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Sommet de Washington sur la sécurité nucléaire : pourquoi le terrorisme à l’atome ne remplacera pas l’attentat suicide (bien que le risque d’attaque radiologique soit bien réel)

50 chefs d'Etat et de gouvernement se rencontreront du 31 mars au 1er avril à Washington à l'occasion d'un sommet sur la sécurité nucléaire, en grande partie consacré à la menace du terrorisme nucléaire. Cette dernière obsède les Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre. S'il est peu probable qu'un groupe terroriste fasse un jour exploser une bombe atomique, le risque de terrorisme radiologique ou d'attentats "à la bombe sale" est bien réel.

Obsession américaine

Publié le - Mis à jour le 1 Avril 2016
Sommet de Washington sur la sécurité nucléaire : pourquoi le terrorisme à l’atome ne remplacera pas l’attentat suicide (bien que le risque d’attaque radiologique soit bien réel)

Atlantico : Du 31 mars au 1er avril se tiendra à Washington un sommet consacré à la sécurité nucléaire, auquel seront présents une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement. En 2009, lors du sommet de Prague, Barack Obama considérait la possession d'armes nucléaires par des terroristes comme la "menace la plus immédiate et la plus extrême pour la sécurité du monde". Ses propos ont récemment été confirmés par le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, selon lequel le monde doit se prémunir contre le risque de “terrorisme nucléaire“ car “le terrorisme se répand et la possibilité que des matériaux nucléaires soient employés ne peut pas être exclue”.

Ce risque est-il réel ? Quels sont les groupes susceptibles, un jour, de détenir de telles technologies ? Sous quelles formes ?

Bruno Tertrais : D’abord, un rappel. Le terrorisme nucléaire consisterait à faire exploser une bombe atomique. Ce n’est pas la même chose que les "bombes sales", des explosifs traditionnels auxquels on aurait ajouté des substances radioactives : c’est plus facile et beaucoup moins létal. Et ce n’est pas la même chose non plus que le terrorisme radiologique, qui consisterait à s’en prendre à une installation nucléaire civile.

Le premier risque est à mon sens très surévalué aux Etats-Unis. Il faut dire que c’est le cauchemar ultime de Washington depuis le 11 septembre. Et c’est un sujet "bipartisan" : pas de différence entre Démocrates et Républicains. Barack Obama, malgré ses ambitions initiales, n’a pas fait grand-chose sur le désarmement nucléaire. Il veut donc au moins poser un marqueur sur ce sujet de la sécurité nucléaire : il s’agit de tout faire pour sécuriser les matières "fissiles", celles qui peuvent être utilisées pour fabriquer une bombe atomique.

C’est évidemment une bonne idée, mais ce que je constate, c’est qu’il n’y a jamais eu de projet sérieux de terrorisme nucléaire qui ait eu une réelle chance d’aboutir. C’est fantasmatique pour tout le monde, mais c’est aussi très difficile, très compliqué et ce serait sans doute très cher. Pourquoi se lancer dans de tels projets alors qu’on a un extraordinaire "multiplicateur de force", l’attentat suicide ? Quant à voler une arme nucléaire, pas la peine d’y penser : même au Pakistan ce serait extraordinairement difficile – et sans garantie de savoir la faire exploser…

Les bombes sales, c’est une autre affaire : pour des raisons techniques, ça ne peut pas être une grosse explosion et les effets directs seraient peu visibles ; c’est donc assez peu attractif pour les groupes terroristes. Mais le risque est réel. Enfin, s’attaquer à une installation nucléaire civile pour provoquer le dégagement d’un "nuage radioactif", c’est tentant et il y a eu beaucoup de tentatives depuis les années 1960, mais aucune n’a réussi. Il faut dire que ce sont des endroits très protégés et généralement très résistants. Même avec un avion de ligne, façon 11 septembre, ce serait difficile… 

Il y aura certainement, un jour, un attentat type "bombe sale" ou terrorisme radiologique. Pas forcément de la part de Daech, d’ailleurs. Cela effraiera, et c’est naturel, mais les effets physiques n’auront rien à voir avec ceux d’une catastrophe de type Tchernobyl ou Fukushima.

Peut-on considérer que les pays occidentaux sont suffisamment équipés pour se prémunir de telles attaques, ou sont-ils aussi vulnérables que face au terrorisme "traditionnel" ?

En France, ces risques sont très bien pris en compte. Mais nous ne pouvons avoir aucune garantie quant à la manière dont l’Etat fonctionnerait et réagirait – et comment la population se comporterait – en cas d’événement nucléaire gravissime et inédit, car ce scénario ne s’est, heureusement, jamais produit…Quant à la Belgique, c'est un cas d’école. D’abord, parce qu’il y a eu des intrusions et des projets d’intrusion sur la base de Kleine Brogel, qui abrite des armes nucléaires américaines. Ensuite, parce que les Etats-Unis ont refusé, il y a quelques semaines, de livrer à Bruxelles de l’uranium hautement enrichi, une matière fissile, pour un réacteur civil : c’était sûrement une bonne décision ! Enfin, parce que certains éléments de Daech, on le sait, s’intéressaient à l’industrie nucléaire civile belge…

Vladimir Poutine sera le grand absent du sommet de Washington. En quoi la coopération internationale contre le terrorisme nucléaire aura-t-elle moins d’effets sur la limitation du risque si la Russie en est exclue ?

Le fait que Vladimir Poutine soit absent ne veut pas dire que la Russie ne soit pas préoccupée par ce sujet. Mais, de fait, Moscou a décidé de cesser toute coopération avec les pays occidentaux sur ces sujets. C’est dommage. D’autant plus que les programmes de sécurisation des arsenaux de l’ex-URSS, lancés et financés par les Etats-Unis au début des années 1990, avaient été une vraie réussite pour le bien commun.

Propos recueillis par Emilia Capitaine

 
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  • Par Le gorille - 31/03/2016 - 19:08 - Signaler un abus Merci pour l'article

    Rassuré, peut-être pas, mais plutôt informé, maintenant, oui.

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Bruno Tertrais

Maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Spécialiste des questions stratégiques et nucléaires ainsi que de la sécurité en Asie.

Dernier ouvrage paru : L'Apocalypse n'est pas pour demain: pour en finir avec le catastrophisme (Denoël, 2011).

 

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