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Sortir enfin de la grande crise de 2008, mode d’emploi : ces mesures de plus en plus radicales évoquées un peu partout... sauf en France

Depuis plusieurs semaines, certaines voix commencent à s’élever en proposant des solutions économiques de plus en plus radicales ; monnaie hélicoptère, recours massifs à la dette, financement des Etats directement par les banques centrales etc…Alors que le monde traverse sa pire crise depuis les années 1930, l’immobilisme des dirigeants politiques est en train de produire un effet boomerang.

Exception française

Publié le - Mis à jour le 25 Mars 2016
Sortir enfin de la grande crise de 2008, mode d’emploi : ces mesures de plus en plus radicales évoquées un peu partout... sauf en France

Atlantico : Alors que Mario Draghi juge "intéressante" l'idée de distribuer de l'argent par hélicoptère, point qui a été confirmé par un autre gouverneur de la BCE, Peter Praet, d'autres figures du monde économique, comme le célèbre gérant Bill Gross, indique que les Etats n'auront pas d'autres choix que de creuser leurs déficits publics. Alors que la grande récession a débuté en 2008, en quoi les nouvelles mesures proposées paraissent de plus en plus extrêmes ? S'agit-il de réponses techniquement appropriées ?

Nicolas Goetzmann : C’est la réponse du berger à la bergère. L’économie mondiale a traversé sa pire crise depuis les années 1930 et les réponses politiques adressées se sont surtout caractérisées pas un immobilisme sourd, et ce, principalement en Europe. L’effet de sidération marche à plein, et le résultat se voit aujourd’hui à travers ces multiples propositions de riposte. Face à un tel écart entre les dégâts causés et les solutions présentées, il était finalement logique d’en arriver à une situation ou les idées les plus radicales font leur entrée dans le jeu. Et il est en effet assez clair que ce début d'année 2016 marque un changement de ton. Il est, par exemple, assez surprenant de constater que des mesures, comme celle de la monnaie hélicoptère, soient abordées par des personnalités pourtant considérées comme parfaitement consensuelles, comme Mario Draghi, par exemple. Cette idée de monnaie hélicoptère correspond à une opération de distribution d'argent, directement à la population, et était pour le moment proposée par des personnalités plus abrasives, comme Jeremy Corbyn, le nouveau leader de la gauche britannique, sous l'appellation de "QE for the people". Mais depuis quelques semaines, les déclarations en faveur de ce type d’approches se multiplient, il est notamment possible de citer Ray Dalio, le gérant du plus grand Hedge Fund du monde; Bridgewater Associates. Dans un autre registre de son côté, l’ancien chef économiste du FMI, le français Olivier Blanchard déclarait récemment  "Le QE, plus il y en a, plus ça marche, c’est comme l’amour". Les langues se délient peu à peu. Autre exemple, dans une tribune publiée le 14 mars dernier, Paul Krugman, Prix Nobel d’économie, et pourtant soutien historique aux politiques de libre échange, commençait à se poser des questions sur la pertinence de la mondialisation pour les pays développés.

Ce sont également les idées de la "modern monetary theory" qui sont également reprises, qui consistent à financer directement les Etats au travers des banques centrales. D'autres encore, pointent la capacité des Etats à pouvoir s'endetter sans limite, au regard de la capacité d'absorption de cette dette par les niveaux gigantesques de l'épargne mondiale. Ainsi, aux Etats Unis, le candidat démocrate Bernie Sanders ne s’embarrasse pas du niveau de la dette du pays, il est prêt à relancer la machine budgétaire au travers de l’éducation, de la santé ou des infrastructures. Et sur ce même point, encore une fois, le patron de la BCE, Mario Draghi, s’est fait remarquer lors de sa conférence de presse du 18 mars, en indiquant :

" J’ai déjà précisé que si la politique monétaire a vraiment été la seule politique de reprise menée au cours des dernières années, elle ne peut remédier à certaines faiblesses structurelles de base de l'économie de la zone euro "… " Pour cela, nous avons besoin de réformes structurelles, de celles qui conduisent à relever le niveau de la demande, les investissements publics et la baisse des impôts. Plus important encore, on a besoin de clarté sur l'avenir de notre ... union monétaire". Si l’on écoute Draghi au pied de la lettre, il s’agit ici de mettre en place un plan de relance budgétaire, au mépris des questions de déficits et de dettes. La fin de phrase relative à l’avenir de l’union monétaire est une sorte d’avertissement sur les conséquences de l’inaction.

