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SNCF : pourquoi la reprise de la dette par l'Etat n'est pas un sujet pour les syndicats, ni pour les cheminots qui n'en sont pas responsables

Le premier ministre a reçu les représentants de cheminots le 25 mai et leur a annoncé que l’Etat reprendrait, d’ici à 2022, 35 milliards de la dette de l'entreprise. Pour les cinq fédérations syndicales– UNSA, CGT, SUD, FO et CFDT – cette annonce concerne la gestion financière de l'entreprise et n'est pas une réponse. Ils appellent à poursuivre la grève.

Préoccupation étatique

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SNCF : pourquoi la reprise de la dette par l'Etat n'est pas un sujet pour les syndicats, ni pour les cheminots qui n'en sont pas responsables

 Crédit LUDOVIC MARIN / AFP

Un conflit pour rien ?

L’œil extérieur à la France a du mal à comprendre le conflit ferroviaire qui berce le pays depuis plusieurs semaines. Etant un des artisans de la fin des hostilités qui avaient mis à l’arrêt les transports nationaux en 1995, je suis triste de voir la compagnie que j’ai dirigée s’enliser dans des luttes d’un autre âge. Prendre un peu de hauteur n’est pourtant pas facile car le découragement et la colère gagnent aussi bien le personnel que les clients du train.

Tout d’abord un premier constat, le fait pour des pays d’avoir un réseau maillé ferroviaire, c’est le cas pour la France et la Suisse, est un atout exceptionnel au moment où les limites de la généralisation du transport individuel s’imposent, qu’il s’agisse des embouteillages, des pollutions ou des coûts collectifs. L’espoir de faire passer de plus en plus de passagers de l’automobile vers le train se nourrit des possibilités encore importantes d’augmenter les cadences et donc l’offre à partir des installations existantes.

Un deuxième constat c’est que le rail est financé en grande partie par les budgets collectifs, le prix du billet ne représentant que moins de la moitié (le plus souvent le tiers) des couts réels. Il en est de même pour les rues et les routes mais la population en est moins consciente et surtout les commentateurs n’ont pas une compagnie avec des comptes à montrer du doigt. On a donc, à travers le monde, la possibilité de stigmatiser une mauvaise gestion d’un bien collectif avec des dettes et des personnels jugés corporatistes. La SNCF n’échappe pas à cette règle internationale d’autant qu’elle symbolise le fief d’un syndicat majoritaire et revendicatif qui a toujours utilisé ses militants en fer de lance des revendications et des manifestations nationales. Cet usage abusif de la mobilisation éruptive des cheminots a eu comme conséquence une montée du ras-le -bol chez une partie désormais très importante des français.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? La volonté de réformer le pays passe forcément par les grands services publics, et en priorité la SNCF qui en est le symbole. Simplement, il y a plusieurs diagnostics que l’on aurait pu porter sur la grande maison, et c’est seulement l’un d’entre eux qui a été privilégié.

On peut effectivement partir des enseignements de la situation financière de l’entreprise, de son endettement, de la sous-utilisation de certaines lignes, du déficit du fret, de la politique du personnel, des retraites, des avantages de circulation, du statut, ce que j’appellerai volontiers les apparences. C’est l’essentiel des questions auxquelles a répondu le rapport à la base de la situation actuelle. C’est un choix de confrontation, de choc, et en retour il y a révolte et incompréhension. Cette méthode a l’avantage de la clarté, elle a d’ailleurs été approuvée par la représentation parlementaire.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 26/05/2018 - 12:44 - Signaler un abus Vous dites certaine vérités,

    mais je ne comprends pas pourquoi vous remettez en avant "les grands services publics", ou plutôt si, le comprends, vu que vous étiez un de ces haut-fonctionnaires de l'Etat. Mais nous ne sommes plus en 1945, le monde a changé, et les gouvernements et hommes au pouvoir depuis cette époque ont largement démontré leur incapacité et leur incompétence à gérer ces monstres économiques du service public. Quand on mélange opportunisme politicien et rigueur économique cela nous mène immanquablement contre un mur. Car il n'y a aucun responsable, par principe. Les syndicats l'ont compris en s'appropriant l'outil de travail sans en assumer le rôle social et la rigueur économique et technique. Et c'est valable pour tous les services publics en France, le seul pays au monde a avoir droit à un ministre de la fonction publique. Et ça se termine par le public au service du non-service public.

  • Par vangog - 26/05/2018 - 14:01 - Signaler un abus Si la dette n’est pas un sujet, il faut la leur laisser...

    aux cheminots qui veulent conserver le statut sans la dette. Rappelons que cette dette s’est accumulée, malgré les centaines millions versés, chaque années, par le con-tribuable Français à RFF...l’Allemagne a su réformer beaucoup plus tôt que les socialauds-maconistes, en conservant à la DB, son statut privilégié de monopole public, mais en le rentabilisant et en ouvrant à la concurrence sur certaines petites lignes moins rentables...pourquoi ne pas avoir fait pareil, plus tôt et mieux?...parce que les socialauds-macroniste sont des enfumeurs incompetents, qui cherchent à préserver un vieux capitalisme électoral, et non l’intérêt de la France...

  • Par lexxis - 27/05/2018 - 06:23 - Signaler un abus SUPERBE IRRESPONSABILITÉ!

    Étonnant cette volonté de vouloir à tout prix exonérer les cheminots de leur (grande part) de responsabilité dans le désastre actuel: accidents et incidents en série, défaut d'information des usagers, trains de banlieue parisienne formule bétaillère, défaut chronique de ponctualité, trains supprimés sans préavis, grèves récurrentes, augmentations de salaires automatiques, salaires insensés ( Madame Parly...), les retraites financées par l'État, faillite du fret considéré comme non fiable par les clients etc... En tout cas si aux yeux d'un ancien dirigeant public, les cheminots n'y sont pour rien, il y a une chose qui est sûre c'est que le contribuable y est pour moins encore, alors qu'on exige de lui - et même de celui qui a définitivement rayé le train de ses déplacements - des milliards et des milliards chaque année. Désolé, la SNCF est connue pour ses temps de travail plus brefs qu'ailleurs, pour la rigidité et l'inefficacité de son organisation et ce qu'elle tente actuellement c'est de tuer la concurrence en faisant entrer de force dans la prochaine convention collective de la profession tous les vices qui l'ont transformée en entreprise de mendicité publique

  • Par moneo - 27/05/2018 - 19:36 - Signaler un abus un haut fonctionnaire c'est un haut fonctionnaire

    vous savez pourquoi ils privent les usagers pardon les clients ( je n'ai pas l' habitude) de leurs moyens de déplacements parce qu'ils sont persuadés, qu' à la fin ,le gouvernement acceptera de payer la totalité du schmilblick et que par lassitude la nouvelle convention collective sera la copie conforme de la situation a tuelle alors à ce moment là ils laisserons , peut être, à Macron le soin de dire nous avons gagné mais nous ;les contribuables et les clients, nous aurons perdu comme d'habitude le SP à la Français nous en crevons mais c'est comme le sparadrap du capitaine haddock , pas moyen d e s'en défaire

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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