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Le SM, dans la vraie vie : plutôt “50 nuances de Grey” ou Carlton à la DSK ?

Hasard des calendriers cinématographique et judiciaire, le film "50 nuances de Grey" est sorti dans les salles juste après le début du procès dit du Carlton. Dans les deux cas, il est question d'hommes puissants dont le fantasme est d'imposer leur volonté à d'autres...

La minute punition

Publié le - Mis à jour le 13 Février 2015
Le SM, dans la vraie vie : plutôt “50 nuances de Grey” ou Carlton à la DSK ?

Atlantico : Après la trilogie "50 nuances de Grey",  l'adaptation cinématographique, qui est sortie ce mercredi, devrait sûrement rencontrer un certain succès. Une romance dans laquelle les deux protagonistes, Christian Grey et Anastasia Steele, se livrent au sado-masochisme. Une fois de plus le "BDSM" investit la pop-culture et fait vendre. Mais cette œuvre rend-elle vraiment compte de la réalité de cette pratique sexuelle ?

Michelle Boiron : Ce livre "joue" la carte de la pratique sado maso sur fond d’une romance et on n’y croit pas beaucoup. Les deux protagonistes nous manipulent et tentent de nous emmener dans leur monde. Mais ça ne prend pas. Derrière cette histoire, on n’est pas dupe car le sentiment amoureux est bien là en fond et ne reflète pas la réalité des pratiques sadomasochistes.

C’est une histoire somme toute banale pimentée de jeux amoureux, sans qu’on y trouve un quelconque dépassement de soi. Il ne s’agit pas d’un érotisme de la transgression et il n’y a pas de vrai danger. Les amateurs d’érotisme n’en ont pas pour leur argent. En revanche Christian est riche, beau, brillant, etc. Le roman ressemble davantage à du Barbara Cartland à la sauce pseudo érotico-sado-maso. C’est sûrement la raison qui explique que ce sont les femmes qui ont fait le succès de ce livre.

S’agissant des pratiques sadiques et masochistes, celui qui a admirablement rendu compte de la réalité de ces pratiques à travers l’écriture c’est le divin marquis dont on dit qu’il aimait le "sadisme" et avouait ne pouvoir s’en passer ; ses longs emprisonnements sont là pour en rendre témoignage. On mesure combien nous sommes loin des 50 nuances de Grey ! Ensuite, différents médecins psychiatres, écrivains, psychanalystes ont étudiés ces comportements toujours considérés par certains comme déviants.

Léopold Von Sacher-Masoch (1836-1895) "avait montré dans ses romans et nouvelles, des types d’hommes qui ne pouvaient satisfaire leurs besoins sexuels que s’ils se faisaient maltraiter par des femmes." Ce qui vient dire que le masochisme n’est pas dans la sexualité qu’une composante féminine comme on peut l’imaginer.

*Le sexologue Krafft Ebbing qui est le fondateur de la théorie des aberrations et perversions sexuelles, a quant à lui pathologisé ces conduites perverses en maladie, alors qu’on les voyait jusque-là comme des vices. Par là même, il induisait que ceux qui les pratiquaient ne devaient pas avoir honte puisqu’ils étaient malades.

*D’après Moll le sadisme est une : "impulsion sexuelle qui consiste à une tendance à battre, maltraiter, humilier la personne aimée."

*Pour Freud, "le désir de faire souffrir l’objet sexuel est la forme de perversion la plus fréquente et la plus importante de toutes."

Le masochisme répond en miroir à la perversion sexuelle dont la satisfaction est procurée par l’humiliation et la souffrance physique. Le masochiste est animé par des pulsions de mort retournées sur lui-même, qui s’exercent par l’intermédiaire d’un partenaire sexuel.

Dans la vraie vie, les couples BDSM existent. Ils se rencontrent sur ce terrain précis de ces pratiques, qui les rendent complices, d’autant plus que  leurs pratiques sont marginales. Ils jouissent de leur symptôme. Ils sont les deux versants d’une posture complémentaire : l’un est actif et l’autre est passif. C’est une question de degré et d’intention. On prête au sadisme la violence et l’agression, ce qui est un fait, mais le masochisme est une forme de sadisme qui est retourné contre soi et aussi contre l’autre dans ce qu’il tente de lui inspirer. Celui ou celle qu’on qualifie de passif est en réalité plus libre que celui qui, mû par ses pulsions, présente un rôle actif dans les pratiques sadomasochistes.

Vincenzo Susca : Je n’ai pas l’impression qu’il faille rendre compte de la réalité de cette pratique sexuelle, mais que ce genre d’ambiance, d’imaginaire, de référence symbolique n’est plus considéré comme marginale, anomique, morbide. Elle est re-introduite dans la vie comme d’autres facettes de l’expérience qui existent et méritent d’être prises en compte. Certes, le fait que ce soit souvent de la sexualité extrême n’est pas un hasard d’un point de vue culturel, anthropologique et sociétal. Nous redécouvrons ainsi le profond lien entre la jouissance et l’abîme, le plaisir et la violence, l’amour et la dépendance. Voici le point que je considère comme primordial : si on avait cru que la sexualité était jadis liée au frivole et au mondain, nous voyons aujourd’hui que la recherche de cet épanouissement est aussi imbriquée à une certaine « perte » du sujet dans l’autre, à un pas en arrière de l’individu autonome, rationnel et indépendant qui avait constitué le pivot de la culture moderne. Non, aujourd’hui c’est plutôt l’instinct grégaire qui régit nos vies, à partir du corps, à partir de l’amour, à partir du quotidien.