Mais l'ensemble de ces mesures, aussi extrêmes soient elles, répondent à la même logique; soutenir la conjoncture économique mondiale au travers de politiques de la demande. Si les propositions envisagées paraissent extrêmes ou farfelues, elles ont le mérite de mettre en évidence la véritable nature de la crise ; un trou gigantesque du côté de la demande. C’est-à-dire une réplique parfaite de la crise des années 1930. Il suffit de constater la faiblesse des taux d'inflation dans le monde pour se rendre compte que la demande reste extraordinairement faible, ce qui indique bien, malgré les efforts de certains, que les réponses apportées n'ont véritablement jamais été à la hauteur des enjeux. Et en ce qui concerne la zone euro, un simple coup d’œil au niveau de la demande depuis 2008 permet de se faire une idée du carnage. 

Evolution de la demande (PIB à prix courants) par rapport à sa tendance de 1995-2008. Source BCE.

Parce que si le rôle des politiques publiques est de stabiliser la croissance de la demande dans une économie, il est alors possible de tenir une comptabilité de la taille de l’échec : soit près de 30% du PIB de la zone euro. 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 21/03/2016 - 09:11 - Signaler un abus La dictature des banquiers et des assureurs...

    La dette n'enrichit que cette clique consanguine, qui courtise Macron-Rotshild à Davos, car elle sait que l'industrie sudiste est morte, achevée par les Énarques maudits qui avaient pour tâche d'assurer la suprématie des banquiers... De ce jeu de massacre, n'émergent que les plus forts, les Allemands, toujours victorieux d'une extension de leur Lebensraum, et les pays nordiques qui ont su s'adapter à la globalisation. Les sudistes, handicapés par les influences mediteranneennes, sont voués à augmenter leur endettement et à mendier à Bruxelles les intérêts qui serviront à conforter la suprématie des banquiers. Voila pourquoi les gauchistes et leur alliée de circonstance, Merkel, ont encouragé les mafias de passeurs et la dislocation du Moyen-Orient, afin de créer la mini-croissance qui résultera de cette invasion (Davos était saturé d'études de ce type...), seule possibilité pour réduire un peu le chômage qui explose et la grogne qui enfle...

  • Par zouk - 21/03/2016 - 09:22 - Signaler un abus Après la pluie, vient le beau temps

    Voilà ce que Fr. Hollande nous a seriné et infligé depuis 2012, sans rien faire. Quel courage il faudra à ses successeurs!

  • Par john mac lane - 21/03/2016 - 10:16 - Signaler un abus Les Keynésiens en délire....

    Youppiiiii! cOMBIEN FA

  • Par john mac lane - 21/03/2016 - 10:16 - Signaler un abus Les Keynésiens en délire....

    Youppiiiii! cOMBIEN FA

  • Par john mac lane - 21/03/2016 - 10:16 - Signaler un abus Les Keynésiens en délire....

    Youppiiiii! cOMBIEN FA

  • Par john mac lane - 21/03/2016 - 10:17 - Signaler un abus Les Keynésiens en délire....

    Youppiiiii! Combien faut il de dettes, d'échecs pour comprendre que la politique Keynésienne monétariste est absurde?

  • Par Anguerrand - 21/03/2016 - 11:12 - Signaler un abus A souk

    D'accord avec vous, Hollande a toujours cru que, sans rien faire les cycles économiques ( tous les 5 à 7 ans ) lui permettraient d'avoir une economie qui reparte toute seule sans rien faire et qu'en 2017 l'économie française serait reparti, lui permettant d'être réélu. Raté Mr le Presigland, vous n'avez rien fait, aucune des réformes qu'ont fait tous nos voisins qui eux, redémarre tendent vers le plein emploi avec un taux d'imposition d'environ 15% de moins que chez nous. Avec Hollande nous avons perdu 5 ans, pire, il a continué à faire souffrir la France, les francais, et les entreprises en augmentant tous les impôts et en créant 102 nouveaux impôts. Bon courage au prochain president qui devra prendre des décisions drastiques qui pourront refaire démarrer la France. Toutes ces décisions ne feront pas plaisir à tout le monde et il faudra supporter des grèves en particulier chez les fonctionnaires. Il faudra en passer par la, comme du temps de Tatcher qui permet aujourd'hui d'avoir une GB prospère. Chez Hollande on retiendra une "réforme essentielle " le mariage homo et son corollaire la GPA et la PMA criminelle pour les enfants.

  • Par Labarthe - 21/03/2016 - 11:15 - Signaler un abus Incroyable...

