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La stratégie Valls pour piéger la droite sur le terrain du libéralisme

Focalisés sur le débat concernant les 35h ou la dégressivité des allocations chômage, les candidats à la primaire de la droite se sont lancés dans une course au libéralisme dénoncée notamment par Henri Guaino

Pousse-au-crime

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La stratégie Valls pour piéger la droite sur le terrain du libéralisme

Oh bien sûr, ils sont convaincus de la justesse des réformes engagées et à venir. Oh bien sûr, ils espèrent, en croisant les doigts, qu'elles permettront d'inverser la courbe du chômage. Autour de François Hollande et de Manuel Valls tout n'est pas que calcul politique et billard à trois bandes. Mais si le pacte de compétitivité, puis celui de responsabilité, le travail du dimanche, et aujourd'hui la réforme des 35h et celle de l'assurance chômage peuvent, en prime, déstabiliser la droite, l'acculer à se radicaliser, la courbe du chômage peut bien continuer à grimper, la droite du PS n'aura pas tout perdu.

En effet, en tirant ainsi les lignes à droite, comme ils l'ont fait en lançant le débat sur la déchéance de nationalité, le Président de la République et le Premier ministre espèrent bien assécher le corpus idéologique de leurs opposants, les forçant à se rallier à leurs positions, mais aussi à appauvrir ou à radicaliser leurs propositions à venir.

Ainsi, un proche du premier ministre se marre : "Regardez, depuis quelques temps, ils se prennent tous pour madame Thatcher." Et de prendre pour exemple Alain Juppé et François Fillon qui rivalisent de propositions libérales. Le maire de Bordeaux a d'ores et déjà annoncé qu'il souhaitait, s'il était élu, réaliser 100 milliards d'euros d'économies en 5 ans, réduire les dépenses publiques à 53% du PIB d'ici 2022, alléger la taxation sur les dividendes et les plus-values des entreprises, relever l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans et ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

François Fillon rivalise d'imagination, il souhaite réduire de 50 milliards d'euros les impôts sur le revenu, augmenter de 3,5% les deux taux supérieurs de la TVA, plafonner la hausse des impôts dans les collectivités et réduire de 50 milliards d'euros les prélèvements sur les entreprises.

Nicolas Sarkozy entend revenir au non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, stopper le statut systématique des fonctionnaires à vie, supprimer des charges patronales pour 7,2 milliards d 'euros et des charges salariales pour 4 milliards et assouplir le licenciement économique.

Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite, pour sa part, réduire de 100 milliards les impôts dont 65 milliards de baisse du coût du travail et 35 milliards de baisse d'impôts sur le capital. Quant à Bruno Le Maire, il propose de privatiser Pole Emploi, de réduire la fonction publique territoriale et de mettre fin à l'emploi à vie des fonctionnaires. Tous défendant l'annulation des 35h et la dégressivité les allocations chômage.

La course au libéralisme est donc lancée, une course qui en inquiète certains à droite, comme Henri Guaino qui, vendredi dernier sur I Télé, s'étranglait : "Je suis frappé par cette espèce de course à échalote pour savoir lequel sera le plus thatchérien, le plus schrödérien, le plus ultra-libéral. Quoi ? On va résoudre le problème du chômage comme ça ? Quand on aura supprimé toutes les garanties sociales, toutes les protestions sociales ? (…) On peut aussi revenir au 19e siècle, on peut embaucher les gens le matin, les débaucher le soir !" Et d'ajouter : "Je suis frappé par la dérive d'une partie de la classe politique et de la classe dirigeante en France. C'est extraordinaire. (…) Pour faire bonne figure dans la mondialisation, il nous faudrait renoncer à humaniser le capitalisme, à édicter des règles sociales, à préserver la dignité du travail, la dignité des travailleurs. Si vous voulez supprimer les congés payés, par exemple, vous ferez sans moi. C’était une mesure de gauche, je la prends à mon compte. Voilà, vive Léon Blum et vive le Front populaire pour ce qui est de la limitation du temps de travail et des congés payés. Ma famille politique, c’est celle qui a fait la sécurité sociale, c’est celle qui a fait les allocations chômage. Ma famille politique, ce n’est pas celle qui trouve que le Smic est trop élevé et que c’est ça la cause du chômage. C’est extraordinaire, vous allez dans des assemblées, vous voyez des gens qui gagnent cinq, six, dix fois le Smic et qui vous expliquent que le Smic est trop élevé (…) Ma famille politique, c’est celle du gaullisme et du gaullisme social." Mais il semble bien seul sur ce créneau.

