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Shinzo Abe à Paris : pourquoi la politique économique menée au Japon devrait intéresser les candidats 2017

Après s'être rendu à Berlin ce dimanche et avoir affirmé à cette occasion la nécessité pour l'UE et le Japon de conclure un accord économique, Shinzo Abe est attendu ce lundi à Paris.

Leçons d'Extrême-Orient

Publié le
Shinzo Abe à Paris : pourquoi la politique économique menée au Japon devrait intéresser les candidats 2017

Atlantico : Quel bilan peut-on tirer de la politique appelée "Abenomics", menée jusqu'à présent par Shinzo Abe ?

Peter Tasker : L’objectif des Abenomics était de relancer une économie en situation de déflation "post-bulle" depuis le milieu des années 1990. Il s’agissait de proposer un ensemble composé de réformes monétaires, fiscales, et structurelles, mais dont l’enjeu était essentiellement monétaire.

En observant l’économie japonaise aujourd’hui, que pouvons-nous constater ?

L’ "indice de misère" (qui est la somme du taux de chômage et de taux d’inflation) est à l’avant-dernier rang des 34 pays de l’Ocde, devant la Suisse. Le pourcentage de population active actuellement en emploi est à son plus haut historique. Le taux de défaillance des entreprises est au plus bas depuis 20 ans. Et même le taux de suicide a chuté de 30% depuis le pic atteint au début de ce siècle.

Le plus important est de regarder ce qui a pu se passer sur le PIB nominal, qui n’avait pas augmenté du tout entre 1992 et 2012. En 2015, il a progressé de 2.2%, ce qui peut paraître faible, mais cela représente sa meilleure croissance depuis 1995. Ce qui a été suffisant pour permettre au niveau de dette sur PIB de baisser, et ce, pour la première fois depuis que la bulle économique japonaise a explosé en 1990.

Un PIB nominal qui augmente au-dessus du taux d’intérêt est le mécanisme basique d’une relance monétaire. Sans cela, la dette s’accumule de façon perpétuelle, en dépit de toutes les autres politiques que peuvent mener un gouvernement. Ce qui était le cas avant l’arrivée de Shinzo Abe.

Je dirais qu’il reste encore un long chemin à parcourir. Cela a pris un long moment pour que le Japon entre en déflation et cela prendra des années pour en sortir. Plus spécifiquement, l’inflation est passée de -1% à 0.5%-1.5% en 3 années, mais reste encore bien en deçà de l’objectif de la Banque du Japon, qui est de 2%. Bien entendu, aucune autre Banque centrale à travers le monde n’est parvenue à atteindre cet objectif.

Qu’est-ce que les Abenomics ont réellement apporté de nouveau ? S’agissait-il d’une réelle rupture dans la conduite de la politique économique japonaise ?

Les Abenomics ont été une nouveauté en ce que la relance monétaire n’avait jamais été tentée précédemment, même si le Japon était en déflation depuis la fin des années 1990, et a enduré, non pas une, mais deux crises bancaires sévères en 1997 et en 2002. On racontait alors que le Japon était confronté à une situation de "taux très bas" pendant une période prolongée, mais cela n’était pas le cas puisque, comme je le mentionnais plus haut, le taux d’intérêt était bloqué à un niveau supérieur au taux de croissance nominale. Donc, en réalité, les taux d’intérêts étaient trop élevés ! Les gens ont pensé que cette situation allait perdurer indéfiniment, puisque les autorités étaient fatalistes à propos de la stagnation économique. Par exemple, la Banque du Japon est allée jusqu’à proposer une théorie de la "bonne déflation", qui avait pour but de démontrer que la déflation était inévitable et même salutaire.

Sous Koizumi, qui a été Premier ministre entre 2001 et 2006, l’accent a été mis sur les réformes structurelles. Au même moment, le Japon intervenait sans cesse sur les marchés des changes, avec l’autorisation tacite des Etats-Unis, dans l’objectif de promouvoir la compétitivité et les exportations. Dans la période qui a précédé la grande récession de 2008, le Japon a eu des performances raisonnablement bonnes, en surface, mais les forces déflationnistes sous-jacentes sont restées inchangées. Puis, pendant la crise, le Japon a subi une énorme récession de -8% de son PIB. Mais malgré cela, entre 2009 et 2012, l’inertie de la banque du Japon a conduit le Yen à un niveau de 78 pour un dollar.

Abe a changé tout cela. Il a compris qu’une politique à l’allemande, faite d’austérité monétaire et de réformes structurelles ne marcherait pas, et qu’elle était en réalité désastreuse dans une ère de déflation.

 
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  • Par john mac lane - 20/03/2017 - 08:57 - Signaler un abus Les keynésiens se rassurent comme ils peuvent. Dramatique

    Valoriser celui qui dépense 200 pour obtenir 2. Dramatique analyse Keynésienne qui cherche a se rassurer en piochant quelques chiffres optimistes devant une dette crée pour les 5 générations suivantes. Il n’y a aucun miracle à attendre. Et nul doute que l’émission de fausse monnaie entraînera, ici comme ailleurs, un futur économique de dette pour 10 générations... Les Keynbésiens ont la mentalité des communistes. On a jamais été jusqu'au bout et les échec systémiques font qu'on a pas encore été assez loin dans la spoliation des générations suivantes....

  • Par ajm - 20/03/2017 - 11:09 - Signaler un abus Les enjeux véritables pour le Japon.

    Le Japon n'est pas le Venezuela : l'émission de soi-disante fausse monnaie est gagée in fine par une des industries les plus compétitives et innovantes du monde, une population extrêmement éduquée et un réseau d'implantation mondiale des grandes entreprises nippones qui n'est dépassé que par celui des US. L'enjeu veritable pour le Japon c'est tout de même de réveiller une natalité endormie de façon à garder intact son potentiel humain sans altérer son équilibre culturel et sa qualité de vie remarquable par des migrations massives.

  • Par ikaris - 20/03/2017 - 14:22 - Signaler un abus Et la dette ?

    Acheter de la croissance à grand coup d'endettement étatique, soutenir les prix des actions à grand coup d'achat par la banque centrale ... l'article n'en parle pas ... c'est pourtant ce qui est fait dans les coulisses des Abenomics.

  • Par ajm - 20/03/2017 - 14:51 - Signaler un abus Fondamentaux

    La valeur d'une monnaie sur le long terme reflète les fondamentaux de l'économie d'un pays. Les économies fortes (ex: Allemagne , Suisse, Japon ..) font des monnaies durablement fortes nonobstant les politiques monétaires. Je n'ai pas d'inquiétude sur la dette japonaise ni sur la valeur du yen tant que la capacité humaine du Japon et la RD ainsi que la qualité de ses "process" industriels resteront au top.

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Peter Tasker

Peter Tasker est installé au Japon depuis 1977. Il est associé fondateur de Arcus Investments, un hedge fund spécialisé dans les actions japonaises.

Classé meilleur analyste du marché des actions japonaises durant cinq années consécutives, il a également été éditorialiste de Newsweek Japan pendant 10 ans et est régulièrement publié par le Financial Times

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