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Stress post-traumatique : ce que la science nous a depuis appris sur la réalité du cauchemar des poilus survivants

En 1918, les soldats revenus du front plongent dans l'enfer du souvenir. Les psychanalystes étudieront ces victimes et amorceront des recherches sur le syndrome de stress post-traumatique.

Boucherie

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Stress post-traumatique : ce que la science nous a depuis appris sur la réalité du cauchemar des poilus survivants

Les soldats qui ne sont pas morts au front en 14-18 sont restés marqués à vie par ce qu'ils y ont vu.

Atlantico: Sur 8 millions de partis, 7 millions sont revenus chez eux. Les Gueules cassées, ont vécu après la barbarie du front, l’enfer du retour. Désignés comme « troubles dus au bombardement » ou « souffle boulet », ces hommes souffraient d’une blessure psychologique invisible. Aujourd’hui, qu’est que la science nous a révélé du vécu des poilus ? Peut-on aujourd’hui affirmer que les soldats de la Première Guerre mondiale vivaient un stress post-traumatique ?

François Lebigot : Effectivement, les soldats de la Première Guerre mondiale ont certainement vécu une chose semblable au stress post-traumatique. Si les bombardements ont été intenses, s’il se sont vus morts, ils ont certainement vécu une névrose traumatique.

Ce que nous appelons « névrose traumatique » est un syndrome de répétition : ils revivent les événements subis soit la nuit dans leurs cauchemars, soit en état de veille.

Le soldat peut avoir le sentiment d’y être et être dangereux pour lui-même dans un état second, puisqu’il revit la scène exactement comme elle s’est produite. Puis il subit d’autres symptômes, non spécifiques : panique, angoisse, dépression (tous les degrés jusqu’au plus grave : le mélancolique avec un délire de persécution), des troubles des comportements (irritabilité, replis sur soi), de conduite suicidaires, agressives qui peuvent être meurtrières, alcooliques et toxicomaniaques et enfin des maladies psychosomatiques (hypertension, diabète, ulcère)  et des maladies de peau qui font partie de la névrose traumatique. L’une des caractéristiques du traumatisme psychologique est le sentiment d’avoir été souillé par la violence, le sang, l’horreur, qui se traduit par des maladies de peau.


La Première Guerre a-t-elle contribué à la recherche dans le domaine de la psychologie traumatique ? Comment a-t-elle évolué ensuite ?

La Première Guerre a contribué à une recherche essentiellement psychanalytique. Freud a proposé un modèle de la névrose traumatique en 1920, avec des articles comme Au-delà du principe du plaisir et Considération sur la mort, à partir des gens qu’il avait vus. Lui et ses élèves, travaillaient avec des militaires actifs et des anciens soldats. Ils ont travaillé sur l’intime, la complexité du mécanisme intime. Une méthode qui se situe dans l’un des grands principes du traitement des névroses : l’immédiateté (avec la proximité ou la simplicité). Ils demandent simplement au sujet ce qui lui est arrivé, en étant présent.

Ensuite, on s’attache à ce que la victime soit intégrée, au travail des infirmiers et des brancardiers par exemple, dans la collectivité militaire. Les personnes souffrant de névroses traumatiques se sentent exclues, différentes, incapables de communiquer avec leurs semblables. Cette recherche sur la psychopathologie se poursuit toujours. Elle est longue et repose sur des traitements qui ne sont pas psychanalytiques mais psychodynamiques. Par ailleurs, il y a deux autres grands types de recherches : les épidémiologiques, qui concernent la recherche sur certains types d’individus (l’impact sur les femmes par exemple). Et les recherches neurophysiologiques. Dans ce cas, nous étudions ce qui se passe dans le cerveau, quelles sont les zones impactées. En comprenant les mécanismes sollicités, les métabolismes cérébraux, sollicités dans la déviance traumatique, cela peut déboucher sur des traitements spécifiques. Si la Première Guerre mondiale a marqué un temps important dans la recherche sur ce sujet, la Seconde également notamment dans la question du traitement. Les Américains ont développé le débriefing en action collective.

En France, on l’a repris et modifié, on permet aux gens, à travers un traitement collectif d’être plus personnel. Il faut qu’ils comprennent qu’ils sont la solution au problème. Enfin, le Vietnam est un troisième temps important. Dix ans après le retour des GI, on a remarqué une hausse importante du nombre de suicides et une plus une grande proportion de ces personnes ne commettait des actes meurtriers. Ils ont créé des centres pour vétérans.

Tous les soldats sont-ils touchés par ce syndrome ?

Les Américains, pour le Vietnam ont montré que sur l’ensemble du contingent américain 5% des soldats étaient concernés par ces traumatismes, sur les contingents confrontés dans la jungle à des accrochages avec les Viet-Minh 15 %, et ceux confrontés à des combats de grande intensité 40%. En France, on ne fait pas d’épidémiologie et nous n’avons pas ce laboratoire qui était le Vietnam, mais les chiffres doivent être semblables.

