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Les smartphones nous ont-ils rendu individualistes... ou notre individualisme a-t-il créé les objets stars de notre quotidien ?

Aujourd’hui, la solitude prend la forme d’un égoïsme conformiste assez plat où chacun est replié sur ses petits bonheurs.

L’œuf et la poule

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Les smartphones nous ont-ils rendu individualistes... ou notre individualisme a-t-il créé les objets stars de notre quotidien ?

 Crédit MAURO PIMENTEL / AFP

Atlantico : Cinéma, puis télévision, puis smartphone dans la sphère privée, ordinateur individuel au travail, à l’usine, dans les bureaux, et dans la sphère professionnelle, depuis quelques décennies notre monde est marqué par des objets porteurs d’individualisme. Sont-ce ces objets qui sont à l’origine de l’individualisme contemporain ? Ou est-ce l’individualisme qui les a fabriqués et qui les fabrique encore ?

Bertrand Vergely : Avant toute chose il importe de préciser trois points importants.

Tout d’abord, le smartphone et l’ordinateur individuel ne sont pas des objets mais des appareils.

Destinés à la communication verbale ou écrite ils ont comme mission de nous équiper et de ce fait de nous appareiller afin de communiquer. D’où leur différence avec l’objet en général. Un objet a comme caractéristique d’exister pour lui-même. Témoin l’objet d’art. Tandis qu’un appareil est là pour servir. La nuance est grande. Un appareil n’est pas un objet. Mais il peut le devenir. C’est le cas quand, idolâtré, il se met à revêtir une valeur affective ou symbolique. Certaines personnes sont attachées à leur vieux smartphone ou à leur vieil ordinateur qu’elles conservent jalousement comme un fétiche. Quand tel est le cas l’appareil est devenu un objet.

Par ailleurs,  il est plus juste de parler de démocratisation que d’individualisme. À leurs débuts, d’un prix élevé, le smartphone comme l’ordinateur individuel n’étaient pas accessibles pour tous. Seule une élite aisée pouvait se les procurer. Jusqu’à ce que les choses changent quand, du fait de la baisse de leur prix, smartphone et ordinateur sont devenus accessibles pour un large public. De ce fait, ce qui donne l’impression aujourd’hui d’un individualisme de masse ne vient pas de l’individu mais de la démocratie. Quand quelque chose devient « pour tous » on a l’impression que c’est le chacun qui triomphe alors que c’est le pour tous.

Enfin, quand on parle d’individualisme il importe d’être précis. Il existe trois types d’individualisme. Le premier, initié par Leibniz au XVIIème siècle, consiste à voir partout de l’individu. Le second, de type libertaire, consiste à affirmer son moi et sa liberté de façon radicale. Le troisième, de type égoïste, consiste à dire en substance « moi d’abord ». Aujourd’hui, le smartphone est-il une manifestation individualiste ? Quand, dans le métro et ailleurs, on voit la moitié d’un wagon taper fébrilement sur les touches de son smartphone, on a une impression d’individualisme, tous ceux, toutes celles qui frappent ainsi fébrilement les touches de leur smartphone étant dans leur monde, le monde de leur communication. En même temps, tout ce monde communique. Si bien qu’on ne peut pas dire qu’il est replié sur lui-même. Il importe d’en tirer les conséquences.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 16/05/2018 - 13:17 - Signaler un abus "l'ultra moderne solitude"

    Est- ce le smartphone qui rend individualiste ou l'individualisme qui produit le smartphone? C'est cette dernière option qui est la bonne, car le besoin crée le marché ,( mais la" Démocratie" également avec les prix qui baissent ). Sans plaisanter, l'article est excellent dans sa description de chacun qui communique fébrilement dans un monde désincarné et abstrait, mais en groupe, tous ensemble tous ensemble, mais tout seul !

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Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Michaël Dandrieux

Michaël V. Dandrieux, Ph.D, est sociologue. Il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est le co-fondateur de la société d'études Eranos où il a en charge le développement des activités d'études des mutations sociétales. Il est directeur du Lab de l'agence digitale Hands et directeur éditorial des Cahiers européens de l'imaginaire. En 2016, il a publié Le rêve et la métaphore (CNRS éditions). 

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