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SOS repas de fête : 10 choses intelligentes à rétorquer sur les sujets qui risquent bien de vous échauffer entre deux bouchées de dinde aux marrons

Que ce soit à propos de la dangerosité d'un Zemmour trop présent dans les médias, sur la reprise économique annoncée pour 2015, ou encore au sujet du caractère inébranlable de Vladimir Poutine, les retrouvailles de fin d'années et autres réveillons n'amènent pas uniquement des plats délicieux à table. Petit florilège d'éléments indispensables pour recadrer les débats.

Petits dîners entre chieurs

Publié le - Mis à jour le 26 Décembre 2014
SOS repas de fête : 10 choses intelligentes à rétorquer sur les sujets qui risquent bien de vous échauffer entre deux bouchées de dinde aux marrons

Autour de la table de Noël les débats sont parfois houleux. Crédit AFP

Sur le chômage : "si les entreprises n'embauchent pas, c'est parce qu'elles paient trop de charges"

Nicolas Goetzmann : A une telle d’affirmation, il est possible de répondre par la positive mais il convient de contextualiser. "Tu as parfaitement raison sauf que". Car en temps "normal" c’est-à-dire lorsque la demande est proche de son niveau d’équilibre, une baisse des charges a bien un effet positif sur l’emploi. "Tu as donc raison". Sauf que nous ne sommes pas en temps normal, et que l’Europe souffre aujourd’hui d’une crise de la demande, qui se traduit dans la réalité par une croissance et une inflation proches de 0.

(Et la demande est la somme des deux). Ce qui signifie que la baisse de charges que tu proposes n’aura aucun effet sur le taux de chômage actuel. Une telle baisse des charges reviendrait à soigner un ongle incarné à une personne qui vient de se faire renverser par un 38 tonnes : c’est très bien, mais ce n’est vraiment pas la priorité, parce que le patient va y passer. De plus, il suffit de regarder les résultats du CICE, qui est un plan de baisse de charges, pour se rendre compte que les effets ne sont pas vraiment au rendez-vous.

>> A lire aussi : Le faux problème qui complique les débats français ? La vérité sur le coût du travail dans l’hexagone et La grande farce de la modération salariale ou l'aveu du patronat français de son renoncement à la croissance

Sur les réformes dont la France a besoin : "la solution, c'est le modèle allemand"

Eric Verhaeghe : La prospérité allemande est tout sauf le produit d'un modèle exportable. Si, effectivement, une part de la prospérité de l'Allemagne s'appuie sur des caractères reproductibles (mais difficilement...) comme une excellence industrielle reconnue, et qui lui permet de vendre à n'importe quel prix, c'est surtout grâce à des circonstances politiques exceptionnelles que l'Allemagne s'est enrichie et continue à s'enrichir. En particulier, la prospérité allemande repose sur l'accès à un espace économique qui lui apporte une main-d'oeuvre peu chère et des débouchés importants. Cet espace, qui correspond aux pays d'Europe de l'Est après la chute du Mur, est une constante dans la construction historique de la Prusse, depuis Frédéric jusqu'à Angela Merkel en passant par le IIIè Reich. Ce bassin de prospérité a pu se construire avec la complicité coupable d'une élite française qui, après 1989, a fait le choix d'une  forme d'europolitisme, voire de cosmopolitisme, en nourrissant des mythes mensongers, comme celui de l'unité d'intérêt entre la France et la Prusse. Grâce à cette candeur, l'Allemagne a pu graver dans le marbre des choix de politique économique comme l'euro fort ou le désinvestissement public qui affaiblissent la France. Pour faire repartir l'économie française, il faut certes rétablir les comptes publics et remettre l'administration sous contrôle, notamment en supprimant de larges couches de réglementations, mais il faut aussi lancer un New Deal qui donnera un coup de fouet à l'investissement. Projet qui est aux antipodes du projet prussien.

