Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 24 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Risque majeur : notre surconsommation de sucre est-elle le nouveau tabagisme ?

Le sucre est connu pour les dangers qu'il fait peser sur la santé des consommateurs. Il favorise le diabète de type 2 par la prise de poids. Le tabac est lui responsable de maux comme les maladies respiratoires, différents cancers. La prise en charge de ces maladies coûte chère en termes de personnels et de moyens. Un parallèle pourrait apparaître.

Foie-gras humain

Publié le
Risque majeur : notre surconsommation de sucre est-elle le nouveau tabagisme ?

Atlantico : Le sucre favorise la prise de poids et des maladies comme le diabète de type 2. Le tabac entraîne lui, des cancers, de la gorge, des poumons et des maladies respiratoires. Le phénomène d'addiction est présent pour les deux éléments. Dans quelle mesure peut-on dire que le sucre est le nouveau tabac ? 

Stéphane Gayet : L’addiction à la fumée de tabac est liée à la nicotine qui est un puissant psychostimulant. Cette substance psychoactive stimule l’idéation et la créativité, tout en procurant une sensation de détente, de diminution de la tension psychique. Dans les années 1950 à 1980, le tabagisme était très répandu dans les milieux intellectuels. On se souvient des photos de philosophes, sociologues, physiciens, artistes… la cigarette aux lèvres ou à la main. Beaucoup avaient développé une dépendance au tabagisme, mais il faut reconnaître que bon nombre de fumeuses et de fumeurs s’en trouvaient assez bien : une toux chronique, le souffle un peu diminué, mais beaucoup de bienfaits nicotiniques en contrepartie.

La nicotine agit comme une drogue, elle emprisonne les fumeurs dans une consommation quotidienne. La plupart des gros consommateurs de tabac ne souhaitaient pas s’arrêter, car ils n’en éprouvaient pas le besoin. On a vu beaucoup de personnes fumer régulièrement un à deux paquets par jour. Longtemps, la médecine s’est focalisée sur le cancer du poumon comme "la complication" à redouter du tabagisme. Or, il ne frappe pas tous les fumeurs ; de plus, il survient tardivement. Mais les progrès de la science ont dénombré toute une kyrielle de maladies cancéreuses et non cancéreuses attribuables à la fumée de tabac et aujourd’hui encore on en découvre d’autres. C’est une affaire entendue : le tabac est un indiscutable et redoutable poison.

Avec le sucre et plus exactement le saccharose, sucre de consommation courante (sucre "alimentaire" constitué de glucose et de fructose), on assiste en effet à un phénomène addictif. Car c’est également un psychostimulant, mais beaucoup moins puissant que la nicotine. Le cerveau a essentiellement besoin d’oxygène et de sucre. Un manque important de sucre directement assimilable - le glucose - provoque un malaise et au maximum un coma. Au contraire, en état d’hyperglycémie modérée, on se sent bien, la fatigue est effacée et l’idéation est active. Le sucre agit en effet un peu comme une drogue : sa consommation procure une sensation de bien-être, elle est relaxante et plus on en consomme, plus on est incité à en consommer. Le métabolisme du glucose est sous la dépendance de deux hormones, l’insuline et le glucagon. Lorsque l’on absorbe une grande quantité de saccharose, la sécrétion d’insuline par le pancréas est fortement stimulée, ce qui fait baisser la concentration du sang en glucose qui pénètre dans les cellules. Si la quantité de saccharose absorbée est importante, supra physiologique, la sécrétion d’insuline réactionnelle sera également excessive, d’où une tendance à l’hypoglycémie après une ou deux heures, ce qui va inciter à reprendre du sucre. En effet, on peut parler de dépendance au saccharose. Cette dépendance s’installe dans l’enfance, se poursuit dans l’adolescence, et produit des enfants, des adolescents et des adultes obèses. Car les aliments qui font grossir sont avant tout les sucres, beaucoup plus que les graisses. On sait aujourd’hui que l’obésité est génératrice de diabète de type 2, et que le diabète de type 2 favorise un très grand nombre de maladies, dont des cancers.
 

Assiste-t-on à un développement de "nouvelles" maladies liées à la consommation excessive de sucre ? 

C’est une leçon de sagesse. Le sucre, le glucose ou son précurseur le saccharose (une molécule de saccharose se scinde en une molécule de glucose et une autre de fructose), est un nutriment essentiel à la vie, ou plutôt à notre vie. Toutes nos cellules en ont grand besoin et plus particulièrement notre cerveau et nos muscles. On pourrait penser de prime abord qu’il nous en faut beaucoup et même que son excès ne peut pas nous nuire. Mais il n’en est rien. Le glucose est à la fois un nutriment obligatoire pour nos cellules et un poison quand il est en concentration supra physiologique : l’hyperglycémie est toxique et explique bien des complications au cours du diabète. Mais n’est-ce pas là une règle générale ? N’en est-il pas ainsi de tout ? Trop peu est mauvais, trop est également mauvais. La sagesse consiste précisément en la recherche de l’équilibre en tout. Les États-Uniens ont l’habitude de nous devancer dans bien des domaines, pour ce qui est bon comme pour ce qui est mauvais.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€