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Le sondage sur les attentes des Français qui permet d’anticiper sur quoi se joueront vraiment les prochaines élections (et non, ça n’est pas forcément le clivage nationalistes contre progressistes)

Un sondage exclusif Ifop pour Atlantico montre un infléchissement des attentes sur les thématiques sécuritaires, tandis que les questions économiques remontent parmi les priorités des Français.

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Info Atlantico
Le sondage sur les attentes des Français qui permet d’anticiper sur quoi se joueront vraiment les prochaines élections (et non, ça n’est pas forcément le clivage nationalistes contre progressistes)

 Crédit Benjamin CREMEL / AFP

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Atlantico : Votre sondage montre un sorte d'infléchissement sur les thématiques sécuritaires (Sécurité et terrorisme -15 pts, délinquance -5 pts, lutte contre l'immigration -3 pts et d'immigration, mais un vrai regain sur les thématiques économiques et sociales) et une reprise d'intérêt sur les questions économiques (relèvement des salaires et du pouvoir d'achat +10 pts, maîtrise du niveau des impôts +4pts, sauvegarde des services publics +4 pts). Alors qu'Emmanuel Macron vient d'effectuer sa rentrée sociale, comment expliquer ce glissement d'intérêt des Français vers des curseurs aux thématiques plus sociales malgré les très hauts scores des thématiques sécuritaires ?

Les Français ne croiraient-ils moins en la capacité de réforme économique du gouvernement ?

Jérôme Fourquet : Il faut voir où on en était au point de départ. En septembre 2017, nous sommes quelques mois après la présidentielle, période pendant laquelle la France a essuyé une attaque terroriste assez symbolique sur les Champs-Elysées dans laquelle un policier a perdu la vie. La présidentielle s'était faite dans un contexte très marqué par le terrorisme. A l'époque, nous étions un an après le funeste été 2016 marqué par l'attentat de Nice et l'égorgement du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray. Depuis lors, nous avons subi hélas d'autres attaques terroristes, à Marseille quand deux personnes avaient été poignardées, puis à Carcassonne et à Trèbes et plus récemment dans le centre de Paris. A chaque fois, la portée symbolique et le bilan humain ont été moins marquantes que par le passé.

De la même manière, il y avait un phénomène de caisse de résonnance ou d'échos à ce que nous étions exposés à l'intérieur de nos frontières ave des terroristes qui venaient soit de l'extérieur soit qui étaient autochtones et l'ampleur des résultats de Daech dans la zone irako-syrienne. Daech était à l'époque dans toutes les têtes. Entre temps, Daech a perdu quasiment l'intégralité du territoire qu'il contrôlait. Et même si les récentes attaques montrent une capacité de remous et d'influence notamment via les réseaux sociaux pour que certains individus commettent des attentats, le degré de menace apparait un peu moins élevé aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque. C'est cela de notre point de vue qui de notre point de vue explique la décrue progressive ou la moindre sensibilité de nos concitoyens à ces thématiques sécuritaires ou liées à l'immigration. Et ce même si comme vous le soulignez fort justement, cette question demeure au top des priorités.

Quand on a un peu de recul, sur la longue période, très rares ont été les périodes où le chômage n'arrive pas en tête dans ce genre de baromètres. La période terroriste que nous avons traversé et dont nous ne sommes pas sorti tout en entrevoyant la possibilité d'une lumière au bout du tunnel a bel et bien existée. En septembre 2017, il y avait 20 points d'écarts entre lutte contre le chômage et menace terroriste. C'était quelque chose de sans précédent. On n'est pas encore à un retour à la normale, ni dans l'état sans précédent de 2017. C'est pour cela que je considère que ce baromètre montre que nous sommes dans un entre-deux. Et qu'il est possible que l'on s'achemine vers une hiérarchie plus classique, tout comme il pourrait s'agir d'une accalmie momentanée.

Cependant, sur le thème qui a le plus progressé en un an, "le relèvement des salaires et du pouvoir d'achat" +10pts, l'électorat de LREM reste particulièrement moins concerné que les autres électorats. Malgré l'annonce du plan pauvreté, Emmanuel Macron n'est-il pas tributaire des velléités de son électorat ? Est-il condamné à être le "Président des riches" ?

