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Suicides à France Télécom et à la Poste : le management français manque-t-il de sensibilité ?

Au-delà des cas personnels, les suicides des salariés en entreprise illustrent un aspect peu évoqué de la société française.

Souffrance

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Pourquoi tant de suicides au travail en France ? Pourquoi la question du harcèlement et du stress au travail est encore si négligée en France ? Pourquoi,  si peu d'initiatives efficaces, malgré l'émotion, les enquêtes et les rapports parlementaires ? Enfin, pourquoi une telle surdité de la part des pouvoirs publics, de la classe politique, mais aussi des syndicats et des managers ?

Nous voulons partir de cette «anomalie » car elle révèle les failles d'une culture politique et managériale qui ignore presque tout de la gestion des humains en situation de crise extrême. Le suicide « au travail » bouleverse et indigne, alors que la mort volontaire des enfermés, des policiers et des agriculteurs, en revanche, suscitent seulement silence et désintérêt. Et pourtant : au travail ou en prison, les différences sont moins grandes que ce l'on pourrait penser et les causes sont sur le fond les mêmes.

Combien d’experts savent en effet que le milieu carcéral français génère sept à huit fois plus de suicides que dans l'ensemble de la population et qu'à comparaison pondérée par populations et densités carcérales, il y en a quatre à cinq fois plus en France qu'en Italie, aux États-Unis ou en Espagne.

Le coût humain de la concurrence généralisée

Lorsqu’il s’agit de « suicides au travail », la société civile, l’opinion publique et les médias sont bouleversés par ces morts désespérés qui font l'effet d'un électrochoc. On cite les tragédies des familles, on pointe du doigt les pressions des « chefs », le malaise et le stress individuels… mais les causes profondes restent inexplorées. France Telecom devient Orange, Renault fusionne avec Nissan, la Poste s'internationalise et se « privatise ». Des entreprises d’État, avec ses personnels « garantis », dans un environnement peu concurrentiel plonge dans la mondialisation accélérée, sans aucun ménagement des individus et des groupes qui formaient auparavant la communauté de travail, son principal amortisseur de crise.

On passe ainsi d'une quasi-absence de pression sur les performances et une cogestion humaine traditionnellement organisée avec les syndicats à un univers déshumanisé et impitoyable. Dans ce contexte de destruction des solidarités, où chacun est en concurrence avec tout son environnement, les suicides représentent les coûts humains de la concurrence généralisée, qui se trouve  être - grande nouveauté - individuelle et mondialisée à la fois. Et le management montre toutes ses limites et son absence de réactivité. Voilà ce qui est grave et révélateur du déni de responsabilité des « managers » tant dans le « privé » que dans la sphère publique : entreprises et administrations s'en remettent au « symptôme » et au traitement individuel. On présente les suicides comme une série noire : on parle de « contagion » pour les prisons ou de « mode », selon la macabre expression de l’ineffable ex-PDG d'Orange/France Telecom, Alain Lombard. 

 
Commentaires

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  • Par zaz - 13/03/2012 - 10:05 - Signaler un abus Travailler plus pour gagner plus...

    Le slogan "travailler plus pour gagner plus" me semble en tout point révélateur de la situation du travail : on ne va plus au travail pour créer de la valeur, pour participer a quelque chose ou encore pour se développer soit même. On y va soit "pour gagner plus" (version UMP) soit "pour travailler moins" (version PS). Comment s'étonner dès lors, d'une part que les salariés soient insatisfaits - ils ne gagneront pas réellement plus, et ne travaillerons pas réellement moins - et que les patrons soient mécontents de ces "mercenaires", et donc les traitent comme tel ?

  • Par Alicee1 - 13/03/2012 - 11:12 - Signaler un abus Aide enquête santé au travail

    Bonjour, je suis étudiante en doctorat de psychologie à l'Université. Je me permets de vous adresser ce mail car je cherche à diffuser une enquête anonyme de recherche sur la santé au travail. En effet, pour les besoins de mon enquête il faudrait que je dispose d'environ 250 participants qui se connectent à partir de mon lien (ci-joint, ci-dessous) mais je peine à les trouver. Je vous serais très reconnaissante et cela m'aiderait beaucoup si vous pouviez passer et diffuser le lien via vos contacts mails et sur tous types de blogs ou sites où l'on peut toucher des salariés du public ou du privé. Voici ci-dessous le lien électronique de l'enquête si vous voulez nous aider (la passation dure 20 minutes) : http://acasaucau.com/enquete.html En échange et si cela vous intéresse je peux vous envoyer aussi une synthèse des données recueillies par l'enquête. Merci bien de votre soutien, bien respectueusement

