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Sommet du Mouvement des pays non alignés : mais que recherche réellement l’Iran ?

Téhéran est l'hôte du 16e sommet du Mouvement des pays non alignés. Alors que l'Iran est attaqué sur le dossier du nucléaire, ce sommet permet au pays de réaffirmer son influence, au moment même où les pays occidentaux essaient de l'isoler.

Influence

Publié le 28 août 2012
 

A lire, la tribune de l'ambassadeur d'Iran Ali Ahani

Le sommet des pays non alignés à Téhéran :
Une opportunité pour établir des rapports internationaux équitables

Il est clair qu'en organisant le sommet des pays non-alignés et en prenant sa présidence, l'Iran vise à démontrer que son influence reste importante au moment où les pays occidentaux essaient d'isoler ce pays à travers une politique de sanctions économiques afin de le faire céder dans les négociations concernant son programme nucléaire. Même si ce mouvement n'a plus l'influence qu'il avait durant la guerre froide, il reste une organisation importante comprenant des membres comme l'Inde ou le Qatar.

Cette implication de la république islamique d'Iran est cohérente avec un certain nombre d'orientations de la politique étrangère iranienne depuis la révolution de 1979. L'Ayatollah Khomeini avait en effet déclaré que l'Iran suivrait une voie qui serait « Ni Est, ni Ouest »l'objectif de suivre une voie « islamique » impliquant de renvoyer dos à dos l'URSS et les États-Unis, soit le communisme et le capitalisme. Ceci avait conduit à une véritable orientation tiers-mondiste de la politique étrangère iranienne. Cette politique, à l'époque, allait de paire avec la stratégie d'exportation de la révolution islamique et a surtout conduit l'Iran à soutenir les mouvements d'opposition dans les pays du Golfe et à créer puis soutenir le développement du Hezbollah au Liban. Cette stratégie a toutefois été infléchie à la fin des années 1980. 

Sous l'impulsion de Hashémi Rasfandjani, la politique d'exportation de la révolution a été abandonnée au profit d'une politique plus réaliste visant surtout à faire de l'Iran une puissance régionale. L'Iran a également tenté de montrer qu'il pouvait être un pays « responsable » en tentant de jouer une rôle d'apaisement dans les conflits qui ont opposé l'Azerbaïdjan et l'Arménie ou la guerre civile au Tadjikistan. Par ailleurs, l'éclatement de l'URSS faisait que la politique d'équilibre entre l'Est et l'Ouest n'avait plus de sens.

Cependant, les tensions persistantes avec les pays occidentaux au sujet du nucléaire iranien ont redonné du sens à cette politique. En effet, face à la politique de sanctions économiques visant à isoler son économie, l'Iran a vu tout l'intérêt qu'il pouvait avoir à renforcer ses liens diplomatiques avec des pays du Tiers-Monde opposés aux États-Unis comme l'Équateur ou le Venezuela. 

L'Iran peut en outre compter sur la sympathie de nombreux pays en voie de développement (PVD) qui voient dans ce dossier du nucléaire iranien une preuve de la politique occidentale de « deux poids, deux mesures ». Comment les pays occidentaux peuvent-ils refuser de réduire leur arsenal nucléaire, ce qui est pourtant un des objectifs explicites du Traité de Non Prolifération, et déclarer que l'Iran, qui n'a pas la bombe atomique et est contrôlé par l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, est devenu le problème numéro un des relations internationales ? Et il est difficile de comprendre pour les PVD pourquoi un pays non signataire du TNP comme Israël peut sans problèmes développer un programme nucléaire militaire. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'Iran compte à travers sa présidence des non alignés mettre en avant son opposition à l'arme nucléaire pour mettre les pays occidentaux face à leurs contradictions …

 


Commentaires

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  • Par kronfi - 28/08/2012 - 18:46 - Signaler un abus partie II

