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Silk Road disparu, le Bitcoin poursuit malgré tout sa route vers les sommets

Alors que la fermeture du site de vente de drogue par internet Silk Road semblait annoncer la fin du Bitcoin, le cours de la monnaie virtuelle est actuellement en pleine expansion, soit entre 140$ et 190$ au mois d'octobre.

Monnaie du futur

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Silk Road disparu, le Bitcoin poursuit malgré tout sa route vers les sommets

Le Bitcoin poursuit son envolée.  Crédit Reuters

Atlantico: Malgré sa mort annoncée à la suite de la fermeture de Silk Road, le cours du Bitcoin est en pleine expansion (entre 140 et 190$ en octobre). Pourquoi la disparition de Silk Road n’a-t-elle pas eu d’effet sur le Bitcoin ?

Philippe Herlin : La fermeture de Silk Road est la meilleure chose qui pouvait arriver au Bitcoin ! Beaucoup de personnes, ou plutôt d’entités, n’aiment pas cette monnaie électronique totalement indépendante : les Etats, les banques centrales, le système bancaire.

Cela fait beaucoup d’ennemis ! Rappelons rapidement que le Bitcoin est une monnaie électronique née en 2009 et qui a pour caractéristique de circuler sur un réseau totalement décentralisé. Autrement dit personne ne la possède ni ne peut mettre la main dessus, ni une société, ni un Etat. Sa valeur dépend de l'offre et de la demande, il n'existe pas de banque centrale qui fixe un taux d'intérêt ou fait tourner la planche à billets. On pourrait dire qu'il s'agit d'or numérique, d’une monnaie ayant une valeur intrinsèque et sur laquelle les autorités monétaires n'ont pas d'influence. Sa "valeur intrinsèque" étant ici le nombre croissant d'utilisateurs, la performance du réseau à traiter les transactions de façon sûre et rapide. Voici donc un système de paiement, de virement et d’épargne qui échappe au contrôle étatique et bancaire et ceux-ci ont tendance à l’accuser de tous les maux, suivant le dicton "qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage". Faire passer le Bitcoin pour une monnaie essentiellement utilisée pour des trafics illicites servait cet objectif. La disparition, du jour au lendemain, du plus important site de vente de produits interdits – Silk Road – aurait dû faire chuter le cours du Bitcoin. Il n’en a rien été, au contraire, preuve que ce type de transactions est marginal.

La fermeture du site de vente de drogue et la situation économique positive du Bitcoin montrent bien que cette monnaie n’est finalement pas étroitement liée au blanchiment d’argent et à l’économie parallèle, comme le sous-entendaient ses adversaires. Le Bitcoin est-il en train de se réinventer ? Quels secteurs sont aujourd’hui ciblés par cette monnaie ?

Le Bitcoin ne se réinvente pas, il se déploie. Jusqu’il n’y a pas longtemps, utiliser le Bitcoin, c'est-à-dire se brancher sur le réseau, nécessitait le téléchargement d’un logiciel et d’une base de données, une opération qui nécessite quelques compétences informatiques, et de facto cette monnaie était réservée aux "geeks". Désormais des startups se créent aux Etats-Unis, en Europe, en Asie pour faire l’intermédiaire entre le réseau et le client (un site Internet, une boutique en dur, un particulier). Il suffit alors de créer un simple compte avec un login et un mot de passe. Et pour quel intérêt ? Des transactions et des virements low cost. En effet, les frais de transaction sur le réseau Bitcoin sont infimes, et même si ces intermédiaires prennent leur marge, cela reste nettement moins coûteux que de passer par une carte bancaire ou Paypal ou tout autre moyen de paiement. Idem pour un virement d’un pays à un autre qui se fait avec une commission nettement plus basse qu’auprès de sa banque ou d’un opérateur spécialisé comme Western Union. Voilà ce qui fait peur aux banques !

Comment les précédentes phases d’expansion rapides du Bitcoin s'expliquent-elles ?

Le Bitcoin est en train de commencer à basculer dans le grand public. Nous en sommes au tout début bien sûr. Cette croissance se fait par à-coups : fin 2012 le Bitcoin valait 10 euros, puis il connaît une bulle et un krach en mars-avril, son cours dépasse 200 euros puis retombe à 70 pour se stabiliser à 100 environ actuellement. C’est l’affaire de la spoliation des comptes bancaires à Chypre qui a constitué l’un des principaux déclencheurs : soudain chacun a compris qu’un compte dans une banque ne représentait plus une sécurité absolue alors qu'un compte Bitcoin si, personne ne peut vous le saisir. Voici un autre de ses avantages ! Aujourd’hui la totalité des Bitcoins en circulation pèse environ un milliard d’euros, c’est finalement peu par rapport à son marché potentiel et on peut prévoir qu’il connaîtra d’autres crises de croissance.

Qu’est-ce qui explique la pérennité et la popularité du Bitcoin ? Quel avenir peut-on imaginer pour cette monnaie virtuelle?

Sa popularité, on vient de le voir, c’est des frais de transaction minimes, un compte sécurisé, et un cours qui a tendance à grimper. Sa pérennité, elle, tient dans la solidité de son algorithme, qui le rend imperméable aux hackers (qui préfèrent s’attaquer aux intermédiaires dont nous avons parlé plus haut). Elle tient aussi en une caractéristique précise : il n’y aura jamais plus de 21 millions de Bitcoins en circulation dans le monde, c’est écrit dans l’algorithme. Autrement dit, il n’y aura jamais d’inflation, il n’y aura jamais de Bitcoins en excès, ce sera même une ressource rare, comme l’or. C’est pour cette raison que l’on peut parler "d’or numérique". A l’heure où les banques centrales des pays développés usent et abusent de la planche à billets, qui ne génèrent pas (encore) d’inflation massive mais des bulles (sur les indices boursiers, les matières premières), voilà une vraie garantie quant à sa valeur. Et une occasion d’être détesté par les banques centrales. Quel sera l’avenir du bitcoin ? Il prendra sa place comme monnaie complémentaire, à côté des "grandes" monnaies et plus celles-ci seront mal gérées, plus sa part de marché augmentera, et on en prend le chemin !

A lire de l'auteur de cet article : La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ?, Philippe Herlin (Atlantico Editions). Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
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  • Par vangog - 22/10/2013 - 13:45 - Signaler un abus il n'y aura jamais d'inflation de Bitcoins, mais il y aura

    surévaluation du Bitcoin, lorsque toutes les autres monnaies seront dévaluées, par hyperinflation ou par désintérêt, après la chute de la pyramide de Ponzi des dettes... Mais qu'est-ce qui empêchera alors ces petits malins de créer un bitcoin2, lorsque l’algorithme aura atteint sa limite? gain potentiel à chaque algorithme : 21 millionsX200Euros=4.2 milliards!

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Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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