  • Par sam84 - 13/03/2012 - 11:53 - Signaler un abus Assez,de balivernes

    Dans toutes les entreprises publique la privatisation a pour conséquences,une réorganisation et un management du travail auxquels beaucoup de salariés fonctionnaires ne sont pas préparés Ils est faciles de faire porter le chapeau au management,mais je ne suis pas sur que cela va aider les salariés en souffrance Dans ce genre de souffrance le principe de réalité vaut toujours mieux pour la victime qu'un galimatias qui éparpille les causes et les effets pour mieux designer un faux bouc émissaire Dans toute relation de travail comme dans toutes relation humaine et toutes communautés de travail,il n'y a pas d'un coté des victimes et de l'autre des bourreaux ..Pourquoi ce malaise est il plus important en France peut être par ce que "les conséquences" font les beaux jours d'une armada de Pschy et sociaux en tout genre qui sans cela serait au chômage La aussi cette "socio -Psychiatrisation a outrance est une spécialité bien Française Moralité nous sommes les plus gros consommateurs d’anxiolytique des pays Européen ,avec des taux record de suicide A quand une étude sur la nocivité de ces gens qui prive ainsi les Français de leur capacité de résilience face aux épreuves de la vie

  • Par Harmaggedon - 13/03/2012 - 11:56 - Signaler un abus adaptation difficile ou simple pression médiatique ?

    bon nombre d'employés de ces grosses "boites" comme la Poste, France Telecom, y sont entrés, il y a quelques années, en raison d'un statut particulier et avantageux. Ils ont profité pour bon nombre, d'un encadrement laxiste soumis à un fort syndicalisme et à peu de productivité. Normal, c'était l'Etat qui payait. La restructuration les amenant petit à petit à être alignés et soumis progessivement au même type de management que celui qui se pratique depuis des dizaines d'années, dans les entreprises privées. Que les employés n'y soient pas habitués, que leur encadrement n'y sois pas bien préparé, par inexpérience et par mauvaises habitudes acquises, est une chose. Qu'ils soit dur de changer, est compréhensible, mais s'adapter est certainement moins dur, moins difficile que de perdre son travail et de pointer au chômage. 2 ou 3 suicides à France Telecom, 2 ou 3 suicides à la Poste (même si c'est dur, mais sur une ensemble de combien d'employés, au total ?) et l'on a droit à la une de tous les médias ! (F.T. avait 380.000 employés, quand British T. en avait 180.000...) Et combien d'agriculteurs, combien de commerçants, dans le même temps, se sont suicidés ? Là, pas un mot !

  • Par Lib - 13/03/2012 - 12:03 - Signaler un abus Pourquoi n'y a-t-il aucun chiffre dans cet article?

    Pourquoi parler sur 3 pages d'un sujet qu'on n'a pas pris la peine de définir? Pourquoi les gens du CNRS semblent-ils incapables d'adopter une démarche scientifique élémentaire? Pourquoi se saisir de 2 faits divers pour asséner les tartes à la crème habituelles contre la mondialisation (qui ne frappe que FT et la Poste, c'est bien connu)? Pourquoi refuser de voir que les entreprises concernées sont toutes publiques ou para-publiques? Pourquoi se contenter d'effleurer le sujet du statut protégé? Pourquoi cette incapacité à concevoir que la vraie maltraitance que subissent ces salariés, ce n'est pas le fait de leur mettre la pression aujourd'hui, c'est le fait de les en avoir dispensé pendant des décennies et de les avoir empêché de s'adapter au monde du travail?

  • Par Indigène Indigné - 13/03/2012 - 13:04 - Signaler un abus Un lien avec les anciennes entreprises de l'état ?

    Voilà comment ça se passe dans les anciennes entreprises d'état. Une hiérarchie complètement dépassée et carrement à côté de la plaque. Un personnel à la ramasse devant subir l'incompétence et l'inhumanité de leurs directions. A avoir tellement pris sur leur temps de travail pour refaire le monde pendant qu'ils étaient grassement payés par l'état, ils tombent comme des mouches confrontés à la réalité du monde du travail. Et encore, ils travaillent quand même dans les "meilleures" entreprises françaises (par meilleures comprendre plus grosses et même pleines de fric).

