Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 19 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

AS-SU-MER ! Autorité, fermeté et com’ tous azimuts, la semaine où Emmanuel Macron tente de passer (enfin) à la transformation promise du pays

Alors que le gouvernement connaît son premier mouvement social d'envergure, Emmanuel Macron était jusque là resté en retrait, préférant envoyer Edouard Philippe au front. Mais cette semaine, le président de la République multiplie les sorties médiatiques. Alors quels sont les enjeux ?

En marche vers le changement ?

Publié le
AS-SU-MER ! Autorité, fermeté et com’ tous azimuts, la semaine où Emmanuel Macron tente de passer (enfin) à la transformation promise du pays

 Crédit ludovic MARIN / POOL / AFP

Atlantico : Dans un contexte de mobilisations sociales multiformes, des cheminots aux étudiants, Emmanuel Macron va s'employer, au cours de cette semaine du 9 avril, à parler aux Français. De son discours au Collège des Bernardins de ce 9 avril, au JT de 13h00 de ce jeudi 12 avril, à son intervention sur BFMTV-RMC-Médipart prévue pour le 15 avril prochains, comment interpréter l'image que Emmanuel Macron se fait du pays, et des Français qu'il cherche à convaincre pour dépasser ce qu'il qualifie "d'ancien monde", et des "vaches sacrées" que peuvent caractériser les différents mouvements actuels (zadistes, syndicats, étudiants, cheminots etc...) ? 

Maxime Tandonnet : Il me semble que le président Macron et son gouvernement sont confrontés à une situation qu'ils n'attendaient pas.

Le succès à l'élection présidentielle représente un choc psychologique considérable et tout nouveau chef de l'Etat a le sentiment sincère qu'une ère nouvelle s'ouvre avec son succès. On se souvient de Giscard d'Estaing et sa nouvelle société libérale avancée, ou de Mitterrand dont l'un des plus proches compagnons, Jack Lang, annonçait l'avènement de "la lumière" après la "nuit" ou encore de la "rupture" de Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron, du fait de sa jeunesse, a porté cette logique à son paroxysme, invoquant un monde nouveau qui succède au monde ancien. D'ailleurs, il ne parle guère de réforme mais de "transformation" du pays. Les présidents reproduisent ainsi l'esprit de la révolution française et l'idéologie sur la table rase : le passé est fini et un nouveau monde s'est ouvert avec eux. Dans l'imaginaire qui s'attache au succès de M. Macron, le monde ancien est celui d'une France ringarde qui cultive l'esprit de clocher et de terroir, les droits acquis, les statuts, le conservatisme. Elle est vouée à disparaître. La France nouvelle est sans frontière, hors sol, ouverte sur le monde, en renouvellement permanent, à l'image des Start up et de la finance. Le problème, c'est que nous sommes là dans la communication, dans l'idéologie, et forcément, la caricature, opposant le mal, c'est-à-dire l'ancien, au bien, c'est-à-dire, le neuf. Or, la réalité est infiniment plus complexe. Dans un vieux pays de 1500 ans, l'ancien et le moderne s'imbriquent l'un dans l'autre. M. Macron comme président de tous les Français, réalise qu'il doit impérativement parler aux retraités, aux catholiques, aux étudiants des universités, aux syndicats, aux fonctionnaires et aux cheminots et tenter de réinstiller la confiance. L'heure de l'idéologie, du nouveau monde opposé à l'ancien est est en train de s'achever. Le temps du réalisme commence. D'où l'offensive de communication qui est programmée, marquant peut-être un premier tournant du quinquennat.