>> La preuve que l'austérité, ça marche surtout quand on ne l'utilise pas La méthode Cameron ou l'austérité qui n'en était pas : Valls en voyage au pays de l'inversion totale de la courbe du chômage

Nicolas Goetzmann : Pour imiter les allemands, il faut déjà savoir ce qu’a fait l’Allemagne. Au début des années 2000, le gouvernement, le patronat et les syndicats se sont mis d’accord pour que les salaires arrêtent de progresser. Entre 2000 et 2005, la part des salaires va fortement baisser dans la valeur ajoutée, alors que les profits des entreprises vont augmenter de façon considérable. Jusqu’ici, on peut considérer que tout va bien, l’objectif de "compétitivité" semble être atteint. Mais le trou apparaît à ce moment-là. Car selon la phrase de Helmut Schmidt, "les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain". Et justement, les nouveaux profits récoltés par les entreprises allemandes n’ont pas été investis en Allemagne. Au moment où les profits ont augmenté, la part des investissements a baissé dans le PIB. Parce que les entreprises allemandes ont investi à l’étranger et non en Allemagne. Pour une raison simple, quel est l’intérêt d’investir dans un pays ou les salaires stagnent et ou la démographie est déclinante ? Pour faire simple, elles ont financé leurs exportations. Voilà pourquoi l’Allemagne dispose d’un surplus de compte courant. Le problème est que si ce type de politique se reproduit ailleurs dans la zone euro, elle va agir comme une compétition salariale négative sans fin. Il ne s’agit pas d’œuvrer pour un intérêt général européen en mettant l’accent sur la demande intérieure comme le font les Etats Unis, mais de mener une lutter à mort à l’intérieur de la zone euro. Si la "côte d’amour" de la zone euro est un peu en berne, cela n’est pas tout à fait sans raison.

>> Et l'argument qui achèvera vos adversaires : Et paf dans le pif du modèle allemand : si l’Allemagne avait la démographie de la France, elle serait à 11% de chômage

Sur l'austérité : "on ne pourra pas s'en sortir sans en passer par là"

Nicolas Goetzmann : C’est un point de vue moral, pas un point de vue économique. Les politiques d’austérité qui sont restées célèbres, comme la Suède et le Canada des années 90, avaient ceci de particulier qu’elles n’étaient pas une pure austérité. Il s’agissait d’un «policy mix" combinant une politique budgétaire restrictive et une politique monétaire expansionniste. Ce que le budgétaire prend d’une main, le monétaire le redonne de l’autre. C’est la politique menée aujourd’hui au Royaume Uni avec un certain succès (chômage de 6% et croissance de 3%). Mais ce n’est pas du tout la même chose que la politique européenne qui consiste en une double austérité ; budgétaire et monétaire. Car une stratégie du tout "austéritaire" à l’européenne n’a pas de précédent heureux. L’Europe des années 30 avant les dévaluations ? La Grèce ? L’Espagne ? Le Portugal ? Tout ceci est fait pour que la "confiance" soit de retour. Mais cette notion de confiance ne repose sur pas grand-chose, sinon sur les anticipations des agents économiques. Et ça, c’est précisément le rôle d’une Banque centrale, c’est-à-dire de contrôler les anticipations des agents économiques. D’où le succès du Canada, de la Suède, et du Royaume Uni aujourd’hui : l’austérité est possible si, et seulement si le pouvoir monétaire agit en soutien.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 25/12/2014 - 23:13 - Signaler un abus "L'illusion que le mouvement peut ne pas se faire"....

    N'avez-vous pas voulu écrire:" assurance" plutôt qu"illusion"?...Ce lapsus est symptomatique de l'incapacité qu'ont les analystes à imaginer les réformes, et donc, le changement, qu'insufflera une politique nouvelle telle que celle du FN! La peur du changement est si profondément ancrée dans la société française, que cette peur paralyse et conduit les Français à choisir entre des deux frères amis de l'alternance UMPS. N'ayez pas peur Mrs Verhaegue et Federbush, car le changement n'est pas pour demain! Le candidat de la vieille alternance gauche-droite repassera en 2017, qu'il se nomme Le Maire, Fillon ou Valls...et il sera confronté au même immobilisme, à la même paralysie sociale, à la même incapacité de la politique archaïque d'affronter les démons de son passé social-démagogique...alors, il préparera d'une façon certaine la Présidence de Marine Le Pen, en 2022...si la France tient jusque-là...tic-tac, tic-tac...

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.
 
Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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