  • Par Aristote - 13/03/2012 - 18:20 - Signaler un abus Article honteux

    Aucune base quantitative pour soutenir la thèse d'un chercheur (?) du CNRS. Cela fait longtemps que l'on se suicide plus en France que presque partout ailleurs, et ce bien avant la "crise". Sans doute un des bénéfices du "modèle" français. Et comme partout, les gens qui ont un travail se suicide moins que ceux qui n'en ont pas. Il n'est absolument pas démontré que eu égard au taux moyen de suicide en France, le taux de suicide dans les grandes entreprises soit comparativement plus élevé qu'ailleurs. Jouer sur l'émotion au premier degré sur un sujet aussi grave est indigne.

  • Par le Gône - 13/03/2012 - 18:54 - Signaler un abus c'est vrai que pour certain cela devient insupportable..

    Passer d'un statut de "fonctioanire" (hyper protége..sans beaucoup d'heure de travail effectifs..et des arrets maladie que personne ne controle..)a celui de salarié privé avec tout ce que cela comporte est pour certain tout a fait insurmontable quand en plus les syndicats rajoutent une bonne couche de catastrophisme..et emplifient a qui miux mieux le climat dépressif du travail..y'a pas de miracle il s'en trouve toujours un/une pour craquer..

  • Par LeditGaga - 13/03/2012 - 19:33 - Signaler un abus @Le gône

    Bien vu en effet. Passer du statut de fonctionnaire (branleur, donc) à celui de salarié du secteur privé (travailleur, donc) ne doit pas être si évident pour tout le monde et, à la vérité, le problème est là : durant des années on demande à un gars de venir participer aux différents "pots" de la "maison de vacances" quand on lui donne subitement "du travail", dans la même "entreprise" et pour le même salaire ! Pire on lui dit que s'il ne fait pas son boulot correctement, il se pourrait qu'on se mette à lui trouver un remplaçant plus fiable, je comprends que ça puisse en "épuiser" ! PS : j'ai moi-même été fonctionnaire (branleur, donc) pendant 20 ans avant de me décider à bosser (travailleur, donc !), aussi je sais de quoi je parle !

  • Par Indigène Indigné - 13/03/2012 - 21:11 - Signaler un abus Bravo LeditGaga

    je suis passé dans une ancienne entreprise de l'état ; ils ont de beaux restes !

  • Par Benvoyons - 13/03/2012 - 23:51 - Signaler un abus Je suis d'accord avec Lib et Aristote quelqu'un qui affirme

    sans des chiffrages que nous puissions recouper me semble pas très honnête comme présentation. Faire passer l'ensemble du management Français pour des irresponsables et des SS prouve que le monsieur malgré son pedigree à une totale méconnaissance du milieu où il fait une charge idéologique donc sans valeur. Il est bien évident qu'il existe des managers débiles où qui disjonctent au moment d'obtenir le sésame du pouvoir et parfois aussi deviennent suicidaires. Mais cela reste marginale. De plus dire que le travail seule peut rendre quelqu'un de suicidaire est tout a fait malhonnête et aucun psy ne pourrait cautionner. Le problème est plus souvent que la personne dépressive est elle suivi par un psy ou par un généraliste? mais de toute façon la procédure est la même " médicament et médicament" au lieu de proposer du sport intensif 3 à 4 fois par semaine de la vitamine D et autres vitamines et de participer dans un théâtre amateur. Malheureusement leur hauteur et leur orgueil empêchent les psy et les généralistes de proposer cela. Donc je résume le suicide est le plus souvent pour les dépressifs les mauvais choix des spécialistes que du management à la Française.

  • Par vinitas - 14/03/2012 - 21:27 - Signaler un abus fonctionnaires branleurs?

    Les commentaires précédent combinent tous les clichés les plus éculés. Les fonctionnaires sont des branleurs selon certains ici, sauf que ce ne sont pas les fonctionnaires qui postent sur un site internet entre 11h et 14h....non eux il travaillent pendant que vous, vous les traiter de branleurs ! Les branleurs ne sont pas ceux que l'ont croit. Je travaille dans le privé donc je n'ai aucun intérêt particulier à défendre les fonctionnaires sauf que la critique doit être juste et non pas caricaturale pour être admissible. Le management français que ce soit dans le public ou dans le privé est une plaisanterie qui ne fait plus rire personne. Il vaut mieux entendre la souffrance des employés/cadres plutôt que de faire la sourde oreille comme vous semblez le faire, en utilisant un argument démagogique de surcroît....le fameux fonctionnaire fainéant blablabla....

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Marco Diani

Marco Diani est chercheur au CNRS, où il est membre d'une importante unité multidisciplinaire rattachée à l'Universités de Paris X et Paris VIII, à l’ENS et au CNRS. Il a été pendant plus de dix ans (1984-1996), Mellon Professor of Social Sciences and International and European Studies à la Northwestern University, à Chicago.

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