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Les stocks de nourriture mondiaux au plus bas : la pénurie alimentaire menace-t-elle la planète ?

A l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation, l'ONU a proposé une discussion autour de la pénurie alimentaire dans le monde, alors que certaines réserves de denrées s'amenuisent.

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Les stocks de nourriture mondiaux au plus bas : la pénurie alimentaire menace-t-elle la planète ?

L'ONU met en garde contre le risque de pénurie. Crédit Reuters

Atlantico: A l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre, des discussions ont été menées au siège des Nations unies afin de dresser un bilan sur la pénurie alimentaire et le rôle du système alimentaire mondial dans sa progression. L’année dernière, l’organisation prévoyait un abaissement critique des stocks de grains en 2013. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le risque de pénurie alimentaire est-il bien réel à l’heure actuelle ?

Jean-Marc Boussard : Je ne pense pas que le risque de pénurie alimentaire soit plus grand en 2014 qu’en 2013, mais je ne pense pas non plus qu’il soit plus faible. En fait, les pénuries alimentaires dans le monde actuel sont imprévisibles, et c’est bien là le problème.

En revanche, ce risque est bien plus grand pour les années 2010-2020 qu’il n’était en 1980-2000, en particulier pour la raison que vous évoquez, la baisse des stocks publics. 

Aussi, qu’entend on par « pénurie » ? Je suppose que vous envisagez une baisse un peu significative de la production mondiale de denrées de bases, les céréales, le sucre, les pommes de terre. Une pénurie dans ce domaine peut ricocher sur les productions de viande, de lait, d’œufs et de fromages, puisque, pour avoir ces produits, il faut nourrir les animaux avec des denrées de base.

Les risques climatiques pourraient-ils avoir un réel impact sur le risque de pénurie alimentaire, notamment si les stocks d’alimentation ne sont pas suffisants ?

Je ne crois pas, dans le monde actuel, que le mauvais temps, ou aucun autre accident naturel puisse provoquer une pénurie mondiale. Certes, de tels phénomènes peuvent faire très mal à un agriculteur donné, ou même à une région assez vaste. Mais cela ne s’étend pas au niveau mondial, car, quand le temps est plus mauvais que la normale à un endroit, il est meilleur dans un autre, et cela se compense. Dès lors que l’on peut transporter les marchandises dans de gros camions ou d’énormes bateaux, il n’y a plus de problème.

D'ailleurs, c’est ce raisonnement qui a en grande partie justifié le mouvement de libéralisation de l’agriculture que nous connaissons depuis vingt ans, et tout spécialement l’abandon des politiques de stockage : pourquoi stocker à grand frais puisqu’il est si facile de transporter à moindre coût ? Pourquoi compter sur l’État, puisque c’est l’intérêt des commerçants d’effectuer les transports nécessaires ?

Qu’est-ce qui explique cette situation ? Comment expliquer qu’au XXIe siècle le risque de pénurie existe toujours ? Avons-nous oublié l’importance de la notion de stock ?  

Les variations de production et les variations de prix qu’elles entraînent ne sont pas dues au temps qu’il fait, mais à l’imperfection des marchés. Dans la plupart des secteurs économiques, lorsque les prix deviennent un peu élevés à cause d’une production trop faible, il y a bientôt des gens pour s’en apercevoir. Ceux-là augmentent la production, et tout rentre dans l’ordre. Mais ce n’est pas le cas en agriculture, parce que les délais de production sont très longs (un an pour la plupart des plantes, plusieurs années pour les cultures arbustives), alors que les besoins sont impératifs et immédiats (on ne peut pas remettre son dîner à l’année prochaine). Les consommateurs ont donc largement le temps de mourir de faim avant que les « signaux du marché » aient produit leurs effets en les incitants les producteurs à augmenter leurs livraisons.

Pire encore : après une légère pénurie qui a fait monter les prix, il arrive très souvent que la production qui arrive sur les marchés soit pléthorique, parce que les producteurs ont « sur réagit » , et augmenté leur production plus qu’il n’était nécessaire. Les prix, alors, s’effondrent, ruinant les producteurs. Et comme, alors, ces derniers ne peuvent plus produire, c’est la production qui s’effondre à nouveau... Cela peut durer ainsi avec des « hauts » et des « bas » pendant longtemps. C’est pour cela que l’on dit que les prix agricoles libres sont « volatils ».

