Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 29 Mai 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

La revente des billets de spectacles interdite ? Et celle des canapés d'occasion ?

Il n’est pas plus légitime ou logique d’interdire la revente avec profit d'un billet de spectacle que celle d’un clic-clac d’occasion sur eBay.

Zone franche

Publié le

Le Sénat doit adopter, aujourd’hui même, un texte déjà voté à l’Assemblée et prévoyant l’interdiction de la revente de billets de manifestations sportives ou culturelles par des tiers sans lien avec les organisateurs.

L’idée générale : lutter contre ces ignobles spéculateurs qui, achetant le plus grand nombre possible de places dès leur mise à disposition publique, assèchent le marché et les recommercialisent à un prix plus élevé que leur valeur faciale.

Ça semble évidemment bel et bon, l’interdiction de ces pratiques, et la majorité des artistes ou des gestionnaires de stades militaient depuis longtemps pour une initiative de ce genre.

Pour autant, moi qui ne suis ni l’un ni l’autre, ça me turlupine tout de même un poil.

Oh, je ne complète pas non plus mes revenus en fourguant des billets de concerts sur le Web, même si ça a l’air d’être une activité assez lucrative (parfois jusqu’à 10 fois la culbute, dit-on) et qu’il ne faut jamais dire fontaine bla bla bla... Je me demande tout de même d’où vient ce sentiment qu’un match OM-PSG ou un concert de Rihanna ne sont pas des « produits » comme les autres mais plutôt une sorte de nourriture de l’âme dont il faut absolument réguler la vente.

Après tout, la loi ne dit rien de ces gens qui se refilent des places dans la file d’attente pour l’achat d’une Ferrari Testarossa assemblée à la main et il y a pourtant du monde pour penser qu’il s’agit plus d’une œuvre d’art que d’une bête bagnole.

Bon, OK, un récital de Julos Beaucarne ou de Lenny Escudero, ça n’est pas exactement comparable à un show de Madonna ou de Johnny, mais je serais très surpris d’apprendre que les tickets des deux premiers (s’ils chantent encore, j’ai la flemme de vérifier) peuvent se revendre avec un profit ― même tout petit.

Et si le « vrai prix » était celui que les fans sont disposés à payer ?

En ultranéolibéral bon teint, à vrai dire, j’aurais surtout tendance à penser que s’il se trouve suffisamment de gens pour accepter de payer une somme exorbitante pour voir Tsonga servir des Kinder Bueno à Federer sur le Central de Roland-Garros, c’est que le « vrai prix » de ce spectacle est bien à ce niveau : exorbitant.

Et que si les vils spéculateurs étaient réellement hors-marché, ils se retrouveraient vite sur la paille avec leurs stocks d’invendus...

De toute manière, et sauf à mettre des flics partout, sur le Web et à l’entrée du Zénith, vider l’océan des revendeurs à la petite cuillère sonne surtout comme un énième projet régulateur à la gomme, un peu comme cette fameuse loi DALO qui promet de loger tout le monde dans des appartements qui n’existent pas. Le seul moyen de priver les spéculateurs de leur business, en réalité, serait de mettre les billets en vente au prix auquel les fans sont effectivement prêts à payer : Johnny et Tsonga se feraient des roubignolles en or massif (c’est le fisc suisse qui serait content, tiens) et le pigeon serait peut-être plumé de manière plus morale.

Le pigeon, de toute manière, il adore être plumé. La preuve, le principal site de revente de places de spectacle s’appelle Viagogo. On ne peut pas dire qu’ils n’annoncent pas la couleur, hein ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par mnms - 21/02/2012 - 08:41 - Signaler un abus Parasites

    Il s'agit dans monde sordide ou des insectes hideux sucent le sang de stupides moutons et ou le liseron fleurit les poteaux de clotures. Doucement, doucement, il y a de l'espoir...

  • Par rafoudol - 21/02/2012 - 10:41 - Signaler un abus de même !

    j'en pense pas moins ! si les sénateurs pouvait lire ce petit article !

  • Par Aristote - 21/02/2012 - 10:45 - Signaler un abus Absolument

    Et l'organisation d'un marché de la revente permettrait d'éviter les escroqueries (faux billets, etc.), la corruption dans les systèmes de billetterie et aiderait les organisateurs à fixer le prix initial à un niveau qui reflète le marché.

  • Par Ravidelacreche - 21/02/2012 - 10:54 - Signaler un abus Il n’est pas plus légitime ou logique

    Si, car le billet n'a pas servi ?! Si la spéculation sur canapé était lucrative cela se saurait, quoi que.....

  • Par blablator - 21/02/2012 - 11:14 - Signaler un abus Et les voitures d'occasion ?

    C'est quand même un manque à gagner énorme pour nos constructeurs français que d'autoriser ces ventes de voitures non neuves, beaucoup plus prédisposées aux pannes et aux accidents que celles vendues neuves directement par les concessionnaires agréés. Un gros manque à gagner pour l'industrie française, un risque d'escroquerie pour les clients acquéreurs de ces matériels douteux... Put... quand vont-ils enfin arrêter de légiférer pour des absurdités ou la pressions de quelques lobbies....

  • Par dubito - 21/02/2012 - 12:12 - Signaler un abus Verification des sources

    Bien sûr que Julos chante encore!!!!!!!!!!!!!!!!