Jérôme Fourquet : En partie, bien évidemment, même si on peut observer aussi sans doute un exemple de réflexe partisan. D'un côté donc un électorat qui dans ses choix en viendrait à se trouver en phase avec la grille de lecture de son gouvernement. Mais aussi sans doute une partie de l'électorat qui voit bien que c'est une préoccupation récurrente mais qui soutient le discours officiel qui consiste à dire qu'on ne peut pas faire de miracle. L'écart est très flagrant avec une magnifique courbe en U avec les extrêmes très fort, le PS et LR en dessous et LREM 20 points en dessous de ces deux partis. On constate aussi une montée très nette sur le pouvoir d'achat, mais celle-ci s'est faite en fait depuis plusieurs mois. Depuis janvier 2018, on n'a pas monté, mais la hausse était de 11 points entre janvier et septembre.

Beaucoup de Français ont cru dans les annonces et le discours gouvernemental en la matière. Le candidat Macron avait dégainé un argument massue dans le cadre de la campagne électorale qui était celui de la suppression de la taxe d'habitation. En juin 2017, on avait observé un dérochage inédit de la cote du gouvernement. Ce décrochage se fait précisément sur cette question là quand Edouard Philippe déclare dans son discours général avoir trouvé des caisses encore plus vides que prévues, et que si les hausses de prélèvement annoncées étaient maintenues, il n'en était pas de même des cadeaux qui eux allaient s'étaler sur tout le quinquennat. Il y a alors depuis une levée de bouclier parce qu'il y a le sentiment qu'il y a une entourloupe, surtout à l'issue d'une campagne très particulière dominée par les affaires où cette annonce avait été particulièrement entendue. Les annonces portaient aussi sur les baisses de charges des salariés. Mais on a appris depuis que ces baisses de charges allaient être différées dans le temps. En janvier, on est en plein dans l'effet déceptif parce que le gouvernement a sur-communiqué sur les baisses de charges. Sauf qu'avec la hausse de la CSG et les débuts de hausses du carburant, plus les traditionnelles hausses non-imputables au gouvernement telles que le timbre ou le gaz, etc., les Français ont le sentiment que ce n'est plus qu'une opération nulle au terme comptable et que du coup ils s'étaient fait balader. Depuis, le gouvernement a d'ailleurs été beaucoup plus prudent. C'est pour cela que l'essentiel du mouvement s'est fait entre septembre et janvier. Cette attente est depuis restée forte, sans grossir. Avec cela, il faut rappeler la levée de boucliers sur les 80 km/h que les gens voient comme une manière supplémentaire de faire rentrer l'argent dans les caisses. Il y a aussi une partie très importante du corps électoral que sont les retraités qui n'ont pas vu la hausse de la CSG être compensée. Du coup, la question du pouvoir d'achat est redevenue une attente très forte de la part des citoyens.

Et selon un scénario que nous avons hélas déjà connu par le passé, on rentre dans uen période très compliquée qui se caractérise par le fait que nous avons des attentes très fortes de l'opinion qui ont été en partie nourries par des annonces peut-être imprudentes au début du quinquennat et pendant la campagne. Et cela alors même que les caisses sont vides et que la croissance redescend. On arrive au moment fatidique du budget. Pour corriger l'image de "Président des Riches", on met le paquet sur le plan pauvreté mais ça c'est du pouvoir d'achat pour une partie de la population et donc ce n'est pas forcément des ressources budgétaires. Ensuite devrait arriver l'autre moment fatidique, celui qui devait être porteur en janvier de nouvelles baisses de charges pour les salariés, mais qui va s'accompagner de la mise en place du prélèvement à la source pour lequel on va avoir l'impression de se faire très largement ponctionner. Le piège est armé, en quelques sortes. Dans ce contexte là, comme vous le soulignez, on n'a que 33% des électeurs LREM qui considèrent que cette question des baisses de charge est prioritaire pour eux. Cela s'explique par un effet structurel et sociologique, qui s'explique par le fait que Macron est élu par des citoyens appartenant plus souvent aux CSP+ tel chefs d'entreprise, les retraités aisés et les cadres supérieurs. Pour eux, le pouvoir d'achat est un danger moins prioritaire. C'est la fameuse courbe en U : l'électorat populaire du FN et de la FI est très concerné, l'électorat de classes moyennes de LR et du PS un peu moins mais toujours beaucoup. Et on n'arrive qu'à 33% pour les LREM. Mais il y a aussi un possible réflexe partisan qui consiste à soutenir le gouvernement dans sa voie malgré la perception des problèmes (et qui accepte peut-être de prendre son mal en patience).

