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Sommet européen : les dirigeants
d'accord pour "vivre ensemble",
et les peuples ?

Depuis jeudi, les dirigeants européens cherchent un accord sur la croissance et la supervision bancaire. L'Italie et l'Espagne ont réussi à négocier des mesures supplémentaires, faisant plier une Allemagne inquiète de voir son économie tirée vers le bas par les pays du Sud.

EDITORIAL

Publié le 29 juin 2012
 

L’Europe vient de se  livrer à l’un de ses psychodrames favoris. Alors qu’elle paraissait au bord du gouffre, elle trouve les moyens d’un compromis, sans doute limité et qui en appellera d’autres, mais elle avance dans la douleur, au forceps. Cette fois, paradoxe de l’histoire, ce sont  l’Espagne et l’Italie, proches de l’asphyxie financière, qui ont fait plier leurs partenaires, en menaçant  de faire exploser l’euro si on ne leur venait pas immédiatement en aide. Et ceci au moment, où elles sont les deux finalistes de la coupe européenne de football, une performance qui leur confère une aura incontestable auprès des peuples du vieux continent, après avoir terrassé leurs partenaires, y compris l’Allemagne.

La négociation a été tendue, aboutissant comme d’habitude aux petites aubes à un compromis technique complexe dont la philosophie est pourtant simple. Le mécanisme européen de stabilité, sorte de fonds de sauvetage, pourra acheter des dettes d’un pays membre « qui le mérite » et recapitaliser les banques sans passer par les Etats, ce qui devrait permettre à la fois de faire baisser les taux d’intérêt et d’éviter l’asphyxie du crédit. Cet accord jette les fondements des futures euro-obligations qui permettront une mutualisation des dettes. Certes, ces moyens sont limités pour l’instant puisque sa capacité représente vingt pour cent de l’ensemble des dettes espagnoles et italiennes, mais la banque centrale européenne pourra intervenir en seconde main, ce qui éloigne pour l’instant le risque d’asphyxie et devrait favoriser l’indispensable retour de la confiance pour assurer le bon fonctionnement des marchés.

C’est un pas encore modeste vers la mutualisation des dettes, réclamée par la France. La porte est entrebaillée ; cela n’exclut pas des retours en arrière, dont le passé a fourni des exemples, car la marche en avant de la construction européenne n’est jamais linéaire.

Les progrès accomplis résultent avant tout des concessions effectuées par l’Allemagne, inquiète de voir son économie tirée vers le bas en raison de l’affaiblissement de la conjoncture de ses partenaires. De son côté, la France a multiplié ces derniers jours les signes pour apporter des garanties  suffisamment fortes pour faire bouger les lignes, notamment en matière d’économies annoncées dans la fonction publique et en laissant entendre qu’elle pourrait ratifier la règle d’or qu’elle refusait jusqu’ici avec énergie.

Au total, les dirigeants européens ont réaffirmé leur volonté de vivre ensemble. Il reste à faire passer le message dans l’opinion. Car l’Europe est associée souvent à l’austérité, ce qui explique la montée du populisme et de ses dérives protectionnistes dans la plupart des pays. La crise financière a contribué à obscurcir la vision des citoyens, à dissoudre l’idée européenne comme si celle-ci n’était plus capable de rendre les services que l’on attend d’elle. Le plan de relance de 120 milliards tentera d’apporter un  contrefeu, mais sa réalisation demandera du temps : pour rendre l’Europe compréhensible à l’électeur de base, l’atout majeur demeure la diminution du chômage, qui résulte encore du pari.

 


Commentaires

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  • Par Equilibre - 29/06/2012 - 16:39 - Signaler un abus Ah le MES en action

    Le bouclier ultime qui deviendra l'arme ultime de destruction. Au fait, il n'est toujours pas validé par les allemands, soit dit en passant.
    Certains avaient parlé de coup d'état lors de son instauration et ce n'était pas forcément des gros gauchistes qui tenaient ce discours (voir Doze).
    Il constitue une nouvelle fois une perte de souveraineté puisque Bruxelles va avoir le droit de regarder notre budget.
    L'instauration d'une magnifique oligarchie se fait sous nos yeux et sous les vivas et hourras de la foule.
    Le présiflan a capitulé en rase campagne sur tous les points. Sa bouse à 180 puis 130 puis 120 milliard a un avenir incertain dans tous les sens du terme. Cette avancée du fédéralisme qui ne dit pas son nom se fait sur la bonne compréhension des choses, masqué par "un accord au forceps" et des mots dignes de big brother.
    Cette bouse technocratique UE explosera sous ses propres contradictions.
    Quant à la faire accepter par les peuples, vu le niveau ambiant, possible, mais le retour de bâton sera terrible.

  • Par cqoiqéqon - 29/06/2012 - 15:55 - Signaler un abus De quel pari parlez

    De quel pari parlez vous?
    nous pouvons très bien empiler nos dettes et faire intervenir la BCE autant que de besoin. D'abord ça ne fâchera plus l'armée de l'Oncle Sam et puis surtout ça permettra de nourrir tous les petits électeurs, trop content d'avoir à bouffer sans rien foutre.
    finalement que 5 niakouais dussent travailler pour le bon plaisir d'un occidental (parce que c'est gourmand ces machins là, il leur faut de la croissance comme au goinfre toujours plus pour remplir son estomac distendu!) soyons clair : ON S'EN FOU.
    quand à la destruction du vivant, de la terre de l'air et de l'eau pour ce même motif alors là.... fiou ....vous nous en demandez un peu beaucoup. Nous on veut bien voter pour le plus offrant mais après foutez nous la paix svp, y a foot et saucisse partis ce we. merde à la faim !

  • Par vangog - 29/06/2012 - 13:50 - Signaler un abus Règle d'or, rigueur budgétaire, abandon des projets Socialistes

    de renégociation des traités, Flanby serait-il en train de renier tout ce qu'il a dit pendant la campagne. Tout? Non, pas tout, car il fait quelques cadeaux à ses troupes obéissantes et votantes, corporations d'enseignants, médias et syndicats aux ordres, mais des cadeaux tellement symboliques que ces corporations ne vont pas tarder à revenir tendre leur sébile dans quelques mois, sous l'impulsion de Maitre Mélan-chanteur...

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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