Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 17 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sommes-nous en train de gagner la bataille contre le cancer ?

La recherche sur le cancer a bien progressé et les médecins pourront bientôt commencer à le soigner intégralement. Si les médicaments sont de plus en plus performants, ils sont aussi très chers et une partie des patients concernés ne peut pas se les financer.

En rémission

Publié le
Sommes-nous en train de gagner la bataille contre le cancer ?

Atlantico : Selon un article de The Economist, la lutte contre le cancer serait bien loin d'être achevée. Et pour cause : il n'est pas tant question de trouver un remède - des traitements plus ou moins efficaces existants déjà - mais d'être capable de le distribuer à toute la population. Ainsi, pourquoi la question de l’accessibilité aux traitements anti-cancéreux sera le prochain grand défi à résoudre? 

Louis Dubertret : ​Il est difficile de généraliser le cancer. Il existe une multitude de cancers qui nécessitent des traitements différents et de plus en plus spécifiques.Il est ainsi impossible de généraliser les traitements et les soins prodigués aux patients. Dans l'ensemble, la recherche sur les cancers a permis​ beaucoup de progrès avec des traitements de plus en plus ciblés​. Cependant, le problème réside dans le fait que les certains des ​médicaments développés sont trop couteux pour que de nombreux pays puissent en faire bénéficier les patients​ qui en ont besoin.

Il est compliqué d'avoir des chiffres très précis mais on peut estimer que pour 1000 personnes qui sont atteintes d'un cancer, une d'entre elles seulement pourra avoir accès aux soins les plus modernes​. La France est le pays où l'accès aux soins est le meilleur et les français n'en ont pas assez conscience. Il y a, au niveau international ​un problème éthique majeur : il faut développer des médicaments peu onéreux et efficaces. Ces médicaments existent, mais leur marge bénéficiaire est trop petite pour que l'Industrie Pharmaceutique puisse les développer. 

Nicole Delépine :  L’article de " the Economist " mélange des faits avérés et les espoirs incertains de l’image déformée de la lutte contre le cancer, influencée par l’industrie pharmaceutique et certains affidés.  La peur du cancer et des maladies en général est un levier fort de la marchandisation de la santé, pour un marché en plein développement depuis les années 80 et l’arrivée en Bourse des grandes firmes, suivies de leurs multiples fusions, leurs valeurs étant au premier rang des valeurs refuge.

 

 Rappelons d’emblée qu’en France dans les années 90, 75 % des enfants atteints de cancer et plus de la moitié des adultes cancéreux étaient guéris par des combinaisons de traitements locaux associant chirurgie et/ ou radiothérapie et, si besoin une combinaison de drogues anticancéreuses toujours disponibles, et dont les prix sont raisonnables, ne dépassant pas 300 euros par semaine par exemple. L’accès à ces traitements éprouvés efficaces devient un problème devant l’hégémonie des nouvelles molécules ciblées et la désertification médicale et soignante indispensable pour l’individualisation des soins. C’est de ce côté-là que viennent nos inquiétudes de soignants, ne pas perdre notre savoir, et notre savoir-faire, pour courir après des miracles qui ne le sont, le plus souvent que pour la finance. Car qu’est- ce qui empêcherait toute population de bénéficier des innovations, si ce n’était pas le prix indécent de nouvelles drogues ?  Mais ce problème est soluble, nous y reviendrons, il s’agit alors de solutions et volonté politique et non médicale.

Ses constatations sur l’inégal accès aux traitements entre pays riches et pays pauvres et sur la prévention du cancer par la diminution de la consommation de tabac sont avérées.  Mais prétendre que les remèdes qui guériront le cancer en général et tous les cancers existent déjà relève plus de la foi que de la science.

Le cancer n’est pas une maladie uniforme et surtout s’adapte. Il s’agit d’une forme de course entre les chercheurs et médecins et le cancer qui a toujours existé comme l’examen de momies égyptiennes le prouve n’est probablement pas près de disparaitre. Aujourd’hui, il existe des traitements médicaux combinés  capables de guérir certains cancers, mais d’autres tumeurs restent peu accessibles aux traitements médicaux existants ou dans les pipelines des entreprises du médicament, et les rêves de la médecine de précision sont peu susceptibles d’y remédier, au moins à court terme, comme vingt ans d’experience et déjà des centaines de drogues, sont venus nous ramener à la raison, après l’espoir  fou de beaucoup d’entre nous, partagé trop tôt avec les patients ...

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par kelenborn - 22/09/2017 - 15:30 - Signaler un abus UNE FOIS DE PLUS

    Decalage total entre le titre " les médecins pourront commencer à la traiter intégralement" et le contenu...Quand Atlantico va-t-il envoyer le blaireau en charge de cela à la corvée de patates?

  • Par gerint - 22/09/2017 - 22:04 - Signaler un abus Il faut attendre

    Les progrès vont venir. Cela n’empêche pas de freiner les abus tarifaires même si les recherches coûtent fort cher.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Louis Dubertret

Louis Dubertret est dermatologue-cancérologue. Chef de service émérite en dermatologie à l'hôpital Saint-Louis, il fut également président de la Société française de photobiologie. 

Voir la bio en entier

Nicole Delépine

Nicole Delépine ancienne responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des médicaments, Le cancer, un fléau qui rapporte et Neuf petits lits sur le trottoir, qui relate la fermeture musclée du dernier service indépendant de cancérologie pédiatrique. Retraitée, elle poursuit son combat pour la liberté de soigner et d’être soigné, le respect du serment d’Hippocrate et du code de Nuremberg en défendant le caractère absolu du consentement éclairé du patient.

Elle publiera le 4 mai 2016  un ouvrage coécrit avec le DR Gérard Delépine chirurgien oncologue et statisticien « Cancer, les bonnes questions à poser à mon médecin » chez Michalon Ed. Egalement publié en 2016, "Soigner ou guérir" paru chez Fauves Editions.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€