Aujourd’hui, quel est le rôle du système alimentaire mondial dans la résolution de la crise alimentaire ? Comment éviter une pénurie ? 

Bien sûr, le système alimentaire mondial a pour vocation d’éviter les pénuries et d’assurer à tous une alimentation saine à prix raisonnable. Mais la question est de savoir comment. Le marché, s’il fonctionne correctement, est évidemment la réponse. Mais fonctionne-t-il dans l’agriculture ?

Après la seconde guerre mondiale, les économistes, qui se souvenaient de la grande crise de 1929, répondaient à cette question par la négative. Pour éviter les alternances de pléthores et de pénuries dont je viens de parler, ils avaient élaboré des mesures comme les prix garantis, les stocks publics, et d’autres dispositifs analogues. Ces politiques coûtaient un peu cher, mais elles étaient efficaces ; jamais les risques de famines locales n’ont été aussi faibles, ni les prix alimentaires aussi bas que dans les années 60-90, et cela, dans le monde entier. 

Ces leçons de la grande crise ont été oubliées à partir des années 80. Les économistes influents de l’époque ont obtenu la suppression de tous ces dispositifs jugés coûteux et inutiles. Les mêmes causes dans les mêmes conditions produisant les mêmes effets, on se retrouve maintenant avec la volatilité qui prévalait à la fin du 19e siècle, et qui a causé tant de malheurs sous forme de famines et de guerres.

Quelles sont les zones géographiques menacées par la pénurie ? 

Dans un monde mondialisé, le risque est mondial. Dans les pays riches, en particulier ceux qui produisent une part importante de leur alimentation, les populations souffriront de hausses des prix alimentaires finaux qui seront fâcheuses, mais supportables. Ce sont les populations pauvres des pays pauvres qui souffriront réellement. Et le vrai risque, alors, est double : d’abord, l’explosion révolutionnaire du mécontentement social – par exemple, la généralisation des « printemps arabes ». Ensuite, l’apparition d’épidémies qui se développeront sur les corps malnutris, et qui, lorsque les bactéries se seront réveillées, se transmettront au monde entier sans distinction de richesse.

L’Europe, de ce point de vue est plutôt à classer dans le lot des pays riches, même s’il y a des pauvres en Europe. Ce qui est le plus préoccupant, dans notre cas, c’est le fait que l’Europe est très loin d’être autosuffisante en produits alimentaires, et doit par conséquent compter sur des importations en particulier d’aliments du bétail. En cas de pénurie mondiale, il ne suffirait pas de prohiber les exportations pour échapper aux hausses de prix, qui nous toucheraient de plein fouet...

 
Commentaires

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  • Par amike - 20/10/2013 - 09:03 - Signaler un abus Ce gars nous raconte son CV et défend son gagne pain !

    Depuis 80, la population mondiale a dû prendre 3 milliards. Mais où sont les famines qui auraient dû se produire compte tenu des catastrophes climatiques prévues ? La population a plus augmenté pendant ces 30 dernières années que ces années de prudence à l'après guerre louées par notre lobbyiste ... Et si effectivement, des catastrophes exceptionnelles sont à venir, quel sera l'efficacité d'un stockage limité face aux milliards ? Voila l'exemple parfait d'un malthusianisme tant apprécié par nos élites françaises : interventionnisme de l’État coûteux et étouffant, génie stratégique foireux, et idéologie cache misère...

