Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 15 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sommet mondial sur la santé mentale : pourquoi les experts médicaux diagnostiquent une crise internationale sans précédent

Selon un rapport du Lancet, 13,5 millions de vies pourraient être sauvées chaque année si l'on s'attaquait à la maladie mentale.

Alarmant

Publié le
Sommet mondial sur la santé mentale : pourquoi les experts médicaux diagnostiquent une crise internationale sans précédent

Atlantico : Doit-on voir dans ce constat, un échec collectif à répondre à cette crise mondiale de la santé ?

Jean-Paul Mialet : L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) note également que dans des pays comme les Etats Unis et le Royaume uni, le suicide est une des principales causes de mortalité et il tue plus que les cancers digestifs, les cancers du sein et la cirrhose.

Peut-on parler d’échec ? Une chose est certaine : on parle bien peu des dommages engendrés par les troubles mentaux, alors qu’ils représentent une des plus grandes sources de souffrance et de mort. Reconnaissons que, parmi les grandes causes que soutiennent les medias en faisant appel à la solidarité et à la compassion, les maladies mentales figurent bien peu. Certes, les choses évoluent et l’autisme a fait depuis quelques temps une timide apparition. Mais on le présente souvent sous l’angle flatteur du surdoué inadapté, une version hélas rare de ce défaut que manifestent certains enfants à s’inscrire dans la réalité.

De même, le trouble bipolaire est depuis quelques temps très à la mode, sans doute du fait de son côté spectaculaire. Les troubles anxieux et obsessionnels sont l’objet de mises en scène amusantes plus que de vrais débats. Quant à la schizophrénie, elle peut inspirer des écrivains (le Roquentin de Sartre, par exemple) mais elle représente une affection trop étrange et inquiétante pour susciter l’attention des medias.

Ainsi, d’une façon générale, les troubles psychiatriques tendent à être ignorés par l’ensemble des « bien portants ». Et cela peut expliquer qu’on ne s’attaque pas à la maladie mentale en y mettant tous les moyens, comme l’indique le rapport du Lancet. En fait, la maladie mentale est en permanence l’objet d’un paradoxe : elle n’existe pas – au regard des maladies physiques – ou bien elle existe trop – et l’on ne voit alors que des « fous » que l’on rend responsable (bien injustement) de tout ce qui paraît incompréhensible. Au total, la psychiatrie existe davantage comme une menace à l’ordre public que comme une souffrance – un mal : elle est une parente pauvre de la médecine.

En France, nous sommes 2 millions à vivre avec un trouble psychique grave. Selon l'Observatoire du suicide, 8 885 personnes se sont donnés la mort en 2014 (10 000 en incluant ceux pour lesquels il existe une « très forte certitude », mais pas de certificat). Comment appréciez-vous ce chiffre ? Relève-t-il d'un défaut de prise en charge selon vous ?

Ce chiffre est en effet parlant .Quand on sait que les accidents de la voie publique, autour desquels on fait tant de tapage, sont de l’ordre de 5000 décès par an, on mesure combien la psychiatrie a en charge des maladies douloureuses, graves, potentiellement mortelles. Y a-t-il défaut de prise en charge ? Sans doute les psychiatres et l’organisation de la psychiatrie ont-ils leur faiblesse. Sans doute peut-on leur attribuer une part de responsabilité dans ces chiffres douloureux. Mais je voudrais en revenir au regard ambigu que l’on porte sur la psychiatrie et qui ne facilite pas le travail du psychiatre. Vous savez combien on accuse régulièrement les traitements antidépresseurs d’être des médicaments inutiles et dangereux. Bon nombre de mes patients doivent d’ailleurs faire face à des observations, voire des critiques, de leur pharmacien, quand ils présentent leur prescription au comptoir. Et bien, une grande enquête de l’OMS a montré que les dépressions étaient sous diagnostiquées et sous traitées…  Où est le hic ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par J'accuse - 11/10/2018 - 10:44 - Signaler un abus Sauver des vies ?

    Si on supprimait le tabac (et le cannabis), on sauverait à peu près autant de vies. Si les dirigeants internationaux voulaient vraiment sauver des vies, ça se saurait, mais ils sont trop occupés à faire semblant de sauver la planète du CO2, entre deux déclarations de guerre.

  • Par Podoclaste - 11/10/2018 - 11:30 - Signaler un abus Passage à l'acte

    Le plus intéressant arrive à la fin et en le déroulant on retrouve ce qui pose problème à cet animal névrosé qu'on appelle l'humain. Le côté imprévisible, impermanent, incontrôlable de la vie. Si les suicidés étaient tous déprimés, si le modèle de la crise suicidaire fonctionnait, ce serait simple. Seulement voilà. M. Toulemonde décide qu'il se pendra à 14h00 dimanche quand tout le monde sera sorti, il en est soulagé (ce qui brouille les pistes) et personne ne comprend ce qui arrive ensuite... La France en passant reste une attardée puisque 10.000 morts par an, cela ne déclenche pas d'inquiétude au ministère, alors que c'est gravissime.

  • Par cloette - 11/10/2018 - 12:51 - Signaler un abus a propos du suicide

    Il y a des déprimés qui ne se suicident pas et d'autres qui semblent "normaux" qui le font . D'autre part les animaux n'ont pas conscience de ce qu'est la mort et pourtant il y a des exemples d'animaux qui se suicident .....

  • Par A M A - 11/10/2018 - 15:49 - Signaler un abus En France, nous sommes 2

    En France, nous sommes 2 millions à vivre avec un trouble psychique grave, ce qui justifie pleinement les résultats des élections présidentielles au suffrage universel, la dernière n'étant pas la moins démonstrative de ce grave trouble psychique. Quel pourra bien être le suivant, à constater la désescalade. C'est terrifiant.

  • Par Anouman - 11/10/2018 - 18:18 - Signaler un abus Troubles

    Le plus intéressant serait de savoir pourquoi il y a autant de troubles psychiques profonds et surtout en progression. Serait-ce un problème héréditaire?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€