L'univers des "50 nuances" est plutôt glamour et sensuel. En miroir, on pense à l'autre actualité de la semaine ayant trait à la sexualité : le procès dit du Carlton de Lille, où un autre homme puissant se livrait à des pratiques brutales. Entre le roman et cette affaire, de quoi le BDSM est-il le plus proche ?

Vincenzo Susca : Ni de l’un, ni de l’autre, car dans le premier cas il s’agit d’un récit trop ouaté, dans l’autre d’une histoire où apparemment il n’y avait pas eu, auparavant, de « pacte » entre les acteurs en jeu. Toutefois, on voit bien comment cette symbolique s’étale sur la scéne de la culture et de la vie quotidienne d’aujourd’hui comme une matrice, un paradigme ayant une influence forte, presque virale. N’oublions pas le succès de l’exposition dédié à Sade dans les derniers mois au Musée d’Orsay. Sade au Musée d’Orsay : cela indique le glissement d’un imaginaire jadis marginal vers le centre de la culture contemporaine, le devenir « ground » de quelque chose qui était « underground », sinon maudit.

Michelle Boiron : Dans les 50 nuances de Grey, il y a une rencontre, une histoire qui se trame, un contrat qui s’élabore, des sentiments qui s’échangent au-delà des pratiques sexuelles, dans un jeu de séduction amoureux.   

La relation s’organise dans le temps et au-delà des pratiques, il y a des sentiments. C’est certainement une autre raison pour laquelle ce livre a eu autant de succès, parce qu’il mélange des pratiques "transgressives" fantasmées par beaucoup, avec une histoire d’amour.

Dans la relation qui nous est faite de "l’affaire DSK", il n’est pas question d’une histoire d’amour, ni même de sentiments. Il n’est pas du tout question d’histoire, au sens où tout se joue dans l’immédiateté et non pas dans la durée : le rapport sexuel ne peut être différé.

Les femmes dans cette affaire ne sont jamais consentantes sauf à considérer que des prostituées sont consentantes parce qu’elles sont payées. Il n’y a aucun jeu de séduction ; le partenaire sexuel est un pur objet dont la possession est nécessaire, fût-ce au prix de la violence, pour satisfaire une pulsion irrépressible. Au-delà des pratiques BDSM, une autre dimension semble habiter le personnage principal de cette affaire : l’addiction qui exige toujours davantage, à n’importe quel prix.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 12/02/2015 - 11:48 - Signaler un abus Réalités

    Ces dames connaissent manifestement le sujet dont elles parlent, mais elles se contentent de commentaires, alors que la quasi totalité de ses lecteurs, ici sur Atlantico, n'y connaissent absolument rien et n'ont que des préjugés absolument faux ! Il faut savoir que le plaisir et la douleur circulent par les mêmes voies nerveuses et que dans la pratique SM, une bonne application de martinet sur les fesses apporte un orgasme aussi intense qu'un bon coït génital! En pratique, c'est le soumis qui commande, il ou elle a indiqué préalablement ses préférences et il y a un mot de passe lorsqu'on sort des limites. En pratique, le soumis est un ''dominant'' dans la vie réelle et il s'offre une séance de ''détente'' ! Ce jeu est surtout largement pratiqué entre homosexuels masculins : il existe plusieurs boites de nuit spécialisées à Paris. Au niveau hétéro, l'initiateur fut le Bar-Bar, qui n'a tenu qu'un an ou deux, mais d'autres lieux se sont ouvert : je ne les fréquente plus actuellement, je ne pourrais vous donner les adresses à la mode.

  • Par Ganesha - 12/02/2015 - 12:10 - Signaler un abus Internet

    Il existe de nombreux sites internet spécialisés : je citerai les divines japonaises de http://www.cutiespankee.com , chez les anglais, les merveilleuses Jasmine, Jessica, Brandi et Claire sur http://www.realspankings.com ,il y a aussi ,http://www.redstripespanking.com et Girls Boarding School, chez les américains, le grand classique http://www.nu-westleda.com avec Katie et Jaque, et http://www.thetrainingofo.com, il y a aussi Lupus chez les tchèques et pour ceux qui ne craignent pas de voir les belles marques que provoquent 50 coups de cane, les hongrois de Mood. En France, en dehors du grand classique ''La Lettre'' de Gérard Titsman, il y a bien-sûr http://boutique.demonia.com . On trouve des sites de téléchargement gratuits, par exemple http://bdsmboard.org (slow download)

  • Par Ganesha - 12/02/2015 - 12:20 - Signaler un abus DSK

    La sodomie n'est pas ''SM'' ! Il y a un principe de base que ce brave DSK semble ignorer : vu la courbure naturelle du trajet du rectum, cela doit débuter lentement, ou sinon, cela fait atrocement mal : c'est surtout ce souvenir que ces dames viennent raconter au tribunal de Lille !

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Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Elsa Touma

Elsa Touma a étudié la philosophie et la sociologie à l'université Paul Valéry de Montpellier. Ses recherches en philosophie portent sur les théories théologico-politiques des XVII et XVIIIᵉᵐᵉ siècles notamment au travers des réflexions hobbesienne et rousseauiste. En sociologie elle a travaillé sur le sadomasochisme en basant sa réflexion sur les œuvres de Sade et de Masoch, ainsi que sur une analyse de terrain. Son travail se propose de comprendre les différentes interactions sociales qui régissent la communauté BDSM et donner une définition du milieu sadomasochiste tel qu'il se manifeste de manière occulte au sein des sociétés contemporaines.

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Vincenzo Susca

Vincenzo Susca est maître de conférences en sociologie de l’imaginaire à l’Université Paul-Valéry (Montpellier III) et chercheur au Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien de la Sorbonne (Paris).

Son dernier ouvrage s'intitule Joie Tragique. Les formes élémentaires de la vie électronique (CNRS éditions, Paris).

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