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SNCF : Pourquoi la mise en concurrence ne sera pas le remède miracle

Jean-Cyril Spinetta a remis un rapport explosif au premier ministre Edouard Philippe sur la SNCF.

Opinion

Publié le
SNCF : Pourquoi la mise en concurrence ne sera pas le remède miracle

Exercice difficile que de rédiger un rapport avec une liste de questions précises, on limite les surprises mais on n’a pas à s’interroger sur la pertinence des interrogations.

Ayant constaté que la voie du ferroviaire en faisait un "monopole naturel", on répond immédiatement que la concurrence demandée par la Commission Européenne allait permettre de remettre de l’efficacité dans notre système ferroviaire !

Ayant présidé deux monopoles naturels, celui du gaz et du fer, et conseillé le troisième celui de l’électricité jusqu’en 2014, je souhaite que dans le grand remue-ménage actuel sur l’avenir de l’Europe on se réinterroge sur la compatibilité d’un monopole naturel et d’une concurrence efficace. Dans l’électricité sur laquelle je me suis exprimé la semaine dernière nous sommes dans le bazar à la charge du contribuable et du consommateur. La concurrence imaginée par les économistes et la séparation des fonctions dans des sociétés distinctes a conduit à une perte de compétitivité de la France et une désorganisation européenne sans précédent !

Partir une nouvelle fois dans cette dynamique c’est du déni de réalité et de l’aveuglement.

Nous avons un système ferroviaire, imparfait à bien des égards, et plutôt que de faire le diagnostic des réformes passées faites pour obéir  aux principes de la  déréglementation, on estime qu’il faut utiliser les « vertus de la concurrence ». Le fait de la vouloir, un peu plus loin dans le texte,  « réelle et équitable »  montre bien que l’on n’y croit guère, on va au bout de l’exercice demandé, mais on connait le résultat : à l’impossible nul n’est tenu .

Personne ne s’étonnera que je propose un autre mode de raisonnement, une rupture,  pour ne pas sombrer dans la spirale des échecs à répétition.

Le train cela doit marcher, être à l’heure, assurer les dessertes dans les agglomérations et entre les villes, on accepte les embouteillages des routes, les cohues dans les aéroports, mais le propre du train c’est d’être précis au départ comme à l’arrivée. Lorsque les plaisanteries commencent à fuser sur l’anormalité que les  horaires soient  respectés, sur  le désordre dans les gares, sur  l’absence d’informations…le ferroviaire est en danger. La première interrogation doit donc être : pourquoi le système s’est ainsi déréglé ? On observera que chacun a désormais sa réponse et que c’est « l’autre » qui est en cause. D’un système qui fonctionnait avec une sorte d’idéal « cheminot » et qui avait la volonté de faire marcher les trains, on est passé à une séparation des fonctions conduisant à des responsabilités dispersées à travers des hiérarchies différentes et des établissements pour partie antagonistes ! On obéissait ainsi aux règles européennes qui allaient permettre la concurrence, mais on perdait l’esprit de corps qui assurait le fonctionnement. A mesure que le temps passait le « réseau » et les « mobilités » se renvoyaient la balle avec la complicité d’une agence de régulation qui tirait son pouvoir des rivalités.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 16/02/2018 - 10:14 - Signaler un abus Il faut rétablir l'autorité de l’état sur les monopoles naturels

    La privatisation existe depuis longtemps: elle a échoué lamentablement...l’autorité de l’état a été conférée à des EPICs noyautés par les écolo-trotskystes, qui y exercent leur incompétence mêlée à une idéologie rétrograde...ne pas aller plus loin dans le chaos et l’endettement! L’état doit virer les incompétents, et reprendre la main de ses monopoles naturels et stratégiques.

  • Par adroitetoutemaintenant - 16/02/2018 - 14:16 - Signaler un abus @vangog

    Virer les incompétents ? Ça risque de faire beaucoup de vide. Il faut aussi arrêter les embauches de copinage. J’aimerais avoir le chiffre du nombre de petits chefs dont les parents sont ou ont été des hauts fonctionnaires : ça doit en faire du monde ! J’applique la méthode suisse dans mes entreprises : quand je reçois un appel d’un copain ou d’une connaissance me demandant si je n’ai pas un boulot pour leurs copains ou famille, ma réponse est toujours « mais s’il est bon tu dois l’employer toi-même ! »

  • Par moneo - 17/02/2018 - 09:40 - Signaler un abus Réponse courte

    Modèle soviétique égal résultat universels connus . comme disait Coluche le capitalisme c'est l'exploitation du peuple par le Peuple et le communisme l'inverse......... les utilisateurs entendent un service au service du public les cheminots entendent se servir du public. la seule question de la concurrence va ton l'a laisser s'organiser comme elle veut ? ou devra t elle copier notre modèle agonisant?

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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