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Son social à lui : entre piège tendu à ses opposants, cran et flou... Emmanuel Macron en dit peu sur sa politique mais long sur le macronisme

Lors de son discours prononcé au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a évoqué une vision des aides sociales en proposant un chemin de "responsabilisation", et une "solution qui n'est pas de dépenser toujours plus d'argent".

Et en même temps...

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Son social à lui : entre piège tendu à ses opposants, cran et flou... Emmanuel Macron en dit peu sur sa politique mais long sur le macronisme

 Crédit SYLVAIN THOMAS / AFP

Atlantico : Lors de son discours prononcé au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a pu développer une vision des aides sociales en proposant un chemin de "responsabilisation", et une "solution qui n'est pas de dépenser toujours plus d'argent". Dans quelle mesure le "macronisme" marque-t-il ici une forme de rupture dans le sens d'une "clarification" qui pourrait signer la fin du "en même temps" qui a pu coller au président au cours de cette première année de mandat ?

Christian Bidégaray : Peut-on parler de rupture ou de clarification ? Je m’interroge. Sauf erreur de ma part il avait été dit lors de la campagne électorale qu’il fallait d’abord faire redémarrer la croissance économique et que dans un second temps les fruits de cette croissance et du redémarrage de l’emploi pourraient être redistribués. Sous l’effet des mesures antérieures (CICE, pacte de sécurit emploi notamment) et des mesures prises par le quinquennat actuel (réforme du code du travail loi Pénicaud,) l’économie française a commencé à redémarrer sans que pour autant le nombre de pauvres et de demandeurs d’emploi ait décru d’une manière significative.

Sensible à l’accusation d’être le pouvoir des riches, voire des très riches, l’exécutif sait qu’il doit corriger cette image droitière et intervenir sur le plan social. C’est d’ailleurs ce à quoi l’incitaient Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry dans le Monde du week-end dernier. Le discours au congrès de la Mutualité, semble répondre à cette incitation, mais il reste conforme à la logique exprimée lors de la campagne présidentielle et dès le début du quinquennat : être efficace. Dès lors, en même temps qu’il répond à une demande de politique sociale, le président réaffirme sa volonté d’être efficace. Or il est parfaitement conscient de l’état des finances publiques et du poids de la dette à un moment où l’alignement des planètes semble remis en cause (prix du pétrole, situation de l’euro, hausse éventuelle des taux d’intérêt).

Conscient de la nécessité de réduire la dépense publique (alors que rien de notable n’a été fait jusqu’ici en ce sens) contraint par les conditions européennes d’un déficit inférieur à 3 % du PIB, l’exécutif se doit de faire des économies substantielles. D’où à la fois l’obligation de promouvoir une politique sociale réclamée par une partie de son électorat tout en réduisant le coût. Ainsi, de la même façon qu’il a enterré le plan Borloo pour les banlieue, jugé trop coûteux au profit d’« une nouvelle méthode », le Président en appelle à « une justice sociale effective plutôt qu’à des incantations » et souhaite des solutions « plus efficaces que de l'argent mis sur la table ».

Il y a donc là davantage une continuité de pensée qu’une rupture. Au reste la suite du discours de la Mutualité le confirme qui s’inspire d’un libéralisme individualiste et non de l’esprit du programme du conseil national de la résistance : réinvestir dans la personne, légiférer sur la dépendance de manière à assurer une vie digne, réduire la dépense médicale en luttant contre la sur-médication, revoir les problèmes de la dépendance et de l’exclusion en dépensant moins mais mieux etc.

Edouard Husson : Y a-t-il vraiment rupture ? N’est-on pas dans la continuité de la ligne suivie par Emmanuel Macron depuis qu’il est entré en politique ? Il faut selon lui, d’urgence, réformer la France. L’Etat dépense trop et mal. C’est largement le constat d’un échec, celui de ses prédécesseurs, des politiques menées depuis les années 1980. En fait, Emmanuel Macron a été formé dans ce système dont il constate l’échec. Mais il explique qu’il a la solution pour remédier à ces échecs répétés. Il en appelle à la responsabilisation des acteurs. J’ai qualifié Macron de Gorbatchev à la française car il voudrait nous persuadé d’une part que le fait de désigner les problèmes est le début d’une solution ; d’autre part qu’il est le décideur énergique, travailleur, communiquant, qui a la confiance du monde pour changer un système sclérosé – mais tout cela sans changer les éléments fondamentaux, structurels de la situation – le carcan de l’Union Européenne et de l’euro. Au total, il ne me semble donc pas que cette séquence sur les « minima sociaux » représente un grand changement. Le « en même temps » est implicite : le système en place ne fonctionne pas ; en même temps, il faut une justice sociale ; et tout ceci dans un cadre européen. Emmanuel Macron reste bien libéral, centriste et européen.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 14/06/2018 - 10:27 - Signaler un abus Wauquier

    Sur le même sujet, l'article de mr. Goetzmann me paraît plus clair et explicite ! Ce que j'apprécie, c'est la dénonciation du petit argument dégoûtant que nous ressortent ici en permanence les crapules wauquieristes : ''l’électorat de droite est hostile à l’assistanat et estime qu’il y a trop d’aides sociales et pas assez de contrôles effectifs'' !

  • Par Allegro - 14/06/2018 - 11:03 - Signaler un abus macron

    n'est pas libéral mais énarque étatiste, ni centriste, mais de la deuxième gauche qui cherche une alliance avec le centre. Il est européen... En critiquant vertement les élus d'autres pays qui ne pensent pas comme lui ???

  • Par Allegro - 14/06/2018 - 11:03 - Signaler un abus macron

    n'est pas libéral mais énarque étatiste, ni centriste, mais de la deuxième gauche qui cherche une alliance avec le centre. Il est européen... En critiquant vertement les élus d'autres pays qui ne pensent pas comme lui ???

  • Par cloette - 14/06/2018 - 16:54 - Signaler un abus Ganesha

    Ne pensez vous pas qu'au lieu d'une aide sociale forcément insuffisante pour vivre à l'aise, il vaut mieux un travail bien rémunéré ? Si de plus le travail est intéressant, ( et tout travail est digne d'intérêt, )a dignité et l'estime de soi vont mieux chez la personne .

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Christian Bidégaray

Christian Bidégaray, professeur de Droit public et de Science politique, a effectué l’essentiel de sa carrière à l’Université de Nice où il fut successivement président de la Section de Droit public puis de Science politique. Il est le fondateur de la filière Science politique à la Faculté de Droit de Nice et fut directeur du Laboratoire LARJEPTAE (Laboratoire de recherches juridiques, économiques et politiques sur les transformations des activités de l’État) puis du Laboratoire ERMES (Équipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés). Il fut membre du Conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques, du Conseil national des universités(CNU – 4e section), de plusieurs jurys d’agrégation de l’enseignement supérieur en Science politique et Droit public et a siégé pendant deux mandats à la Commission des Sondages. Jusqu'en 2016, le Professeur Bidégaray Le Professeur Bidégaray dispensait également ses cours aux étudiants de l'Ecole de journalisme de Nice.
 
 

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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