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Sommet de l’attractivité à Versailles : une obsession française qui s’aveugle sur les véritables problèmes du pays

Quelque 140 dirigeants de firmes étrangères seront accueillis ce lundi en grande pompe par Emmanuel Macron, Édouard Philippe, et 15 ministres, pour un "sommet sur l'attractivité". Mais alors que depuis des années, le débat français se focalise sur l'attractivité et le coût du travail, d'autres paramètres sont largement oubliés par les gouvernement successifs.

Idée fixe

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Sommet de l’attractivité à Versailles : une obsession française qui s’aveugle sur les véritables problèmes du pays
  1. Atlantico : Ce lundi 22 janvier, Emmanuel Macron réunit les grands patrons au château de Versailles dans le cadre d'un sommet de l'attractivité. Est-il possible d'évaluer la part "gâchée" du potentiel économique du pays en la matière ? 

Philippe Crevel : De tout temps, nous prenons un malin plaisir à gâcher nos atouts. Notre positionnement géographique qui nous offre de larges façades maritimes, nos terres arables, nos axes de circulation multiséculaire, notre patrimoine historique et environnemental, notre culture, notre présence dans toutes les zones économiques avec nos territoires d’outre-mer aux quatre coins de la planète, nous disposons des moyens pour figurer en tête de nos nombreux classements. Mais, peut-être est-ce trop facile et que nous sommes mus par une volonté d’autodestruction.

De siècle en siècle, nous laissons passer notre tour voire nous préférons sombrer que concourir. Il y a une malédiction française. Notre pays n’a jamais été la grande puissance qu’elle aurait pu l’être. Sous Louis XIV, le Roi Soleil monopolisa la puissance au détriment des provinces, au détriment de la bourgeoisie naissante. Il fit de l’Etat l’alpha et l’oméga du pays et privé l’économie réelle de ressorts. Le pli fut pris et ses successeurs firent évoluer les institutions tout en conservant voire en amplifiant l’étatisation. Napoléon 1er comme le Général de Gaulle considérèrent que le pays ne pouvait être gouverné que de manière verticale, militaire, le préfet n’étant qu’un général civil et encore il porte l’uniforme.

La France a dépensé beaucoup d’énergie à construire un Etat au départ pour se défendre, pour conquérir puis après les deux conflits mondiaux, après la perte des colonies, les pouvoirs publics ont cherché leur légitimité non pas dans l’économie mais dans l’édification de la protection sociale, une véritable réussite au point qu’elle capte plus du tiers du PIB.

La France, c’est l’Etat et c’est un slogan, l’intendance suivra. De ce fait, à l’exception de quelques périodes, sous Napoléon III ou durant les Trente glorieuses, la France et l’économie sont souvent en indélicatesse. Notre pays est passé à côté de la première révolution industrielle du fait de la Révolution ; elle faillit rater à côté de la deuxième ne raison des deux conflits mondiaux et de ses divisions. Pour la 3e, la France a pris du retard du fait d’une gestion publique des plus dispendieuses et d’un relâchement global (temps de travail, éducation, mœurs politiques). La France est un pays de bas et de rebonds. Du fait de sa richesse, de ses atouts, le pays a une capacité à surmonter les épreuves, après la révolution, après 1815, après 1870, après 1940. Le lent déclin que nous connaissons depuis 1981 s’arrêtera-t-il avec l’arrivée d’Emmanuel Macron. Trop tôt pour le dire !

Jean-Yves Archer : Effectivement, le président Macron a décidé de réunir près de 150 chefs d'entreprises étrangères ce lundi, à Versailles. Il aurait pu être opportun de réaliser une sorte de " fertilisation croisée" en réalisant des rencontres B to B entre ces patrons étrangers et leurs homologues français. Après tout, qui de mieux placé qu'un chef d'entreprise hexagonal pour " vendre " notre pays à des groupes en quête d'investissements ?

Même remarque déceptive concernant la taille des entreprises : seuls les grands groupes auront droit de cité alors que l'essor des ETI (entreprises de taille intermédiaire) est une priorité vitale pour le tissu productif de notre pays. Il y a donc, là aussi, une occasion manquée. Et on ne pourra pas dire que le lieu était trop modeste pour accueillir une centaine de participants additionnels.

L'attractivité est un concept qui recouvre plusieurs aspects. Immédiatement on pense à l'attractivité pour les capitaux et donc au volume d'investissements réalisés en France par des entités étrangères. Or, sous cet aspect, tout n'est pas bon à prendre et le libéralisme en vogue prohibe de se prémunir contre les fonds vautours qui viennent prendre la technologie et n'ont que faire des installations productives (cas de Molex en Occitanie).

Exciter le flux d'investissements étrangers est pertinent à condition de ne pas se faire souffler des pépites (Transports Dentressangle, Lafarge ) voire des entreprises stratégiques du type Safran ou autres.

L'attractivité est directement corrélée à la notion économique d'externalités positives : autrement dit, la présence d'infrastructures de transport, la cartographie sanitaire, le réseau éducatif, etc.

Concernant la part gâchée du potentiel attractif du pays, j'estime que l'exemple de la métropole du Grand Paris est hélas probant. Les emplois sont à l'Ouest et les domiciles sont à l'Est d'où des heures de déplacements erratiques et exténuants en transport en commun ou en automobile.

Sur la dernière décennie, l'ensemble des Franciliens met désormais, en moyenne, 40 minutes de plus pour effectuer le trajet domicile-travail. C'est une aberration hissée au rang d'externalité négative tout autant que la montée objective de l'insécurité dans ce territoire sur la même décennie.