A quelques mois des élections européennes, on observe que ce thème mobilise peu, sauf peut-être chez LREM. Le Président qui a beaucoup axé son action politique sur son engagement européen pourrait-il récolter les fruits de ce noyau dur ou cela prête-t-il le flanc à une élection référendaire contre lui ?

Jérôme Fourquet : Tout d'abord, on observe que l'Union européenne est tout en bas du tableau des priorités des Français alors même qu'on est à huit mois des européennes et qu'on ne parle plus que de cela depuis des mois. Cela laisse donc présager une abstention très forte pour ces élections européennes.

Ensuite, si on veut nuancer un peu, ce qui arrive en tout bas de tableau est l'Union européenne. Mais quand on parle jour et soir de lutte contre l'immigration clandestine, c'est intrinsèquement lié à la question européenne. De la même façon que sont liées les thématiques économiques ou la question de l'environnement. Sur ces thématiques-là, les Français disent que la réponse doit passer à l'échelon européen et qu'on ne mènera pas par exemple la transition écologique seule (regardez par exemple le glyphosate). C'est encore plus vrai sur la crise migratoire. Les Français désignent donc aujourd'hui dans cet item "Europe et Union européenne" la dimension institutionnelle, politique et symbolique, qui est aujourd'hui très faible.

 
Commentaires

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  • Par Loupdessteppes - 16/09/2018 - 11:40 - Signaler un abus Les sondages se trompent régulièrement...

    Voir Trump, Macron et bien d'autres. Moins fiables que la météo, c'est dire...

  • Par Anouman - 16/09/2018 - 12:45 - Signaler un abus Etonnant

    Etonnant de considérer la sécurité comme prioritaire et la lutte contre la délinquance beaucoup moins.

  • Par cloette - 16/09/2018 - 15:19 - Signaler un abus Les sondages

    ne sont pas fiables car les gens peuvent changer brusquement d'avis si un évènement survient, qui peut être grave ou n'être qu'un détail paraissant insignifiant, mais aussi à cause des questions" habilement " posées ....Les échantillons en principe reflètent la population, mais là aussi ....

  • Par lima59 - 17/09/2018 - 12:04 - Signaler un abus Souverainistes contre Mondialiste

    Les sondages montrent que, tant sur l'économie, le terrorisme etc les 3 derniers présidents Sarko, Hollande, Macron sont dans l'incapacité d'agir. Et pourquoi, par ce que ce n'est pas le président qui gouverne mais la commission sous tutelle Allemande. Une politique d'austérité. Alors que quand le R.Uni avec moitié de chômage que la France, sait pourquoi elle quitte l'Europe. Cela se nomme Souverainistes contre mondialistes

  • Par Nap4 - 17/09/2018 - 12:49 - Signaler un abus Pas clair

    Les questions ne sont pas claires. Sécurité d'un coté, délinquance de l'autre, alors qu'ils liés. De l'autre côté, l'Europe et l'union européenne, il y a là pourtant plusieurs sujets : Brexit, Frexit, dette, immigration, mouvement nationalistes, harmonisation, frontière. Sujet vague donc mis de côté. Donc encore une fois, voici un sondage qui n'a pour rôle que d'étayer les thèses de certains. En les torturant bien on fait dire ce qu'on veut à des chiffres. La preuve est faite.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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