 
Commentaires

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  • Par patamoto - 23/02/2016 - 07:50 - Signaler un abus Les candidats Républicains

    Les candidats Républicains confondent, et ça ne date pas d'hier, libéralisme et capitalisme brutal ,celui-là même qui privilégie la rentabilité au mépris des droits des salariés. La droite sociale n'existe plus chez Les Républicains, Mr Guaino n'y a plus sa place s'il croit en ce qu'il dit.

  • Par raslacoiffe - 23/02/2016 - 08:04 - Signaler un abus Bien vu Me Bertrand

    Hollande et Valls sont en train de "ringardiser le corpus idéologique" de la droite républicaine. Il est temps pour les candidats de LR de changer de braquet car le piège est visible. Effectivement je ne pense pas que les adhérents des LR demandent autant de radicalité dans les propositions de leur parti sans pour autant faire de la "démagogie sociale" à la Phllippot ou à la Mélanchon.

  • Par Yves3531 - 23/02/2016 - 08:18 - Signaler un abus En effet tactique pourrie, à la Hollandaise...

    premier temps on annonce le projet de réforme, deuxième temps on dévitalise son application, troisième temps on dit que ça ne marche pas... Ces gens là pourrissent tout ce qu'ils touchent, même les bonnes idées ...

  • Par Deneziere - 23/02/2016 - 09:22 - Signaler un abus L'immobilisme n'est pas qu'à gauche

    Les recette libérales n'ont jamais été appliquées en France. Sarko s'y est plus ou moins essayé avant 2008 et a capitulé ensuite. De plus, la droite française n'est pas libérale et les caciques de LR qui font un concours Lépine de propositions "Thatcheriennes" ont zéro crédibilité dans cet exercice. L'opinion est favorable et le terrain est vierge : c'est au premier qui l'occupera.

  • Par john mac lane - 23/02/2016 - 10:03 - Signaler un abus Guaino? la machine a perdre pleure

    Guaino? "les garanties sociales" celles du RSI ou celle de la ga, toutes les protestions sociales

  • Par john mac lane - 23/02/2016 - 10:03 - Signaler un abus Guaino? la machine a perdre pleure

    Guaino? "les garanties sociales" celles du RSI ou celle de la ga, toutes les protestions sociales

  • Par Lafayette 68 - 23/02/2016 - 11:13 - Signaler un abus Guaino se contemple

    Gaullisme de façade ,de salon. "Miroir mon beau miroir" ! Une alliance avec Mélenchon serait la bienvenue ... Henri , on n'est plus en 1945 ni dans les 30 glorieuses !

  • Par vangog - 23/02/2016 - 14:02 - Signaler un abus Le libéralisme n'est pas le capitalisme de connivence gauchiste!

    et il est caractérisé par deux données essentielles, le pragmatisme et l'absence de dogmatisme. Il peut être interventionniste, dans certains domaines, si la situation l'exige à un instant T, dé-régulateur demain, si la situation change... ce paramètre temporel, essentiel pour comprendre et s'adapter à la globalisation, n'est pas enseigné dans les écoles françaises, piégées par les vieux schémas trotskystes bipolaires. Ce que Guaino reproche à la gauche, ce n'est pas sa dérive libérale, mais son décalage constant par rapport à la réalité! Il ne fallait pas pondre la loi El Khomry aujourd'hui, avec un chomage de 6,5 millions de français (DOM-TOM inclus), car cela va provoquer, immanquablement une explosion du chômage, des cotisations, et donc, des charges...

  • Par Borgowrio - 23/02/2016 - 17:34 - Signaler un abus Changement de mentalité

    Fut un temps très proche ou le mot " Libéralisme " représentait le mal absolu . Ceci grâce à l'idéologie post soixante huit et le noyautage de la société par la gauche . On entendait sur les plateaux télé , Sarkosy se faire traiter d'ultra libéral , alors que maintenant il apparaît comme social démocrate . Tout ça grâce à Hollande et à l'échec ( et mat) du socialisme

  • Par langue de pivert - 23/02/2016 - 17:37 - Signaler un abus Laissez la gauche jacter seule : elle fait ça si bien ! ☺

    L'opposition doit ignorer la gauche ! Ne pas rentrer dans son jeu. Plus personne ne parle de la modification de la constitution bidon de la gauche, demain personne ne parlera de la modification sur le temps de travail et la dégressivité des allocations chômage qui ne sont que des annonces, des coups politiques sans lendemain ! Le temps joue contre la gauche : il faut les laisser seuls se vautrer dans leur bauge ! Ne pas dépenser, ne pas investir, ne pas embaucher et attendre !

  • Par essentimo - 24/02/2016 - 08:36 - Signaler un abus Pourrait-on arrêter

    de prendre les Français pour des idiots ou de les supposer tels ?

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Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, elle suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien "France-Soir" puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, "Chronique d'une revanche annoncée" raconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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