Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 23 Juin 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sondage exclusif d'avant débat : et voilà la hiérarchie des sujets sur lesquels les Français pensent que les politiques peuvent (encore) réellement agir

Dans ce nouveau baromètre Ifop pour Atlantico, le pouvoir d'achat et la capacité à boucler les fins de mois constituent, pour 35% des Français, la principale préoccupation dans le cadre de la présidentielle.

Révélations

Publié le - Mis à jour le 24 Mars 2017
Info Atlantico

Dans ce nouveau baromètre Ifop pour Atlantico, 20% des Français placent le chômage et la sécurité de leur emploi et de ceux de leurs proches à la première position en tant que sujet qui les préoccupe le plus. Ils ne sont plus que 12% à placer le terrorisme à la première place de leurs préoccupations. Qu'est-ce qui explique ce changement (NB : 67% de Français considéraient, en juillet 2016, que la lutte contre le terrorisme allait "beaucoup" compter dans la présidentielle 2017, dans un précédent baromètre Ifop pour Atlantico) ?

A quel(s) candidat(s) cela pourrait-il le plus profiter ? 

Vincent Tournier : Quand on regarde l’évolution des courbes, on voit effectivement que la préoccupation pour la lutte contre le terrorisme s’est effondrée depuis l’automne. A quoi faut-il attribuer ce renversement de tendance ? Les responsabilités sont sans doute partagées : il faut tenir compte du silence des médias, de la prudence des politiques, mais aussi de l’attitude des Français eux-mêmes. D’une certaine façon, tout le monde a envie de passer à autre chose. Il faut bien mesurer l’ampleur de ce déchainement de violence auquel nous avons assisté en 2015 et 2016. Depuis les guerres de religion, jamais un prêtre n’a été égorgé dans son Eglise. Et même sous la Monarchie absolue, jamais des auteurs de presse n’ont été massacrés. Faut-il aussi rappeler que, même au pire moment de l’affaire Dreyfus, aucun juif n’a jamais été assassiné en France ? Les attaques que nous venons de vivre sont d’autant plus traumatisantes qu’elles ont été commises par ceux qui étaient supposés être les victimes du racisme. Autrement dit, le fascisme que l’on attendait à l’extrême-droite est venu du côté de ceux qui étaient censés en être les premières victimes.

Tout cela fait beaucoup, à la fois par la nouveauté et par les contradictions. Un besoin de catharsis se fait sentir : on sent une envie d’exorciser, de rejeter, d’oublier ces événements. C’est un peu ce qu’a fait François Hollande lorsque, voulant répondre à Donald Trump qui disait que Paris n’est plus Paris, il s’est permis de dire : "ici il n'y a pas de circulation d'armes, il n'y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule". Cette formule est hallucinante ; elle aurait dû provoquer une réaction ferme de la part des associations de victimes. Pourtant, la déclaration du président traduit bien ce déni qui imprègne une partie des élites et, certainement aussi, des électeurs. L’histoire retiendra que, après les pires attentats de notre histoire, la campagne présidentielle s’est polarisée sur le statut des assistants parlementaires. La campagne électorale n’a pas lieu parce que le réel n’a pas pu avoir lieu.

Marine Le Pen est la candidate qui totalise le plus d'items sur lesquels les Français la jugent la plus crédible en tant que candidate à la présidentielle (le terrorisme, les flux migratoires et le contrôle des frontières, la sécurité et celle de ses proches, l'extrémisme religieux et l'extrémisme politique). Elle est suivie par Emmanuel Macron (le pouvoir d'achat et la capacité à boucler ses fins de mois, le chômage et la sécurité de son emploi et de ceux de ses proches, le montant de la retraite présente et à venir, et la scolarité des enfants). Ces résultats viennent-ils entériner le rejet des Français des candidats issus des partis traditionnels, et plus largement de ces derniers ? Quelles transformations du paysage politique français provoqueraient l'éviction dès le premier tour des candidats LR et PS ? 

Vincent Tournier : Il est clair que les partis de gouvernement n’ont pas la cote : si on additionne les intentions de vote pour Benoît Hamon et pour François Fillon, on n’arrive tout juste à 30%. En mars 2012, le total cumulé des intentions pour Hollande et Sarkozy atteignaient 55% (score qu’ils ont d’ailleurs effectivement obtenu au premier tour).

On assiste donc à un véritable effondrement. Faut-il s’en étonner ? Cela fait des années que l’on commente à toutes les sauces la fameuse crise de la représentation politique, le déclin de la confiance dans la classe politique, le divorce entre les électeurs et les élus. Il fallait donc s’attendre à ce que ce divorce finisse par se traduire sur le plan électoral. Il faut dire aussi que le contexte aggrave les choses. Après la crise financière de 2008, nous avons eu la crise de l’euro, le Printemps arabe qui s’est transformé en Hiver islamiste, la crise migratoire, et finalement le califat en Syrie et les attentats islamiques. Bref, les scénarios les plus noirs se sont réalisés, ceux qui étaient supposés être élaborés par des illuminés infréquentables et dangereux. Or, face à cela, la classe politique semble démunie et impuissante, incapable de donner du sens à ce qui se passe et encore moins de proposer des solutions. On a connu des crises politiques pour moins que ça.

