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Sorry Mrs May, internet n'est pas un repaire à terroristes quoique vous en pensiez

Chaque grande attaque terroriste qui frappe le sol occidental suscite des critiques violentes d’Internet. Dernier exemple en date, la déclaration de Theresa May à l’ONU, à la suite de celles qu’elle avait faites lors des attentats de Londres en juillet 2017, selon laquelle Internet serait, avec la complicité des géants du Web, un paradis pour les terroristes.

Conclusion hâtive

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Sorry Mrs May, internet n'est pas un repaire à terroristes quoique vous en pensiez

Disons-le tout net : une telle vision du net, fondée sur le sensationnalisme d’affaires récentes, aussi tragiques soient-elles, est fausse. Elle appréhende de manière caricaturale le cyberespace, rendez-vous de tous les malfaisants (pédophiles, terroristes, trafiquants). Or, faut-il le rappeler, tous les sites ne sont pas des supermarchés de l’interdit comme le défunt silk road. L’existence d’un dark web (criminel) ne peut être contestée mais elle est souvent confondue avec celle du deep web (ensemble des sites non-accessibles par des moteurs de recherche). Du cyberespace comme vecteur de liberté lors des Printemps arabes au cyberespace lieu des organisations criminelles, il n’y a que quelques années d’écart.

Au-delà de cette vision noire, le cyberespace est également – c’est sa fonction première – un réseau de réseaux servant à connecter les Hommes.

Avant celui-ci aurait-on pensé à la possibilité pour n’importe qui, où qu’il soit, d’assister à un cours en ligne des plus grandes universités ? Où peut-on trouver une telle compilation de connaissances, avec les plus grandes bibliothèques du monde mettant en accès libre leurs fonds anciens comme le Gallica de la BNF ? La réponse est simple : nulle part. Relier les Hommes, sans filtre, c’est aussi ouvrir la possibilité que ces derniers, c’est dans leur nature – hobbesienne ou freudienne c’est selon – ne s’en serve parfois pour des usages violents et potentiellement criminels.

Est-il également permis de rappeler que le terrorisme n’est pas né avec Internet ?Le 11 septembre a eu lieu sans Internet – souvenons-nous d’Al Qaeda époque Ben Laden avec ses cassettes audio – de même que la plupart des grandes vagues terroristes depuis la fin de la Seconde guerre mondiale (extrême gauche européenne des années 70-80, Palestiniens (OLP, Hamas) des années 70-90, Hezbollah libanais, etc.). Pour les terroristes, Internet est simplement un canal de communication servant au recrutement et à la propagande. Le médiologue canadien Marshall McLuhan faisait au siècle dernier un constat simple : le terrorisme nait, vit et meurt par l’image. Il faut donc imposer le black-out communicationnel pour le vaincre. Cette solution appliquée à l’Internet actuel s’avèrerait totalement contreproductive. Daesh, comme hier les Brigades rouges qui avaient mis en place la « stratégie de la tension » consistant à frapper en tous lieux, chercher à propager la peur. Daech ne vise pas autre chose et la mise en œuvre d’une législation d’exception sur le net, forcément restrictive, aboutira à l’effet recherché par les terroristes. La modération à l’excès, le contrôle de la parole induits par ce type de règlementation aboutiraient à la victoire -symbolique – des terroristes islamistes. Toute concession sur notre mode de vie est en effet leur victoire, celle qui précipite la fin de notre civilisation.

 
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