 
Commentaires

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  • Par gliocyte - 11/11/2013 - 09:55 - Signaler un abus Nevrose traumatique

    Nevrose traumatique versus PTSD. (Post Traumatic Syndrom disorders) . Le premier terme issu de la psychanalyse est français, le second est anglais et se traduit par syndrome post traumatique. Ce syndrome post traumatique a été individualisé chez les vétérans, revenus de la guerre du Vietnam. Monsieur Bigot semble dire que les français ont mis en évidence ce syndrome dès la première guerre aussi écrit-il que les soldats de la Première guerre ont vécu une chose "semblable" au syndrome post traumatique. Ce n'est pas semblable, c'est la même chose sauf que ce terme est américain. La différence c'est que les américains sont dans "l'ici et maintenant"et que les psychiatres français restent fidèles à la psychanalyse. C'est d'ailleurs ce qui explique le retard que les français ont pris dans la prise en charge des personnes qui ont un autisme. Il est grand temps de sortir de cette ornière.

  • Par bigoud26 - 11/11/2013 - 11:02 - Signaler un abus Il y a une solution

    qui marche vraiment très très bien, c'est l'EMDR Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Mis au point par Francine Shapiro en 1987. Et croyez moi, ça fonctionne très bien

  • Par Chesterfield - 11/11/2013 - 11:24 - Signaler un abus Souffrance extrême

    Les véritables études en matière de PTSd ne pourront commencer que quelques jours après la fin du mandat hollande.

  • Par Loupdessteppes - 11/11/2013 - 12:01 - Signaler un abus Quelques oublis Docteur ?

    L'un des traumatismes les plus fort de la "Grande Guerre" était de voir par partir ses camarades d'enfance les uns aprés les autres car les solfats étaient regroupés par région, voire par ville. Ensuite les poilus se sont vus accorder la boisson tonique mystérieuse et alcoolisées qui créqait des addiction. Il y avait aussi le traumatisme de voir les "planqués", généraux inclus rarement pointer leur nez en premier ligne. Ne rêvez-vous pas docteur, comme tout un chacun, de voir notre courageux président en première ligne au Mail ?

  • Par Vautrin - 11/11/2013 - 12:54 - Signaler un abus Attention !

    Il serait aussi idiot de parler de "névrose de guerre" (ou post-traumatique) que de parler de "syndrome de Stockholm". En fait, l'étude des anamnèses établit que la névrose était déjà là et que le trauma a été au pire le révélateur.

  • Par gliocyte - 11/11/2013 - 13:46 - Signaler un abus @Vautrin

    Ce sujet ne parle pas de l'état psychologique de la population qui a précédé la guerre. On parle là des poilus qui ont vécu les atrocités de la guerre et en sont revenus. Il s'agit bien d'un syndrome post traumatique. L'anamnèse, si elle doit être évoquée ne doit prendre en compte que les combats eux-même. Le risque, quand on évoque le terme générique de névrose est de faire un amalgame. C'est bien ce que, indirectement, je dénonçais.

  • Par voiedumilieu - 11/11/2013 - 14:45 - Signaler un abus @il y a une solution

    oui, il y a une solution, qui marcherait très bien, c'est de comprendre une fois pour toutes que la guerre, expression parfaite de ce que sont nos mentaux perturbés, n'a aucun sens

  • Par jacqueshenry - 11/11/2013 - 23:52 - Signaler un abus Un an avant ?

    Il faut constater que le gouvernement socialo-écolo-marxiste est en manque d'inspiration parce la Grande Guerre a débuté en 1914, le 28 juillet pour être précis. C'est donc encore une entreprise d'enfumage du capitaine de pédalo qui ne sait décidément plus où il en est. A-t-il récemment lu des manuels d'histoire, la question se pose. Pour ma part, je pense que 100 ans ça suffit et que ces cérémonies du 11 novembre n'ont plus vraiment de signification mais il pourrait s'agir d'une manoeuvre avortée dans l'oeuf pour ranimer l'esprit républicain ... Triste constat d'un pays décidément foutu, comme le dit si opportunément H16 !

  • Par LouisArmandCremet - 12/11/2013 - 13:24 - Signaler un abus Différence....

    Il existe une grande différence entre les combats modernes et la Première Guerre Mondiale : les anciens combattants de la Première Guerre Mondiale avaient le réconfort psychologique de la victoire. En rentrant, ils ont eu la reconnaissance du reste de la population. Les vétérans du Viet Nam ou des autres conflits plus récent n'ont pas eu ça. A leur retour, ils ont la question du pourquoi ? A quoi ont servis ces sacrifices, ces souffrances ? Inévitablement, les choses deviennent plus difficiles à surmonter !

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François Lebigot

François Lebigot est psychiatre des armées et professeur agrégé à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.

Membre de l'association Otages du monde, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le traumatisme psychique (Fabert, 2011).

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