Il n’est donc pas très étonnant que Marine Le Pen engrange de très bons scores sur ces sujets. Elle bénéficie clairement d’une forte crédibilité sur les thèmes liés à la sécurité et à l’immigration. C’est assez logique puisque le contexte a clairement banalisé les réponses sécuritaires, lesquelles apparaissent désormais moins scandaleuses qu’autrefois. D’ailleurs, on a bien vu, après les attentats, que l’opinion publique devenait très favorable à des mesures radicales. C’est pour cette raison que François Hollande s’était lancé dans son projet très symbolique de déchéance de la nationalité, sans réaliser qu’il allait créer une énorme tension dans son propre camp au point de devoir y renoncer.

Cela étant, cette situation ne sert pas forcément Marine Le Pen puisque, comme on l’a dit, les enjeux sécuritaires ont tendance à passer au second plan. Donc, la candidate du FN ne va pas être en mesure d’accroître significativement son impact électoral, sauf éventuellement si un nouvel attentat vient à se produire. 

Malgré le précédent résultat, pour l'ensemble des items testés dans ce baromètre, les Français considèrent qu'aucun des candidats à la présidentielle n'est crédible, à l'exception de Marine Le Pen pour ce qui est des flux migratoires et du contrôle des frontières (42%). Les candidats dits "hors système" ne souffriraient-ils pas, eux aussi, de la défiance de l'opinion publique vis-à-vis des politiques ?

Vincent Tournier : Vu le contexte, on peut effectivement penser que les candidats antisystèmes n’obtiennent pas le triomphe qu’ils pourraient espérer. Il y a plusieurs raisons à cela, à commencer par le fait que Marine Le Pen est toujours frappé d’un interdit majeur. De plus, le caractère anti-système d’Emmanuel Macron reste relatif. On peut même considérer que celui-ci doit surtout son succès au fait qu’il incarne une certaine continuité, une certaine stabilité, avec un programme savamment dosé, doublé d’une posture très habile sur l’homme providentiel, à la fois à gauche et à droite, dans la continuité et le changement. Sa stratégie n’est pas sans rappeler la façon qu’avait eue Nicolas Sarkozy en 2007 de se présenter en homme nouveau (avec le thème de la "rupture"), alors que lui-même avait été ministre et était issu du même mouvement que le président sortant.

Toujours est-il que, au total, les partis de gouvernement font de la résistance. Ni Hamon, ni Fillon ne sont tombés dans les abîmes des intentions de vote, en dépit de toutes les casseroles qu’ils traînent, que ce soit un programme mal ficelé et l’impopularité du président sortant pour Benoît Hamon, ou les affaires d’emplois fictifs et les tensions avec les centristes pour François Fillon.

Cela laisse entendre que, au total, les Français ne sont pas prêts à dézinguer le système. Certes, ils ne veulent pas reconduire les partis qui ont gouverné, mais ils veulent quand même éviter de partir dans l’inconnu. On peut expliquer cette situation paradoxale par le fait que les alternatives au statu quo ne sont finalement pas si évidentes. Quelle est la solution de rechange pour l’Europe ? Quelle est l’alternative à la mondialisation ? Comment lutter contre l’islamisme tout en restant dans un cadre démocratique ? C’est tout le paradoxe de la situation actuelle : on voit bien que les problèmes s’accumulent, mais on voit mal quelles peuvent être les solutions. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par lemillanh - 20/03/2017 - 08:04 - Signaler un abus encore encore et encore §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

    APRÈS QUE LE PNF ET LES JOURNALISTES QUI ONT DÉTRUIT LES FORCES DE LA RAISON DE LA COHÉRENCE ET DU COURAGE EN MASSACRANT LA PERSONNALITÉ D UN HOMME DEPUIS 2 MOIS ET ON S ÉTONNE AUJOURD HUI QUE SON PROGRAMME CONSTRUIT AVEC LA SOCIETE CIVILE NE SOIT PAS AUDIBLE CE N EST NI MEIN KAMPF NI LE PETIT LIVRE ROUGE ON VERRA BIEN CE SOIR SI LES FRANÇAIS SONT SOURDS AVEUGLES ET MUETS ET PREFERENT LES ÉLUCUBRATIONS D UN COMMUNICATEUR OU CELLE D UNE POPULISTE

  • Par Deudeuche - 20/03/2017 - 09:23 - Signaler un abus @lemillanh

    D'accord, mais de grâce écrivez SVP en minuscule la majorité de votre texte.

  • Par Geolion - 20/03/2017 - 10:35 - Signaler un abus Bravo, Fillon ! Un très bon point !

