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SNCF & Air France : les référendums d’entreprise bien partis pour semer le chaos

Les syndicats de la SNCF veulent organiser une consultation des personnels, mais ils prennent le risque de désorganiser complètement l’entreprise. Le référendum à Air France a ajouté une crise de gouvernance à la crise sociale.

Atlantico Business

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SNCF & Air France : les référendums d’entreprise bien partis pour semer le chaos

Ce qui se passe avec les projets de référendum d’entreprise est extrêmement grave pour la gestion future des entreprises et même pour la démocratie. De là à penser que les mouvements d’extrême gauche se sont emparés de cette idée comme d’un instrument dedéstabilisation des entreprises et même du système économique, il n’y a qu’un pas très facile à franchir.

Quant à Air France, le président qui avait proposé un referendum sur son plan en pensant gagner a donc démissionné, laissant l’entreprise dans une crise de gouvernance sans précédent.

« Quel courage » ont immédiatement clamé la plupart des observateurs.

En vérité, quelle erreur ! Le résultat, on le connaît. Le referendum a été perdu - contre toute attente - et le président a démissionné.Ce faisant, il a pris le risque de provoquer une crise de gouvernance qui s’ajoute à une crise sociale déjà difficile à résoudre.

A la SNCF, les syndicats radicaux et la CGT ont voulu reprendre l’idée du referendum pour solder le compte du projet gouvernemental. Mais les syndicats réformistes s‘y sont opposés et la direction l’a qualifié d’illégitime. La SNCF est finalement revenue à une consultation simple de la totalité du personnel, sans enjeu immédiat sur l’avenir du projet de réforme et sur celui de la gouvernance. Ceci étant, cette consultation va quand même brouiller encore le débat et ajouter de la pagaille au conflit social qui s’enlise.

Cette affaire de référendum est sans doute née des intentions du gouvernement de ne pas rejeter les projets de consultation des personnels dans l’entreprise. La loi travail en a beaucoup débattu. Il s’agissait pour le gouvernement de descendre le débat social au niveau de l’entreprise, de le sortir des prés carrés syndicaux très idéologiques et contribuer à changer la hiérarchie des normes.Faire en sorte que le droit social puisse être produit au plus près de la réalité de l’entreprise. L’intention étaitintéressante sauf que le débat législatif a maintenu dans la majorité des cas, le pouvoir des branches (donc des syndicats organisés et structurés) pour fabriquer les grandes lignes du droit social en laissant au niveau de l’entreprise, ce qui concerne l’organisation du travail, à condition que les décisions appliquées restent dans le cadre de la loi.

Cela étant, chez Air France ou à la SNCF, on s’est emparé de cette idée pour trouver le moyen de sortir de la grève et du conflit social.Il faut dire que l’Etat et les directions d’entreprise s’étaient convaincus que les mouvements de grève n’auraient pas le soutien de la majorité des personnels. Ça n’est pas pour autant que les personnels étaientprêtsà approuver des deux mains le projet de réforme. La question posée lors d’un referendum est tellement réductrice qu'on ne sait jamais pourquoi et pour qui on vote. Et le vote étant l'expression du droit démocratique, le résultat du vote acquiert une légitimité démocratique qui est utilisée par les mouvements d’extrême gauche et par les courants populistes pour repousser toute réforme.

 
Commentaires

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  • Par GP13 - 15/05/2018 - 16:27 - Signaler un abus La logique de la CGT

    Les syndicats restaurés à la libération bénéficient depuis lors d'un monopole de représentation. Ils se pensent à égalité avec les représentants politiques et veulent que les lois soient écrites avec eux. La réforme du code du travail n'a pas mis fin à ce qui ressort d'un soviet: le maintien des négociations par branches conforte le soviet, avec le pouvoir centralisé des dirigeants syndicaux, pas franchement gênés par la maigreur du nombre de leurs adhérents !!!

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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