  • Par Anemone - 20/10/2013 - 09:08 - Signaler un abus Une solution et une seule

    Comme selon l'adage, "quand il y en a pour 2 il y en a pour 3", mais "quand il y en a pour 2, il n'y en a pas pour 10", la solution est simple : la limitation des naissances! . Franchement, ne trouvez vous pas que la natalité mondiale" est trop importante? . Comment des familles qui ne peuvent déjà pas se nourrir pourraient elles nourrir une armée d'enfants? . "Rien ne se perd, mais rien ne se crée" : Aussi, il est clair que nous ne pourrons pas créer indéfiniment de la nourriture en même temps que nous ferons des bouches supplémentaires à nourrir. . La seule solution est donc d'apporter une hygiène de vie à tous ces pauvres pays, et les enseigner sur la compréhension de ce point. . D'un autre côté, les spéculateurs sur les denrées alimentaires font aussi bcp de mal. Chez nous, la récolte est vendue avant même qu'elle soit faite, forfaitairement...et les agriculteurs n'ont même plus le droit de prélever 10kg de blé pour leurs poules! . Certains commencent à s'organiser en construisant leurs propres silos et on retrouve ces paysages d'y il a quelques décennies... . Le modernisme n'est pas tjs bon. Quand on se rend compte de ses erreurs, il faut revenir en arrière

  • Par la saucisse intello - 20/10/2013 - 09:54 - Signaler un abus C'est vrai............

    Qu'il y a des humains dont on pourrait se passer. Ici, en France, nous avons de la nourriture et SURTOUT de l'eau. Mais pas pour les futurs 2 milliards d'africains. Et de toute manière ils ne peuvent pas payer. Le prochain marché, c'es "pétrole contre eau potable". Et là, les pays arabes vont devoir se mettre au régime "merde de chameaux" ! Chacun son tour !

  • Par Satan - 20/10/2013 - 10:47 - Signaler un abus Et pourtant quand on voit le gaspillage

    et la surconsommation de certains.... On peut avoir du mal à croire qu'il y a pénurie. Cette article prouve bien que le libéralisme est complètement dépassé par la réalité du terrain. Merci Atlantico.

  • Par mich2pains - 20/10/2013 - 11:21 - Signaler un abus STALINE et MAO ont fait des ravages ....

    Ces 2 monstres , entre autre , ont expérimenté en leur temps , les " FAMINES PROVOQUEES " avec comme résultats du côté de ces dictateurs , un incontestable " Succés " en ayant réduit à l'esclavage les survivants de ces famines ( quelques dizaines de millions de victimes ) et une " Catastrophe Humanitaire " du côté des perdants .... De nos jours , les inventeurs de l' UNION EUROPEENNE , , mieux connue sous le sigle " U.E.rss " ( clone de l'ex URSS ) n'ont fait que reproduire le mode d'emploi de ces monstres Communistes . ( Quotas laitiers , mise en jachère obligatoire de parcelles productives , normes coûteuses irréalisables financièrement , etc....) ! Et dire qu'ici même , en France , certains se targuent d'être encartés au PCF et d'avoir des élus communistes qui collaborent servilement à de vastes projets de " FAMINES PROVOQUEES " ! Qu'il nous suffise de les virer définitivement de notre Pays avant qu'il ne soit trop tard ! LES ELECTIONS doivent servir à cela .

  • Par Aquoibon - 20/10/2013 - 11:23 - Signaler un abus Combien d'espaces naturels

    Combien d'espaces naturels faudra t'il sacrifier définitivement pour nourrir les 10 milliards d'habitants de la planète en 2050 ? Quelle quantité de pesticides, d'engrais chimiques faudra t'il déverser sur les sols ? Combien de cours d'eau faudra t'il détourner ? Combien de barrages à ériger, combien d'élevages à gaver d'OGM, de productions nouvelles sans goût, de dénaturation du milieu et des productions ?

  • Par laïcité - 20/10/2013 - 12:25 - Signaler un abus Quand nos dirigeants politiques occidentaux

    auront-ils la lucidité et surtout le courage de demander une maîtrise de la natalité au niveau mondial. Évidemment cela ne convient pas aux différentes multinationales dont celles de l'agroalimentaire car pour elles qui dit augmentation de la population mondiale dit augmentation du chiffre d'affaire !...Peu importe que cela détériore gravement et de façon irréversible notre planète aux ressources limitées. il faut dire aux pays du sud qu'ils ne peuvent pas continuer d'avoir une natalité galopante et nous "déverser" chaque année vers le nord des flots de miséreux toujours plus nombreux!...Seul examen de conscience pour les pays de l'hémisphère nord, c'est de réduire leur gaspillage des ressources naturelles, de s'atteler à une véritable coopération de co-développement avec les pays du sud, sans corruption, sans être complice des roitelets africains souvent corrompus par nos multinationales occidentales prédatrices. il faut bien sûr qu'au niveau de la planète, les niveaux de vie s'équilibrent peu à peu mais pour réussir cela il y a urgence d'abord à maîtriser la natalité mondiale. Sans cette maîtrise, on aura une immigration de plus en plus massive qui aboutira à des conflits !