    L'iFrap, un think-tank libéral, a évalué les conséquences des projets des candidats sur l'économie. Le candidat de la droite, F.Fillon arrive en tête. Que les français se le disent !

  • Par Ganesha - 20/03/2017 - 11:16 - Signaler un abus La dame blonde est la seule qui soit sincère !

    Article vraiment long et totalement indigeste… On peut donc s'attendre la litanie habituelle des commentaires débiles, du genre : ''François Fillon est un escroc minable, mais je voterai pour lui parce qu'il paraît qu'il va à la messe le dimanche''. Les commentaires ci-dessus ne cherchent même pas à faire croire qu'ils résultent d'un début de lecture... Il faut dire que ce texte est ''totalement à coté de la plaque''. Qui s'intéresse encore aux programmes et aux promesses électorales ? Depuis trente ans, avez vous jamais vu un président réaliser au moins partiellement les espoirs qu'il a fait naître ? Baisser le chômage ? Stopper l'immigration ? Inverser la désindustrialisation ? Préserver le pouvoir d'achat des classes moyennes ? Vous voulez rire ! Nous avons heureusement déjà, grâce au Canard enchainé, des informations très utiles sur la personnalité réelle des candidats. Ce soir, nous allons essayer de deviner leurs motivations profondes. Jusqu'où ira leur rapacité, leur recherche insatiable d’enrichissement personnel, leur soumission à l'oligarchie financière ? Mon pronostic : la dame blonde est la seule qui soit sincère. Et elle va balayer toute cette racaille !

  • Par totor101 - 20/03/2017 - 12:05 - Signaler un abus SONDAGE ?

    A quand un sondage sur la fiabilité des instituts de sondage ? ? ? ?

  • Par Eric ADAM CVD - 20/03/2017 - 12:14 - Signaler un abus Retour de la "BANDE DES QUATRE"!

    Avec une parodie de débat, ce SHOW, "Télé-Irréalité" de prime-time, la Démocratie est encore renvoyée au NÉANT! On retrouvera les enfants des "4 de l'apocalypse": - Macron fils de La-Canuette et Jobard, les "Bisounours" de l'UDF, Toujours "AILLEURS et NULLE PART"! - Merluchon fils de Marchais-de-dupes, Communard nostalgique des années "SOVIET" et des Dictatures POPULAIRES ANTI-DÉMOCRATIQUES, mais qui pourtant voudrait nous faire croire qu'il nous "donnerait" une Constitution "du PEUPLE"... Dont le contenu ne serait accepté que par les "travailleurs", sans aucune garantie de les nourrir! - Fillou, fils des "Super Menteurs" ChiChi, SARKOSTIC l'éternel retourneur, et Jupette le bien Logé des HLM Parisiens! Digne héritier affirmant, comme ses prédécesseurs avec un accent "gaullien" sans l'envergure "Général" qu'il aurait "COMPRIS"! - Hamont-et-mervieilles fils de "Dieu Mythe Errant" et d'un "Capitaine de pédalo Hollandais", soucieux de poursuivre plus en profondeur l'asservissement et la TRAHISON de la NATION! Et en FACE de cette BANDE DE TRAÎTRES? Une VIERGE qui n'a encore JAMAIS TRAHIS, et pour cause! Alors ce soir? BOYCOCOTE ou BAFRERIE gourmande de l'INTOX SYSTÈMIC?

  • Par vauban - 20/03/2017 - 12:39 - Signaler un abus Mr Macron

    Ne sera pas au second tour Cela est évident pour les gens qui,comme moi,côtoient la réalité du mal vécu del laplupart de nos concitoyens non bobos non écolos sectaires et qui ne savent pas où se trouve la plage des Vosges ni à fortiori le Marais(sauf peut être le poitevin et cela ne les incite pas à rejoindre EN MARCHE après l'expérience Ségolène) Le décalage sondagier est ahurissant!Secouezvous mrsFourquet and Co

  • Par lasenorita - 20/03/2017 - 14:21 - Signaler un abus Les sondages.

    Je ne sais pas quels sont les ''Français'' qui sont ''sondés'' mais je ne suis pas d'accord avec les sondages voir http://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/election-presidentielle-dix-raisons-qui-expliquent-pourquoi-les-sondages-peuvent-seplanter_2102031.html#xtor=AL-79-[article_video]-[connexe] on a des preuves que les sondages se sont souvent trompés (pour Trump, pour Fillon, etc.)...

  • Par josy49 - 20/03/2017 - 17:15 - Signaler un abus dix raisons qui expliquent pourquoi les sondages...

    Un article intéressant et instructif concernant les sondages...Election présidentielle : dix raisons qui expliquent pourquoi les sondages peuvent se planter http://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/election-presidentielle-dix-raisons-qui-expliquent-pourquoi-les-sondages-peuvent-seplanter_2102031.html

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

Voir la bio en entier

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€