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Sommet Russie-Iran-Turquie sur la Syrie : la triplette de fer a-t-elle réussi à zapper les Occidentaux de la région ?

Mercredi 4 avril, Recep Tayyip Erdogan reçoit Vladimir Poutine et Hassan Rohani pour évoquer la question syrienne. Une rencontre tripartite qui interroge sur l'influence et la domination des signataires du "processus d'Astana" dans la région.

Brelan gagnant ?

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Sommet Russie-Iran-Turquie sur la Syrie : la triplette de fer a-t-elle réussi à zapper les Occidentaux de la région ?

Atlantico : Ce mercredi 4 avril, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani se réuniront pour traiter de la question syrienne, et des possibilités de mettre fin au conflit. Russie, Iran et Turquie sont-ils parvenus à mettre la main sur le Moyen Orient, au moment où Donald Trump a pu annoncer un prochain retrait américain de Syrie ? L'Occident est-il écarté de manière durable de la zone ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : Cette réunion s’inscrit dans le cadre du "processus d’Astana", lancé en janvier 2017, après la chute d’Alep-Est à la suite du retrait des groupes rebelles liés à la Turquie. Depuis le début de ce "processus", aucune réunion n’a pu aboutir à un semblant de règlement politique du conflit. Nous sommes bien éloignés du scénario "optimal" annoncé en septembre 2015, au moment de l’intervention russe : une sorte de blitzkrieg russo-iranien, la modification de la balance régionale des forces, un tour de table des différentes composantes de la Syrie et le règlement politique de cette guerre (remémorons-nous ceux qui, complaisamment, colportaient les éléments de langage de la diplomatie russe, dans le registre : "Poutine et Assad ne sont pas mariés").

Sur le terrain, la guerre n’en finit pas et se transforme en un affrontement régional. En février dernier, un premier incident irano-israélien - le viol de la souveraineté de l’Etat hébreu par un drone iranien, les représailles sur le sol syrien et la perte d’un avion israélien – a donné un aperçu de la gravité des risques géopolitiques sur ce théâtre. Bref, la situation est volatile. Les succès tactiques ne font pas une victoire d’ensemble et une zone définitivement acquise, d’autant plus qu’il y a beaucoup de crocodiles dans le marigot. Dans l’immédiat, le régime de Damas et ses "parrains" ne contrôlent guère plus de la moitié du territoire. Le Nord-Est est sous le contrôle des FDS (Forces Démocratiques Syriennes) et de forces spéciales américaines, britanniques et françaises. 

Au vrai, le Moyen-Orient lato sensu (i.e. l’Asie du Sud-Ouest) est bien plus vaste que le théâtre syro-irakien. Balcon septentrional sur le Moyen-Orient, la Turquie ne participe de cette région que de manière périphérique. Au Levant, Israël est comparable à une sorte de bastion occidental avancé. Plus à l’ouest, l’Egypte se situe à l’intersection de l’Afrique du Nord, celle-ci s’inscrivant dans d’autres logiques et menant ses propres politiques en Afrique du Nord, en mer Rouge et vers l’Afrique nilotique. Enfin, la péninsule Arabique, le golfe Arabo-Persique ainsi que l’Iran constituent d’autres parties du Moyen-Orient. Au total, la guerre en Syrie et les conflits qui lui sont directement liés, notamment en Irak, ne portent que sur une portion de la région. Le théâtre syro-irakien correspond à ce que les géographes nomment l’"isthme syrien", situé entre la Méditerranée orientale et le golfe Arabo-Persique. L’ensemble du Moyen-Orient n’est donc pas placé sous la domination du trio d’Astana. Les puissances occidentales sont toujours présentes et actives (voir la troisième question). Il est vrai que la déclaration de Donald Trump quant à un prochain désengagement américain de la Syrie est ambivalente. Comment prétendre contrer le régime iranien et couper l’"autoroute chiite", entre le golfe Arabo-Persique et la Méditerranée orientale, sans tracer une ligne dans le sable. Espèrerait-il encore détacher la Russie de l’Iran, en comptant sur Moscou pour contenir son principal allié régional ? Songerait-il à un scénario de force contre Téhéran, scénario qui ne nécessiterait pas la présence sur le sol syrien de 2.000 Américains ? 

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 04/04/2018 - 16:32 - Signaler un abus Wladimir !!

    que fais-tu avec ces deux énergumènes ???

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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