  • Par laurentso - 21/02/2012 - 13:56 - Signaler un abus @Aristote

    que l'on sait attaché au "juste prix". Il ne peut pas y avoir de "loi du marché" dans le cadre des places de spectacle, car il n'y a pas d'ajustement possible O/D. C'est un marché de pénurie avec forcément une offre différente de la demande. Il faut bien limiter les prix en cas de succès, sinon, on trouverait toujours les mêmes personnes dans un spectacle (les plus riches) et les artistes n'y ont pas intérêt. Johnny Hallyday n'est pas un produit de luxe. Quand l'offre est inférieure à la demande, les prix ne baissent pas, c'est l'offre qui diminue ; on réduit le nombre de dates. On ne peut pas ajuster les prix en permanence, façon marché boursier. A la limite, on pourrait envisager des baisses de prix au dernier moment quand le prix d'un concert est manifestement trop haut (Barbra Streisand par ex) histoire de remplir tout de même la salle. C'est ce que font les compagnies aériennes pour amortir les coûts fixes. L'avion décolle, donc autant le remplir. Dans le spectacle, cette méthode semble difficile à réaliser en permanence. Bon, sinon, je pense que Hugues Serraf sait la différence entre un bien culturel et un canapé d'occasion...

  • Par Before - 21/02/2012 - 14:51 - Signaler un abus Vous oubliez un chose importante : les taxes !

    Dans cette histoire, vous avez raison, le prix réel du billet est fixé par l'offre et la demande. Mais, ô sacrilège, passible de mise à mort immédiate, l'Etat ne perçoit pas sa rétribution sur le différentiel de prix... Ceci, à mon avis, suffit à expliquer le pourquoi d'une telle loi (avec également le petit lobby qui a poussé à la création d'Hadopi).

  • Par laurentso - 21/02/2012 - 15:02 - Signaler un abus Vous oubliez de poser LA bonne question :

    Il y a un moyen simple (quoi qu'un peu coûteux) de mettre fin au marché noir : vendre les billets de manière nominative, comme les billets de train ou d'avion. Contrôler les identités à l'entrée des spectacle. Et bien sûr, prévoir un système de revente pour les annulations de dernière minute. Pourquoi les grandes salles de spectacles ne le font pas ? C'est une bonne question, je me remercie de l'avoir posée.

  • Par le Gône - 21/02/2012 - 16:47 - Signaler un abus Ben une fois n'est pas coutume..

    Chu entierement dacoord avec vous!!..mais n'y revenez pas restez socialo laissez nous le "liberalisme" quoique Sarko ne le soit pas encore beaucoup!! (assez)

  • Par Hugues Serraf - 21/02/2012 - 16:52 - Signaler un abus @laurentso

    Ben voyons, les vigiles à l'entrée du Zénith pourraient contrôler l'identité des gens, ça serait un vrai progrès pour les libertés individuelles... Et bien entendu, vous ne ne pouvez même pas donner un billet à quelqu'un, donc...

  • Par jhustaix - 21/02/2012 - 17:49 - Signaler un abus Pourquoi pas des concert low cost ?

    @laurentso si ! il peut y avoir une offre aussi forte que la demande : il suffirait de laisser les copieur imiter jonnhy et madonna et se faire du fric dessus. résultat ? les classes pauvres peuvent voire leur madonna à un prix raisonnable, et les riches moutons pourront aller se faire tondre avec la vrai (qui chante en playback de toute façon..). Ca fait 2 siècles qu'on essaye de financer la culture avec la loi. comme le disait Mark Twain : "une seule chose est impossible à Dieu : trouver du sens dans le droit d'auteur (copyright law)". Croire que l'art est une propriété est absurde. L'art appartient à tout le monde.

  • Par laurentso - 21/02/2012 - 18:02 - Signaler un abus @hugues Serraf :curieuse réponse

    je vous parle théorie économique, équilibre offre demande, vous me répondez libertés publiques! Cela dit, quand vous allez retirer vos billets sur place, vous déclinez bien votre identité. Et on est de plus en plus contrôlé à l'entrée des salles de spectacles... Je disais simplement qu'au plan théorique, un système évitant la spéculation sur les billets de spectacle est parfaitement possible. Tout comme il n'y a pas de spéculation sur les billets d'avion, de train, par exemple. Sauf erreur, des salles comme la Comédie Française interdisent l'achat groupé en ligne, une seule CB ne peut pas acheter plus de X billets, c'est aussi un moyen de limiter les achats spéculatifs des revendeurs à la sauvette. Non mais, quand on me cherche, on me trouve...

  • Par Lexington - 21/02/2012 - 18:06 - Signaler un abus Très juste

    Une analyse très juste. Pour compléter, la vente aux enchères est le système le plus juste, qui permettra aux artistes de toucher l'argent (à la place des revendeurs). Voir ce qu'un autre site écrivait sur la même histoire avec les Restos du Coeur ("Les enfoirés n’ont qu’à augmenter leurs prix pour les Restos du Cœur") https://www.contrepoints.org/2011/12/30/62598-les-enfoires-nont-qua-augmenter-leurs-prix-pour-les-restos-du-coeur

  • Par Eric-06 - 21/02/2012 - 19:45 - Signaler un abus Et les voitures anciennes

    Interdiction de les vendre à un prix supérieur à leur dernière cote argus. Et les politiques, interdiction de les payer plus que ce qu'il valent (ca fera pas lourd) L'avantage de l'Union soviétique sur la France c'est que l'Union soviétique à finit par s’effondrer....

  • Par Big Easy - 21/02/2012 - 22:19 - Signaler un abus A propos de Madonna...

    Allez vous vraiment a un de ses shows pour l'entendre chanter ? Allez donc voir Celine Dion !

  • Par ciceron - 21/02/2012 - 23:14 - Signaler un abus Qu'est-ce qui vous arrive, Serraf ?

    Vous avez avalez une pilule de bon sens ? Tudieu ! Seriez-vous plus pour la liberté que pour l'égalité ? Ne continuez pas !!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€