Christophe Boutin : On connaît les dons d’acteur de notre Président, mais, effectivement, nous sommes ici face à une offensive aussi diverse que variée. Hier soir lundi, c’était donc « un Ricoeur sinon rien » au collège des Bernardins. Emmanuel Macron, plus Bourdaloue que Bossuet, s’est s’employé à réconcilier État laïc et religion catholique. On sait que les États généraux de la bioéthique ont lancé le débat dans les Espaces de Réflexion Éthiques Régionaux (sic !), faisant s’épanouir les mille fleurs du relativisme. Emmanuel Macron tentait donc de désamorcer discrètement, face aux archevêques et évêques, les dossiers PMA, GPA et Euthanasie qui font tousser dans quelques sacristies et, plus encore, au sein de certains groupes de fidèles. Pour cela il les joignit à la question des migrants et demanda aux catholiques - et français toujours - « trois dons » : leur « humilité » de rester une Église « questionnante » (sic) et de ne pas donner de leçons ; leur « engagement » pour l’Europe qui apporte la paix ; leur « liberté » de dialoguer avec l’Islam. On restera réservé sur cette première prestation. Outre le ton du prêche, le Chef de l’État disparaissant par trop derrière le philosophe de salon, il n’est pas certain que Simone Veil, la philosophe de L’enracinement, ou Georges Bernanos, l’auteur de La France contre les robots, auraient apprécié d’être mentionnés, même de manière annexe, comme on peut se demander si le catholicisme est bien la première religion concernée en France par « le respect de la liberté de ne pas croire » ou celui « des lois de la République ». Mais les choses sérieuses et plus directement politiques sont encore à venir. Jeudi, ce ne sera donc plus du Ricoeur, mais du Pernault. Le président « upper-class » de la « start-up nation France » ira s’adresser les yeux dans les yeux à cette France des terroirs dont ose encore nous parler le JT de 13h de TF1, faisant hurler de rage notre intelligentsia. Il s’agira d’expliquer aux laissés pour compte de la « démocratie bottom up » que le train de la modernité continuera à desservir toutes les gares, même les plus éloignées – mais on peut penser qu’Emmanuel Macron évitera cette image ferroviaire. Apothéose dimanche où, devant un public formaté par le visionnage en boucle de reportages commentant l’absence d’information, suivis de commentaires d’éditorialistes interprétant ce néant, Emmanuel Macron terrassera non pas une, mais deux hydres : à droite, celle du populisme au ton direct incarné par Jean-Jacques Bourdin ; à gauche celle du marxisme sournois incarné par Edwy Plenel, le seul trotskiste à porter la moustache de Joseph Staline. C’est lors de ces deux prestations de jeudi et dimanche que le Président sera appelé à commenter une actualité qui, vous le signalez, est placée sous le signe des tensions sociales cette semaine, avec, entre autres, le démantèlement de la ZAD de Notre-Dame-des Landes, les occupations des universités et la grève de la SNCF.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par cloette - 10/04/2018 - 07:48 - Signaler un abus pêcher

    par excès de confiance en soi amène pour le pécheur de grande désillusions ! Il n'y a pas que les populistes ou les adeptes de Plenel qui ne sont pas dupes et ne boivent pas les paroles complexes de Macron avec la religiosité du grand croyant. Et par dessus le marché, "il" croit qu'il va convertir les curés ?

  • Par vangog - 10/04/2018 - 08:09 - Signaler un abus Hé ho, Atlantico! Sélectionnez des sujets qui intéressent...

    les Français, si vous désirez avoir abonné sur et lecteurs, et démarquez-vous des médias-propagande, même si ça vous fait mal aux fesses! Un sujet beaucoup plus intéressant que Macrouille: Très belle victoire du Nationaliste Viktor Orban avec 48,5 % des voix , soit 4 points de mieux que la dernière élection législative, avec une participation record de 69,41%...la France gauchiste rêverait d’une telle démocratie, mais on en est encore loin, avec la nomenklatura PS-macroniste qui nous gouverne, et dont Atlantico fait une publicité malsaine.

  • Par gilbert perrin - 10/04/2018 - 08:28 - Signaler un abus MACRON et la dictature...

    il n'a pas d'autre souci que d'écraser son peuple !!!!

  • Par ISABLEUE - 10/04/2018 - 10:24 - Signaler un abus Incroyable

    et le petit Macron qui va servir la soupe à Plenel et pas un mot !! Benoit Rayski, où êtes vous ?????? Ce président trés mal élu qui parle aux évêques au nom de l'Etat !! Mais on est où, là !!!!!