    Ainsi , il me parait pas impossible que de nouvelles alliances se creent au MO. Alliances IMPROBABLES du reste, sous couvert de la russie et des non alignes.
    je verrais bien , face a la menace wahabite , une alliance secrete entre israel et l'Iran, pour contrer le terrorisme wahabite a ses portes.
    je sais que cela parait une equation insoluble tant les intetrets divergent et convergent en meme temps, mais le plus probable est que la guerre entre chiites et sunnites est desormais officielle.
    Israel a interet dans ce panier de crabe a NE RIEN FAIRE....
    sauf a garder le doigt sur la gachette, car le danger est double.
    les azerbahjanais, chiites mais plutot laics et voisins de l'iran sont une excellente base de depart pour un raprochement israelo-iranien. Azerbaijan de plus en plus allie des israeliens dans le domaine militaire.
    Ainsi je verrais bien une alliance de circonstancre, entre israel et les chiites azerbaijanais, pour renverser le regime iranien, et faire contrepoids aux sunnites menaçants ( soutenus par l'administration US).
    le casse tete est desormais non chinois mais moyen oriental.

  • Par kronfi - 28/08/2012 - 18:37 - Signaler un abus je suis pas sur que l'iran soit vraiment

    l'ennemi d'israel, je dis cela d;autant plus que je suis juif et sioniste
    je pense que cette rethorique atomique iranienne est surtout, la pour contrer le pouvoir sunnite dans la region.
    Du reste depuis plus de 6 ans les USA laissent faire, et israel ne bronche pas.. seuls quelques discours viennent rappeler a l'electorat reciproque, le danger de l;un ou de l;autre sans que ne soit jamais rappele le vrai enjeu de cette bataille, a savoir le conflit irano- saoudite.
    meme a consider que le regime chiite iranien est ubuesque et meurtier, il n;est pas moins un regime a l'affluence locale, sans desir d'expension dans le reste du monde, a l'inverse des monarchies sunnites de la region.
    les perses sont d'excellents joueurs d'echec, et le conflit israelo palestinien a ete le cataliseur facile de tous les musulmans de la region. l'Iran en a profite afin de montrer aux sunnites que le vrai pouvoir est en Iran.
    alors que la syrie et les "printemps" hivers arabes montrent la mont
    e en puissance des sunnites, l'iran, s'inquiete de ce fait, alors qu'elle etait a la pointe du combat contre israel.. et aujourd'hui ce n;est plus israel qui est montre du doigt mais bien les regimes monarchiques.

  • Par julienkarit - 28/08/2012 - 13:06 - Signaler un abus Je comprend

    Effectivement, l'Iran a le droit, etant entouré de pays ayant la bombe et surtout son ennemi Israel a l'avoir. Je comprend que le lobby juif soit derriere les USA et l'Europe afon de l'empecher.
    Personnellement, je n'espere pas que notre pays s'embarque dans un eventuel conflit futur dans la region, pour proteger Israel surement.
    Mais je doute qu'il soit bien pour nous, egoistement, que un pays de plus ait la bombe. Il ne faut pas aller dans ce sens. Je prefere que des pays amis (de culture catholique) l'aient, plutot que des pays hostiles de culture differentes (mulsumans).
    Ce n'est pas du racisme mais de realité globale.

  • Par ghislfa - 28/08/2012 - 10:58 - Signaler un abus L'iran est entourée de pays possesseurs de l'arme atomique.

    L'inde, le Pakistan, la Chine, Israël. Comme les membres du site web "Europe 2020", imaginez les USA entre le Canada et le Mexique possesseurs de la bombe ou le France entre l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie dotées de l'arme.
    Ne croyez vous pas que, pour des raisons d'équilibre de puissance, les USA ou la France n'essayeraient pas de l'avoir?
    Alors, un peu moins de diabolisation permettra peut être de voir plus sereinement les choses. D'autant que certains spécialistes affirment que le sulfureux président de la république islamique n'est que le quatrième ou le cinquième personnage de l'état.

Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.

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