administratifs, ce qui peut sembler logique étant donné l'ensemble des opérations maintenant réalisées en ligne.

D'un point de vue purement comptable, 1800 postes, ce ne sont pas des économies, ce sont, à l'échelle du ministère, des sommes dérisoires visant sans doute plus à calmer les chantres de l'anti-fonctionnariat, à droite, sans trop énerver les gauchistes, adeptes d'un « service public de qualité ». La mesure sonne plus comme une communication mi-chèvre mi-choux que comme la recherche d'une quelconque efficacité. Reste que le budget de l'enseignement a gagné deux milliards par an sur les dernières années sans que les résultats ne soient au rendez-vous.

Pour vous, l'éducation nationale pourrait-elle se permettre de supprimer d'avantage de poste ? Notamment pour les postes de professeur qui ne sont pas devant les élèves…

C'est difficile et c'est surtout un terrain glissant. Le haut niveau d'instruction d'un pays est une condition incontournable pour un bon exercice démocratique, une harmonie sociale, un marché du travail dynamique et évolutif et des relations sociales apaisées. Il se trouve que les zones dans lesquelles l'instruction a le plus de mal à s'imposer sont aussi les zones les plus délinquantes, qui comportent le plus grand nombre de chômeurs et les phénomènes urbains les plus inquiétants. L'éducation et l'instruction ne sont pas les seuls ressorts, ni les seuls leviers, mais ce sont deux paramètres importants. On peut aussi mesurer ce que que sont les pays où les niveaux d'instruction et d'alphabétisation sont les plus bas. On ne peut pas jouer avec l'instruction de masse, il y va de notre survie. Cependant, certains postes interrogent et pour être bien clair, je peux citer des exemples concrets. Ont été créés de nouveaux postes d'assistants de prévention, en lien avec les directeurs et qui sont des professeurs des écoles devenant ainsi, sans élèves, avec quelles compétences ? Ils reprennent des missions de sécurité préalablement assurées par les conseillers pédagogiques de circonscription en EPS, dans le cadre de leurs tâches habituelles. Pourquoi, comment ? Egalement, alors que les zones prioritaires de campagne (REP) ont été liquidées, subsistent depuis des années des coordinateurs sans plus aucune mission de coordination, mais eux aussi, déchargés d'enseignement. Ceci alors que des remplacements, dans le primaire comme dans le secondaire, peuvent ne pas être assurés et que manquent, en primaire, de très nombreux maîtres spécialisés, bien utiles dans le traitement de la difficulté scolaire la plus lourde. Un état des lieux pourrait viser à remettre à des tâches d'enseignement un certain nombre de ces postes, plutôt que de les supprimer, si on souhaite vraiment une amélioration des actions auprès des élèves. Là encore, on cherche une cohérence.

 
Commentaires

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  • Par gilbert perrin - 18/09/2018 - 10:11 - Signaler un abus MENSONGE... de Blanquer ? comme les autres, il magouille la lang

    l'augmentation du ombre des enseignants sous hollande, a augmenté la dépense publique et la masse salariale !!! vous êtes d'accord… la suppression de 1500 poste sous MACRON 'aura aucun effet sur la dépense publique , ni la masse salariale.. je suis fier de leur DIRE : je ne suis pas plus CO N que VOUS !!! gp

  • Par vangog - 18/09/2018 - 10:44 - Signaler un abus Dans les Alpes-maritimes, trois classes supprimées...

    peu après la rentrée scolaire (c’est super intelligent!) dont deux dans les villages de la ruralité, qui se dépeuple au profit des métropoles saturées et sur-pollueés (ça aussi, c’est intelligent!...). Et, en même temps, les ghettos créés par le socialaud- ripoublicanisme ont droit à des classes de quatorze élèves, pour tenter d’enseigner l’arabe aux »malchances pour la France  »... du pur délire macroniste! Alors qu’il fallait faire l’inverse : baisser le budget de l'éducation nationale socialiste et remettre l’encadrement pédago-trotskyste au boulot!

  • Par lasenorita - 18/09/2018 - 11:08 - Signaler un abus Des économies sont à faire ailleurs...

    que dans l'Education Nationale où dans certaines écoles on trouve des classes de 35 élèves..etc...En 2018:une augmentation de 30.000 élèves a été notée et en 2019:40.000 élèves sont attendus,les écoles en milieu rural sont malmenées!Les jeunes enfants ''français'' de nos villages doivent prendre un bus de ramassage scolaire à 8 heures et retourner à leur domicile après 17 heures,l'instruction étant obligatoire à partir de 3 ans,voyez ces enfants absents de chez eux si longtemps,dans un village qu'ils ne connaissent pas et dans des classes surchargées!...Les enfants musulmans d'origine ''étrangère'',eux,vont dans des écoles près de leur domicile et leur classe n'ont que 12 élèves...ces musulmans qui ne paient pas d'impôts,qui cassent tout,qui profitent de toutes les ''aides'' sociales et qui ont chassé TOUS les non-musulmans de leur pays natal!...

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 18/09/2018 - 11:33 - Signaler un abus En même temps

    L’honnêteté obligé à dire que les classes de 12 élèves : c’est gratis mais quand la scolarité est payante ( ex :réseau EN a l’étranger :coût 400 €/mois) ils n’hesitent pas à enquiller 32/34 élèves par classe Business oblige et grosses primes à la clé souvent non imposables . NB l’enseignement y est-il plus performant ?? ?

  • Par Stargate53 - 18/09/2018 - 11:45 - Signaler un abus On fait des annonces mais jamais une photo n est transmise !

    Comment approuver ou pas ces suppressions de postes alors que l on ne connaît pas le nombre de classes à plus de 12 élèves alors que cela semblent être la norme retenue pour un enseignement de qualité ! Quand aux administratifs, avec un peu de modernité d informatique de bons logiciels et des gestions au plus près du terrain, ne pas remplacer les départs en retraites doit être possible et facile !

  • Par Atlante13 - 18/09/2018 - 11:54 - Signaler un abus Et pourtant,

    j'ai entendu dire qu'il y avait au moins 30.000 enseignants dûment répertoriés mais dont personne ne savait où ls étaient exactement.C'est sûrement une légende, mais comme ça ne représente que 2% du nombre de salariés, alors...

  • Par Poussard Gérard - 18/09/2018 - 13:33 - Signaler un abus Suppression pour recruter

    des enseignants en arable ou bénévoles qui ne maîtrisent pas le français??..Blanquer a subi un lavage de cerveau macronien pour sortir des inepties pareilles...

  • Par francoise34 - 18/09/2018 - 23:38 - Signaler un abus Et l absentéisme ?

    Pourquoi autant d absenteisme, les profs sont beaucoup plus malades que les cadres moyens A cause de la contagion des maladies infantiles je suppose ?

  • Par gilbert perrin - 20/09/2018 - 08:30 - Signaler un abus demandez à BLANQUER le sauveur....

    quelque soit la mesure prise, les fonctionnaires ne sont jamais perdants ??????

  • Par tananarive - 20/09/2018 - 10:07 - Signaler un abus Magouille.

    600 postes supprimés dans le privé, alors qu'il faudrait plus d'enseignement privé, la gauche dans toute sa splendeur.

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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