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Sortir de l’état d’urgence : un très gros risque d’opinion

Emmanuel Macron prend un grand risque en tentant de s'extirper de l'état d'urgence. Une sortie mal maîtrisée dans la communication et l'execution serait pour lui catastrophique.

Expérience

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Sortir de l’état d’urgence : un très gros risque d’opinion

Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a clairement investi les questions et symboles régaliens, afin de montrer aux Français que la question de la sécurité, et notamment face au terrorisme, comptait parmi ses premières préoccupations. Lui qui avait écrit dans Révolution souhaiter une sortie de l’état d’urgence au plus tôt - état d'urgence qui était devenu, pour une partie de la gauche militante, un abcès de fixation important - a repoussé cette échéance jusqu’au 1er novembre, le temps de faire entrer certaines mesures jugées nécessaires à la protection de nos concitoyens dans le droit commun.

Alors que se profile donc dans quelques semaines la perspective d'une sortie définitive de l’état d’urgence, il est temps de revenir sur ce que symbolise ce dispositif dans l'opinion publique et d'analyser – de manière tout à fait indépendante du bien-fondé de ce choix politique - les risques d'opinion encourus par l'exécutif si une telle sortie n'était pas maîtrisée sur le plan de la communication et de l'exécution. 

Ce focus a été réalisé en partenariat avec l’Observatoire de l’Opinion de la Fondation Jean Jaurès. 

1-L’état d’urgence : une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle

Il faut revenir au contexte post-attentats de novembre 2015 pour saisir l'importance symbolique de l’état d’urgence pour l'opinion. Ces attentats ont semblé convaincre une fois pour toutes les Français que tous pouvaient être visés par les terroristes (Idée que les attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray ont définitivement validée), que le "risque zéro" n'existait pas, et que la menace était vouée à s'installer durablement au cœur de leur vie quotidienne. Face au risque de la colère populaire et du reproche de ne pas avoir "tout fait" pour protéger les Français, ainsi que pour répondre à l’état de choc sans précédent dans lequel se trouvait le pays, François Hollande a immédiatement décrété l’état d’urgence. Malgré la méconnaissance de son contenu précis, ce dispositif puisait dans l'histoire française une puissance symbolique suffisante pour sembler à la hauteur du choc ressenti.

A l’aune des précédents recours à cet instrument, l’état d’urgence apparaît en effet comme une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Il fut ainsi instauré une première fois en 1955 en Algérie, lorsque les militaires firent valoir que, face aux foyers rebelles dans les Aurès, ils étaient dans l’incapacité de mener des opérations efficaces en restant dans le cadre du droit commun. Le gouvernement français eut également recours à l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie au début de l’année 1985 et pour plusieurs mois suite à une explosion de violence sur l’île. Après des morts de part et d’autre dans les communautés kanake et caldoche, un cycle d’attaques et de représailles de plus en plus violentes se mit en place, laissant craindre les prémices d’une véritable guerre civile. Avant que la situation ne devienne totalement incontrôlable, les autorités décidèrent de reprendre la main en décrétant l’état d’urgence.

 
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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Chloé Morin

Chloé Morin est Directrice de l’Observatoire de l’Opinion de la Fondation Jean Jaurès, ancienne conseillère en charge de l'opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, de 2012 à 2016.

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