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Solférino, c’est fini, son aile gauche aussi : le PS peut-il encore espérer sortir du coma ?

Le conseil national du Parti Socialiste se déroule ce samedi 13 octobre sur fond de départ de membres de l'aile gauche du parti.

SOS idéologie

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Solférino, c’est fini, son aile gauche aussi : le PS peut-il encore espérer sortir du coma ?

 Crédit JOEL SAGET / AFP

Atlantico : Le conseil national du Parti Socialiste se déroule ce samedi 13 octobre sur fond de départ d'une aile gauche du parti, Emmanuel Maurel en tête, accompagné de militants, cadres et élus de partis, pour rejoindre la France Insoumise de Jean Luc Mélenchon. En cause, le refus du PS de travailler au "rassemblement des forces de gauche". Comment analyser le défi auquel est aujourd'hui confronté le PS ? 

Virginie Martin : Il faut déjà réhabiliter l'idéologie de gauche. On a dit ces dernières années que les idéologies ne sont plus utiles, qu'il suffit d'être pragmatique mais je pense qu'il faut réinjecter de l'idéologie, de l'innovation politique et y croire. Alors que Hollande avait un boulevard vu que les élections intermédiaires se passaient bien on ne pouvait pas dire qu'il n'y avait pas de désir de gauche pendant cette période. Petit à petit la gauche se laisse déstabiliser par les coups de butoir à la fois de la droite et de cette idée générale de "new public management" qui dit qu'il faut du pragmatisme (et qui est aujourd'hui au pouvoir).

Il faut aujourd'hui qu'elle retrouve confiance en elle et dans ses matrices.

Elle doit avoir confiance car en fait elle s'est peu trompée. Sur les dérives climatiques, les dérives du capitalisme, la financiarisation de l'économie, des dangers éventuels d'un monde de startup et de la "siliconisation" du monde. Elle s'est peu trompée sur l'Europe, elle voit bien que pour contenir les dérives des États, la réponse doit être une Europe idéologisée. Le PS devrait croire en lui bien plus qu'il ne le fait.

Aujourd'hui le PS est pris en étaux entre la France insoumise et Emmanuel Macron. Il n'y a pas forcément besoin de partir chez Mélenchon. La gauche plus radicale a une matrice qui peut être intéressante (notamment sur l'économie et l'écologie) mais elle manque de cadre de terrain. Elle reste une gauche tribunitienne et peut avoir des réponses sur certains sujets qui ne correspondent pas aux idées historiques de la gauche, comme sur l'immigration par exemple.

Du congrès d'Epinay à la gauche plurielle, la nécessité de "rassembler les forces de gauche" évoquée par Emmanuel Maurel n'est-elle pas le seul chemin vers la victoire de la gauche ? 

Je le pense. Mais il ne faut pas faire preuve de passéisme en pensant que l'on va retrouver le PS et que LFI sera le PC du PS.

J'ai l'impression que l'on pourrait se diriger vers cela mais je ne pense pas probable qu'il y ait un vote pour porter une gauche plus radicale au gouvernement. Je pense que le PS aujourd'hui doit arrêter sa dérive à droite. C'est pour cela que Hamon et Montebourg sont partis. Sans cette dérive "valsiste" de la gauche, on n'en serait pas là aujourd'hui.

Certains personnalités de gauche auraient refusé les avances du premier ministre pour participer au gouvernement qui devrait être annoncé au cours des prochains jours. Faut-il voir ces refus comme une étape à une "gauchisation" du PS, ou plutôt comme une tentative de rependre à Emmanuel Macron le terrain de la social-démocratie ? 

D'abord, on ne peut pas reprendre à Macron ce qu'il n'a pas, c’est-à-dire la social-démocratie. C'est un libéral à tout point de vue. On ne peut pas être social-démocrate avec une telle conception verticale du pouvoir qui nie toutes les tendances aujourd'hui. Il est plus proche de Spinoza que de Rousseau.

Il faut voir ces refus comme un "retour aux sources" avec la réalisation que Macron ne représente pas cette social-démocratie. On sent l'attrait libéralo-empowerment de Macron. Que chacun doit être la start-up de lui-même.

Son gouvernement est composé de ministres issus de la droite pour ceux qui touchent à l'économie (Darmanin, le Maire, Philippe).
 
Il faut aussi noter l'amateurisme de ce gouvernement. Les gens de gauche qui ont refusé les appels du pied se rendent compte que finalement c'est Macron qui peut être pris en étau entre la gauche qui reviendrait au bercail et les gens de droite qui feraient de même. De facto, ils rendraient du sens politique en opposition avec cette coquille vide qu'est le macronisme.

Depuis l'affaire Benalla et la gauche et la droite étant sortis un peu du chaos se rendent compte que c'est de nouveau possible.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 13/10/2018 - 20:24 - Signaler un abus Le dernier des partis socialiste d’Europe...

    La France gauchiste, qui vient de pulvériser son record mondial de prélèvements (« on est les champions, on est les champions, on est...on est...« ) peut aussi s’enorgueillir de posséder un des derniers partis communistes d’Europe...un musée à ciel ouvert des pires idéologues mortifères....socialisme+ national-socialisme + communisme = 145 millions de morts...

  • Par J'accuse - 14/10/2018 - 10:57 - Signaler un abus J'hallucine

    Le pragmatisme serait au pouvoir avec Macron ? Mme Martin confond sans doute avec le narcissisme. Elle prône le retour des idéologies ? Elle a vraiment du mal à cacher son orientation politique derrière son doctorat. Le PS n'est pas dans le coma: il est en état végétatif; c'est-à-dire qu'il a encore l'air un peu vivant, mais qu'il est mort.

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Virginie Martin

Virginie Martin est docteur en sciences politiques, professeure-chercheure à Kedge Business School et présidente du Think Tank Different.

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