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Les stratégies secrètes des fabricants de tabac qui ont rendu les cigarettes plus dangereuses et plus addictives qu’il y a 60 ans

Il y a 60 ans sortait le rapport du Surgeon General, le premier à dénoncer les méfaits du tabac sur la santé. Depuis, l'industrie du tabac a réussi à changer son discours sans pour autant rendre les cigarettes moins dangereuses.

Tabac tabou

Publié le - Mis à jour le 4 Juillet 2014
Les stratégies secrètes des fabricants de tabac qui ont rendu les cigarettes plus dangereuses et plus addictives qu’il y a 60 ans

Les cigarettes seraient bien plus dangereuses aujourd'hui qu'il y a 60 ans. Crédit Reuters

Atlantico : Une association de lutte anti-tabac britannique a comparé le rapport du Surgeon General publié en 1964 sur les méfaits du tabac avec des documents rendus public et provenant de l'industrie du tabac. La conclusion est sans appel : les cigarettes seraient bien plus dangereuses aujourd'hui qu'il y a 60 ans. Les cigarettes sont-elles vraiment plus dangereuses ? Qu'est-ce qui a changé dans leur composition ?

Gérard Dubois : Si l’on regarde les résultats des différentes études épidémiologiques, la mortalité liée à la consommation de tabac ne change pas en fonction de la cigarette. Ce qui a changé véritablement est la notion que l’on a de la cigarette.

L’industrie du tabac a voulu faire croire que ses cigarettes étaient moins dangereuses. D’où la notion de cigarettes légères et de cigarettes avec filtre. Or, il s’avère que les cigarettes légères ou non, avec filtre ou sans, ont la même dangerosité. Il n’y a que quelque type de cigarettes qui ont vraiment changé. On trouvait vers les années 50-60 des cigarettes vraiment très chargées, du type gitane maïs, qui pour le coup étaient encore plus dangereuses que les cigarettes habituelles.

Après les premières études qui ont montré les dangers du tabac, l’industrie du tabac a proposé des cigarettes avec filtre. Problème : les vrais filtres ne satisfaisaient pas les fumeurs, ils pouvaient aspirer mais n’avaient rien. L’industrie a donc mis au point des faux filtres, qui n’étaient pas des instruments de filtration mais de dilution. A la base existent des petits orifices invisibles qui permettent à l’air de pénétrer au niveau du filtre et de diluer la fumée de la cigarette au sein du filtre. Les fumeurs peuvent d’ailleurs constater que le milieu du filtre est marron et qu’il est de plus en plus clair en allant vers l’extérieur. C’est d’ailleurs la caractéristique de l’image en cocarde qui montre qu’il s’agit d’une dilution et non d’une filtration. Quoi qu’il en soit, cela a fortement contribué à faire croire que les cigarettes étaient moins dangereuses.

Une autre modalité a été d’ajouter des substances, et notamment du sucre et de l’acide lévulinique, afin de limiter l’âcreté et donc d’adoucir la fumée, dans le but d’attirer, à l’époque, les femmes et les jeunes. L’industrie du tabac ne pouvait effectivement pas laissé la moitié de l’humanité hors de sa portée. On a également constaté à un certain moment donné l’ajout d’ammoniac afin d’accélérer le passage de la nicotine au cerveau.

Pourquoi l'industrie du tabac a-t-elle ajouté de tels éléments dans leurs cigarettes ?

Principalement pour adoucir et/ou pour attirer plus de gens. Par exemple, si l’on prend les cigarettes mentholées, l’industrie du tabac s’est rendu compte que les populations afro-américaines aimaient particulièrement le goût mentholé. Elle a donc créé des cigarettes qui visaient particulièrement cette tranche là de la population. Après, les raisons fondamentales du pourquoi les populations noires préfèrent le goût mentholé sont inconnues. Il s’agit d’un constat. Quoi qu’il en soit, la réglementation du tabac lutte contre ces cigarettes mentholées.

 
Commentaires

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  • Par ELLENEUQ - 30/06/2014 - 08:50 - Signaler un abus Et pendant ce temps !

    Pas touche aux pinardiers et leurs trafics addictifs et chimie incontrôlée, aux Ricard et autres grossiums de la bibine frelatée ! La grêle sur les vignes, ah que voila une bonne nouvelle. Surtout en Bourgogne où les traitements anti fongiques et pesticides sont quasiment permanents !

  • Par zen aztec - 30/06/2014 - 13:42 - Signaler un abus "Surtout en Bourgogne où les

    "Surtout en Bourgogne où les traitements anti fongiques et pesticides sont quasiment permanents !" Nuit et jour 24h/24 bourrin ,en revanche vous êtes certainement pour la légalisation du canabis

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Gérard Dubois

Gérard Dubois est membre de l’Académie nationale de médecine, où il occupe la fonction de président de la Commission Addictions. Il est le co-auteur du rapport des "Cinq sages" au ministre des Affaires sociales sur la Santé Publique à l'origine de la loi Evin.

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