  • Par lsga - 20/10/2013 - 12:53 - Signaler un abus Il faut raser tous les lotissements d'ile de France

    ça suffit d'empiéter sur les terres arables.

  • Par pemmore - 20/10/2013 - 14:01 - Signaler un abus trop drôle, pénurie alimentaire et agriculteurs Bretons,

    il y a quelque chose qui coince, un petit pays agricole très exportateur, et le monde qui manque de nourriture, cherchez l'erreur.

  • Par mx - 20/10/2013 - 14:43 - Signaler un abus pendant ce temps la .......

    Pendant que bisounours s'occupe de Leonarda tous le monde sait très bien que la planète est déjà cramée, il est déjà trop tard, il faudrait déjà tous allez vivre dans une grotte pour sauver l'humanité donc se genre d'article ne sert déjà plus a rien , si vous voulez voir l'avenir regarder le très bon film soleil vert je pense que c'est le plus crédible des scénarios, seulement l'humanité refuse de voir la vérité en face et elle a déjà depuis longtemps refusé toute les lois de la nature en protégeant les plus faibles a des fins politiques. seulement beaucoup vont bondir en parlant du retour d’Hitler ou d’épuration ethnique alors comme celui qui a décidé de fumer mourront en silence.

  • Par patrick25 - 20/10/2013 - 20:07 - Signaler un abus Changeons ce monde.

    La pénurie alimentaire n'est-elle que du flan comme la Dette, afin de multiplier la spéculation et les hausses qu'il nous faudra payer sans broncher ? En tous cas cet article est bien superficiel ou bien ne souhaite point écorner les lobbys pour qui régulation de la démographie signifie perte d'argent. Les mêmes qui préfèrent utiliser les aliments comme source de carburants quitte à affamer les pauvres. Entre la montée possible des eaux et une éventuelle pandémie planétaire, nos dirigeants savent les risques encourus par les générations futures. Mais advienne que pourra, les autres n'auront qu'à se démerder ! C'est bien là toute la politique des banques qui dirigent ce monde et il n'est pas question de toucher aux statuts de la nouvelle aristocratie qui planifie notre perte semblant ignorer qu'elle oeuvre aussi contre ses propres enfants. Un monde nouveau doit naître mais le règne de la désinformation cumulé à la naÏveté du peuple à chavirer de Gauche à Droite, ne peuvent que nous faire vomir davantage que d'avancer vers un but humaniste. Urgence, lisez le livre interdit "Têtes à Flaques " en ligne sur : http://www.thebookedition.com/tetes-a-flaques-thiellee--patrick-p-98534.html

  • Par Satan - 20/10/2013 - 20:20 - Signaler un abus Il y a pénurie???

    Et pourtant il y a de la bouffe plein les poubelles! Cherchez l'erreur! certainement de la faute à Mitrand, Sarkozy ou même aux35 heures...

  • Par Appamée - 21/10/2013 - 12:54 - Signaler un abus Pénurie Alimentaire ?

    Bof ! Faut d'abord réduire la population mondiale , car 7 milliards , c'st beaucoup trop pour la planète . Appamée

  • Par brennec - 21/10/2013 - 19:01 - Signaler un abus Trop de tropistes

    Cherchez l'assassin: l'éthanol, cherchez ses complices: les gouvernements, cherchez le cerveau: les écolos. Quand a ceux qui pensent a réduire la population qu'ils réfléchissent a ceci: il est beaucoup plus rentable d'assassiner un européen qui se goinfre comme un cochon, qui pollue sa bauge et celles de ses copains et consomme des matières premières 10 fois plus que les autres.

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Jean-Marc Boussard

Jean-Marc Boussard est économiste, ancien directeur de recherche à l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont La régulation des marchés agricoles (L’Harmattan, 2007).

 

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