Qu'on le veuille ou non, ce double facteur de déséconomie externe influencera le succès du futur Paris Saclay et d'autres projets franciliens.

Tant Madame Pécresse qu'Anne Hidalgo seraient bien inspirées d'actualiser leurs quelques connaissances économiques. Il suffit de relire leurs déclarations grotesques et cocardières au sujet des gains à escompter du Brexit pour Paris et sa région. Et de les confronter à l'amorce de réalité…

  1. Au-delà de la problématique du coût du travail, abondamment cité concernant l'attractivité de la France, d'autres questions telles que la fiscalité, les barrières à la fluidité du marché du travail et l'instabilité juridique ne sont pas des facteurs plus importants ?

Jean-Yves Archer : La problématique du coût du travail a subi un effet loupe du fait de la vision monoculaire du rapport Gallois de novembre 2012 qui a purement et simplement oublié de dédier une part de son raisonnement à la notion de compétitivité hors-prix. Prenez l'industrie automobile et regardez le prix moyen de vente des modèles. Renault se vante de ses volumes en oubliant que même Skoda présente une meilleure rentabilité et un effet-gamme attractif. La banque du groupe PSA ne dégage pas plus de 0,54 milliard de produit net bancaire là où celle de VW (Volkswagen Financial Services) dépasse largement les 2,3 milliards.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/01/2018 - 09:22 - Signaler un abus La France est sur la mauvaise pente...

    celle du socialo-macronisme! Et tant que les gouvernements successifs et alternatifs augmenteront taxes et contraintes écolo-débiles, comme les neuf taxes du petit Macron en un an (les patriotes FN vous avaient prévenus...), la France accentuera sa descente infernale, à l’inverse des pays qui dé-socialisent intelligemment, USA, pays nordiques, pays de l’Est européen...Remarquons que les « nouveaux compétiteurs » qui arrivent en masse, n’ont pas fait les erreurs gauchistes ni ecolo-reactionnaires de la France macroniste...lourd handicap insurmontable! excepté par une Présidente qui avait un plan de dé-fiscalisation et de ré-industrialisation, une politique maritime, une réforme libérant l’enseignement et la justice de leur idéologie malsain...encore raté pour la France!

  • Par gerard JOURDAIN - 22/01/2018 - 10:42 - Signaler un abus quand on a une maladie chronique.....

    .........pas simple de séduire le partenaire.... tant que le réformes "les vrais" ne seront pas réalisées, vous pourrez mettre des excités, des mous, des intellos, des incompétents , des arrivistes.... rien ne changera pour ce pays....

  • Par moneo - 22/01/2018 - 10:45 - Signaler un abus constat c'est bien

    solutions? Tout ce système tient sur un adage bien connu ; je t tiens par la barbichette.... le travail trop chargé n'est pas rémunérateur par apport aux assistés la formation est galvaudée et inefficace ,il serait tellement plus simple de proposer aux entreprises de former les gens qui sont chômage et que la formation soit prise en charge par la communauté contre l'obligation d'emploi à l'issue de la formation ..et de la radiation des réfractaires assistés un autre point oublié qui va arrêter l'inflation réglementaire normative issue de l(ensemble des strates administratives( autrement dit qui va supprimer au moins 2 types de collectivités) Qui va empêcher Macron de détruire la France avec son énergie verte dont le coût enlèvera au pays sa compétitivité énergétique Qui va enlever des cervelle de la moitié du pays que le capitalisme est la pire de chose malgré les échecs épouvantables du socialisme Qui va oser arrêter le grand remplacement ?le problème n'est pas la couleur de peau , c'est le communautarisme avec le refus de s'assimiler .Personne n'oblige ces gens à venir chez nous alors le minimum c'est qu'ils nous respectent:attractivité du 93?

  • Par l'enclume - 22/01/2018 - 17:42 - Signaler un abus Tout n'est pas perdu, ça peut se soigner !!!!!

    Putain, que de la com, quand les Français comprendront-ils qu'ils se font enfariner tous les jours.

  • Par brennec - 22/01/2018 - 19:33 - Signaler un abus purée de nous autres

    On va chercher des investisseurs a l'étranger parceque l'on a pompé tout l'argent que les entreprises et les français pourraient investir... s'ils l'avaient.

  • Par Vincennes - 23/01/2018 - 00:23 - Signaler un abus Et pas un mot....pas une plainte des MEDIAS que MACRON a

    exclu de cette nouvelle fiesta à "HUIS CLOS"!! afin que RIEN ne transpire!! fiesta, comme celle le LAS VEGAS (dont on entend plus parler)dont il se sert pour SA PROMO PERSONNELLE à l'internationale ..........qu'à t'il à CACHER, la encore ?

  • Par DANIEL74000 - 23/01/2018 - 07:40 - Signaler un abus C'est l'Etat qui tue la France !

    L'état providence tue la France car il est le fond de commerce de la bureaucratie qui détruit au lieu de construire. Le sage Pinay avait suggéré la solution lors de la prise de pouvoir de l'oligarchie en 1974 : "Remplacer les charges sur salaires par une taxe sur le chiffre d'affaires (et non la TVA récupérée par certain) et par une taxe sur les énergies produites et consommées. Plus de délocalisation, de CSG/RDS, de grenelle et de sommets du gaspillage, simplement du bon sens sans pensée unique. Qui va le faire certes pas les 600 hauts fonctionnaires qui touchent le jackpot sans contribuer !!

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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