  • Par Geolion - 10/04/2018 - 10:59 - Signaler un abus Lettre ouverte au Président de la République 1

    Monsieur le Président Je suis, comme d'innombrables citoyens français, scandalisé par ce qui se passe en France, en ce moment, au plan du respect de la loi ! Un pays où l'État n'est pas capable de faire évacuer, d'une université de plusieurs milliers d'étudiants, une centaine d'éléments violents, ultragauchistes, non étudiants pour la plupart, qui en interdisent l'entrée aux étudiants pacifiques, est un pays qui s'engage sur la voie d'une chienlit généralisée…! Un pays où l'État n'est pas capable de faire évacuer en quelques heures une zone de non droit de son territoire occupée illégalement, sans droit ni titre, par cent à deux cents ultra-violents pseudo écolos gauchistes est un pays qui s'engage sur une voie pouvant conduire à la guerre civile …! Un pays qui accepte que ses policiers et gendarmes se fassent caillasser, incendier, voire tuer par des ultra-violents et qui ne tolère pas qu'un seul de ces ultra-violents soit seulement blessé par lesdits policiers ou gendarmes est un pays qui se soumet d'avance à la loi de la violence …!

  • Par Geolion - 10/04/2018 - 11:00 - Signaler un abus Lettre ouverte au Président de la République 2 et fin

    Enfin, un pays qui réfute à l'État son droit régalien de faire régner l'ordre y compris par la violence est un pays mûr pour être asservi par une idéologie, une religion ou une dictature…! J'ai bien peur qu'on s'engage simultanément sur toutes ces voies... Et je pense que vous avez une grande part de responsabilité dans cette dérive... Avec mes respectueuses salutations Geolion

  • Par Ganesha - 10/04/2018 - 12:22 - Signaler un abus GHB

    Connaissez-vous le GHB ? C'est ce qu'on appelle la ''drogue du viol'' : un monsieur verse cette substance dans le verre d'une dame, et celle-ci se réveille le lendemain matin, seule dans dans son lit, n'ayant pas des souvenirs très précis sur ce qui s'est passé durant la nuit... L'élection présidentielle de 2017 correspond exactement à cette description, la propagande des médias ayant joué le rôle du GHB. La différence, c'est, qu'en général, le violeur disparaît, se cache et nie lorsqu'on l'interroge ! Macron, lui, se retrouve sous le feu des projecteurs ! Évoquer la possibilité de sa réélection en 2022 est grotesque : il va être balayé comme l'on été avant lui cette crapule de Sarko et ce crétin de Hollande ! Comme Matteo Renzi en Italie ! Le mouvement social actuel n'arrivera probablement pas à le destituer, mais les élections européennes de Mai 2019 signeront sa mort politique !

  • Par cloette - 10/04/2018 - 16:13 - Signaler un abus Mai 2019

    On a une différence énorme avec l’Italie qui a beaucoup moins d’immigrés que nous

  • Par Citoyen-libre - 10/04/2018 - 16:16 - Signaler un abus Un sac de crabes

    Kouchner dit ou disait "je suis juif quand ça m'arrange". Il y en a certains qui revendiquent que Macron et les précédents, doivent se pointer au déjeuner du Crif. C'est devenu une obligation. Par contre Macron parle aux évèques, et c'est un tollé. On sort la loi 1905, son parapluie de vertus et tous les arguments habituels de la mauvaise foi. Voilà c'est un exemple de la difficulté à gouverner ce pays. Toutes les chapelles doivent être satisfaites, mais il est hors de question de positionner toutes les chapelles sur le même plan. La mienne bien évidemment étant la plus à prendre en considération. Je crois que l'individu qui va parvenir à concilier la férocité de la nature humaine n'est pas encore né dans notre pays. Alors tout à chacun va continuer à plaider pour sa chapelle. Et ça c'est la réalité, avec Macron ou sans Macron. Encore faut-il avoir l'honnêteté de le reconnaître.

  • Par Solognitude - 10/04/2018 - 16:25 - Signaler un abus Résume de l'article: ça se complique,

    Merci en tout cas à Mr Boutin, de rappeler que cette entourloupe de com et d'arnaque, que constitue cette limitation de vitesse programmée, ne serait pas sans conséquence sur le plan politique. Ce ne sera pas une goutte d'eau, mais un seau entier qui fera bientôt déborder le vase !

  • Par gerint - 11/04/2018 - 07:18 - Signaler un abus Il ment, il ment encore, il ment toujours

    Il fait semblant d'avoir des convictions et des sentiments auxquels il est étranger

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

Voir la bio en entier

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

Voir la bio en entier

Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€