    Après toutes les expériences du XXº et de ce début de XXIº, il est incroyable de voir des économistes croire encore que le traitement d’une crise économique est dans un traitement financier basé sur la dette. La politique de « Super Zéro », je veux dire monsieur Draghi, a pourtant montré son échec et ses risques, La politique de la dette - à l’origine de la crise de 2008, faut-il le rappeler - est un amplificateur de crise. Elle favorise, entre autres, la spéculation, enrichissant quelques-uns et appauvrissant tous les autres en détruisant le tissu social. La solution est évidemment ailleurs, peut être dans une dans une nouvelle conception de la consommation et une réorganisation de la mondialisation. Elle demande imagination et créativité, pas une fabrique de billets, alors que le monde déborde déjà d’argent, inutile et concentré en quelques mains. Si l’on y pense, c’est assez ahurissant de voir tout cet argent qui a été insufflé dans l’économie sans but et sans véritable réflexion sur une utilisation créative. Continuer dans ce sens serait criminel.

  • Par superliberal - 21/03/2016 - 11:33 - Signaler un abus Présidence criminelle...

    Cette présidence aura eu un impact très négatif et concret sur nos vies et celle de nos enfants...je crains néanmoins que les Français n'est pas encore assez souffert pour enterrer le socialisme et l'étatisme une bonne fois pour toute. Manque plus qu'un retour au franc et l'enterrement du libéralisme "superlight" à la Francaise par Marine pour finir de couler ce qui était autrefois un grand pays...RIP

  • Par elvin - 21/03/2016 - 12:37 - Signaler un abus Eyes wide shut

    Tant d'obstination dans l'aveuglement laisse perplexe. Pour oser écrire " ce qui indique bien, malgré les efforts de certains, que les réponses apportées n'ont véritablement jamais été à la hauteur des enjeux",, il faut vraiment avoir la foi du charbonnier ! Avec un minimum de logique élémentaire (ce qu'on appelle le bon sens, mais ça c'est interdit chez les Zéconomistes), on dirait plutôt : "ce qui indique bien, malgré les efforts de certains, que les réponses apportées n'ont aucun rapport avec les problèmes "

  • Par elvin - 21/03/2016 - 12:41 - Signaler un abus le clou et le marteau

    Je ne sais plus qui a écrit à peu près "Pour ceux qui ne savent que donner des coups de marteau, tous les problèmes ont la forme d'un clou"

  • Par kaprate - 21/03/2016 - 14:28 - Signaler un abus Economie directe...

    Faut-il que les citoyens soient bien lésés par les banquiers / assureurs et bien volés par les états pour que la BCE envisage de leur balancer des billets, histoire d'être certaine que les vrais gens, ceux qui travaillent, qui créent de la richesse, qui achètent et investissent, qui font vivre un pays, en profitent. Pourquoi l'économie collaborative, le financement participatif, le crédit vendeur ou la vente à terme se développent autant? Parce que nous comprenons bien que les banques comme l' Etat nous volent, ne servent pas nos intérêts et que, quelles que soient la légitimité et l'efficacité de leurs actions et de leurs "investissements" (spéculatifs pour les uns, idéologiques et inefficaces pour l'autre), c'est nous qui leur servons de garants!

  • Par pierre de robion - 21/03/2016 - 17:55 - Signaler un abus Mais où vont-ils chercher tout ça?

    On peut imaginer en effet de distribuer de la monnaie de singe qui relancera à coup sûr l'inflation. Mais ce golem ne manquera pas d'échapper à ses concepteurs et alors ce sera l'hyper inflation comme en Allemagne en 1923. On pourra utilement lire l'article ci-dessous à ce sujet! Mais les économistes comme les énarques ont toujours raison car ils ne font des prévisions justes...qu'après coup!

  • Par Cervières - 22/03/2016 - 08:31 - Signaler un abus On se marre

    "Il est en effet amusant de voir les réactions effrayées face à des propositions telles que la monnaie hélicoptère." Quand je vois un schizophrène halluciné et délirant entrer dans une classe de maternelle avec une Kalashnikov, je sens poindre une discrète angoisse, pas vous?

  • Par Ganesha - 22/03/2016 - 10:21 - Signaler un abus Monnaie Hélicoptère

    Mr. Goetzmann ne nous explique absolument pas en quoi consisterait, en pratique, cette ''monnaie hélicoptère''. Serait-ce, enfin, le Revenu de Base'' ?

  • Par Lucide42 - 22/03/2016 - 22:49 - Signaler un abus la fin du capitalisme aveugle

    Le capitalisme est basé sur l'enrichissement de certains entrepreneurs. Il était salutaire à une époque et quand la répartition des richesses était admissible. Avec la libéralisation et la mondialisation, les transfet de fond se sont accélérés au point d'avoir 1% des gens qui possèdent 99% des richesse. On ne peut aller plus loin donc la machine s'arrête. Une seule solution: la répartition des richesses.

  • Par Deudeuche - 23/03/2016 - 17:51 - Signaler un abus John Meynard Goetzmann

    ou Nicolas Keynes, au choix. Vive la caisse du Monopoly!

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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