Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 24 Mai 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sommet militaire de l'OTAN : l'Occident est-il encore capable de concevoir une stratégie pour gérer les défis du monde actuel ?

Le prochain somment de l'OTAN aura lieu le 25 mai prochain, à Bruxelles.

Stratégie

Publié le
Sommet militaire de l'OTAN : l'Occident est-il encore capable de concevoir une stratégie pour gérer les défis du monde actuel ?

Atlantico : Dans quelle mesure peut-on considérer que les actuelles "tempêtes" politiques ne produisent que peu d'effets sur la construction d'une nouvelle approche occidentale, dans un monde qui ne ressemble plus à ce qu'il était il y a encore 10 ans ?

Frédéric Encel : Peu d'effets car peu de tempêtes ! Ou plus exactement des grains pas très nouveaux et d'une ampleur raisonnable. Si vous prenez le cas nord-coréen, par exemple, vous constatez que les rodomontades du régime de Pyongyang sont récurrentes et, du reste, Pékin à cette fois fait les gros yeux aux côtés des Occidentaux. Prenez le conflit en Syrie ; rien de très nouveau depuis au moins 2013 et, lorsque les Américains ont récemment frappé une base d'Assad, les Russes ont réagi très prudemment. Quant à Trump, il disait pis que pendre de l'OTAN durant sa campagne, mais plus rien de bien négatif depuis son investiture...

Je résumerais en vous disant que le "camp" occidental demeure à la fois relativement uni et épargné par des crises ailleurs dans le monde bien plus graves. 

Quelles ont été les faiblesses de l'Occident, au cours de ces dernières années ? Quels ont été les faits majeurs qui auraient dû, ou pu être à l'origine d'une nouvelle stratégie ?

J'ai toujours considéré que la reculade d'Obama sur sa propre ligne rouge face à Assad, en août 2013, avait été catastrophique. Non seulement la crédibilité des États Unis en avait pâti - et jusqu'en Asie pacifique - mais encore le president prenait la lourde responsabilité de fissurer la confiance que les plus proches et les plus puissants parmi ses alliés, le Royaume Uni et la France, lui témoignaient. De fait, en passant subitement un accord sur le gaz de combat syrien avec la Russie (accord manifestement non respecté puisque Damas a de nouveau employé cette arme prohibée récemment), il abandonnait en rase campagne Francois Hollande. Sachant qu'en outre, les Communes avaient refusé à David Cameron de se joindre à des frappes contre Assad. Sur un autre plan, l'économique, la première des faiblesses concerne ce fameux seuil des 2% du PIB que chaque membre de l'OTAN devrait atteindre, nombre d'entre eux ne s'y soumettant pas. Cela dit, on devrait s'y acheminer ces prochaines années. S'agissant de la France notamment, je suis convaincu qu'on peut faire confiance au Président Macron pour contribuer à renforcer le poids de la France dans l'OTAN, voire à donner à celle-ci des orientations constructives. 

 

Quels sont les défis futurs qui devraient permettre, justement, de réorienter la stratégie des occidentaux ? Dans la mesure où ces défis seraient pris en compte, vers quelle OTAN pourrait on se diriger ? 

 

Bien sûr, la Russie reste en ligne de mire, mais Poutine présente au moins une qualité géopolitique majeure : le pragmatisme. A condition s'assumer le sempiternel "jeu" des rapports de force - qu'il assume parfaitement lui-même - je ne crois pas à un risque d'escalade, ni en Ukraine, ni en Syrie ni ailleurs. 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Frédéric Encel

Frédéric Encel est professeur de relations internationales, docteur en géopolitique habilité à diriger des recherches et maître de conférences à la Paris School of Business et à Sciences-Po Paris. Il a notamment publié Petites leçons de diplomatie (éditions Autrement), De quelques idées reçues sur le monde contemporain, Géopolitique du sionisme (Armand Colin) ainsi qu'un Atlas de la géopolitique d'Israël, parus aux éditions Autrement. Il a assuré la chronique internationale quotidienne de France Inter en 2013-2014. Il est l'auteur de Géopolitique du printemps arabe (septembre 2014, PUF, Grand Prix de la Société de Géographie), et co-auteur avec Yves Lacoste de Géopolitique de la nation France (PUF, octobre 2016).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€