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Une seule vraie solution pour lutter contre les déserts médicaux : revaloriser la médecine libérale

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, présentera, vendredi 13 octobre, le plan de lutte du gouvernement contre les déserts médicaux.

SOS Médecins

Publié le
Une seule vraie solution pour lutter contre les déserts médicaux : revaloriser la médecine libérale

Atlantico : Quelles peuvent être les mesures qui vont être proposées ? Offriront-elles un vrai changement selon vous ?

Frédéric Bizard : Les Pouvoirs publics accumulent les plans anti-déserts médicaux sans aucune analyse lucide de la situation réelle de la médecine de ville. On s’acharne sur un traitement qui ne traite rien de la cause du mal. Le plan Buzyn est un copié-collé du plan Touraine, qui était un copié-collé du plan Bachelot.

On y retrouve des incitations financières. Celles-ci s existent déjà et l'on va renforcer ce qui conduit inévitablement à des effets d'aubaine pour les médecins installés. C’est du court terme qui gère la pénurie là où elle existe mais ne donne aucune visibilité de long terme aux jeunes médecins susceptibles de s’installer. Le cœur de cible d’un plan de lutte contre les déserts médicaux sont les jeunes et le facteur clé de succès est la confiance dans l’avenir de l’installation en ville (et en campagne).

Nouveaux contrats responsables, sur-administrationpar les agences régionales de santé, pas de financement pour l’innovation en médecine de ville… donnez-moi une mesure non contraignante pour l’installation en ville qui ait été prise ces 20 dernières années!

A l’heure où le salariat va reculer au profit de l’entrepreneuriat et du statut d’indépendant dans tous les secteurs économiques du fait de la révolution numérique et de la mutation du travail, on voudrait nous faire croire que le salariat serait l’avenir des professionnels de santé en ville ! C’est une plaisanterie d’autant plus ridicule que le plus grand désert médical se trouve à l’hôpital, en particulier dans les hôpitaux de périphérie. On a transformé 6000 praticiens hospitaliers en mercenaires, en chasseurs de primes, payés trois fois le salaire normal pour les attirer dans les hôpitaux désertés. On ne règle rien au problème d’attractivité et on gère la misère au prix fort pour la collectivité. C’est exactement ce qu’on est en train de faire en ville.

Quant aux maisons de santé pluri professionnelles dont on veut doubler le nombre (174 en 2012, il y en a près d'un millier en 2017), c’est le gri-gri qui masque l’impuissance crasse de l’administration. On fait de ce nouveau moyen d’installation, qui s’inscrit parmi les autres types d’exercice de groupe, l’objectif du plan de lutte. Rien ne démontre que c’est un remède à la désertification mais cela permet d’occuper l’espace médiatique et de donner l’impression d’agir.

On nous fait croire que cet outil est un excellent rempart contre la désertification médicale, mais il n'y a à ce jour aucune preuve de leur efficacité. C'est un outil qui sert avant tout à renforcer le contrôle administratif des installations des libéraux médicaux et paramédicaux par les agences régionales de santé. Le plan actuel est de contrôler administrativement cet exercice libéral en conditionnant toute aide à des autorisations administratives de l’ARS.

Si les solutions proposées –les primes à l’installation et les maisons de santé pluri professionnelles –ne produisent que peu d'effet, que doit faire le gouvernement ? Existent-ils d'autres solutions ?

Je serais surpris que la Ministre parle aujourd’hui de l’avenir de la médecine de ville sur un plan stratégique et sur le long terme. C’est le seul thème qui compte pourtant puisque les déserts médicaux ne sont qu’un symptôme, en ville comme à l’hôpital, du déclin de notre système de santé.  Quelle médecine de ville demain pour le nouveau monde ?

Cette approche structurelle conduit à aborder trois points : l’innovation, la gouvernance et la liberté de choix de l’exercice.  Aucun gouvernement à ce jour n’a avancé un quelconque plan crédible sur ces trois points essentiels pour reconstruire notre médecine de ville.

Il faut investir dans les nouvelles technologies pour généraliser le numérique et la télémédecine dans toutes les formes d’exercice de ville. Je rappelle que le numérique permet à des petites entités d’être parfaitement connectées avec tous les autres acteurs. Il est paradoxal de faire du regroupement sous le même toit la solution idéale à l’heure du numérique. L’innovation n’est pas que technologique, elle est aussi politique. Il faut réformer les ordonnances Debré de 1958 pour créer surtout le territoire des Centres ambulatoires universitaires(CAU) de médecine générale. Reconnaître par la loi que la ville est aussi un lieu de recherche et d’enseignement. Ce serait un levier important en faveur de l’attractivité.

Dans cette phase de transition entre deux mondes, il faut libérer la créativité et l’intelligence humaine. La gouvernance doit être véritablement participative avec les professionnels de santé, et d’autant plus lorsque ce sont des décisions locales. L’agence régionale de santé doit vérifier à postériori le bon respect des règles et non tout décider à priori. Tous les professionnels de santé se plaignent de l’écrasante bureaucratie liée aux MSP et à la télémédecine. Seul un changement d’organisation de la gouvernance peut changer cela. De même qu’elle a asphyxié l’hôpital public, elle est en train d’asphyxier la ville. Même causes, mêmes effets.

<--pagebreak-->Encore une fois, je serais surpris que le Premier Ministre et la Ministre de la santé annoncent leur confiance dans l’avenir de l’exercice libéral dans notre pays. La haute administration, qui n’a pas changé depuis 20 ans en santé, veut progressivement étatiser la gouvernance et fonctionnariser l’offre de ville. Ainsi, les politiques, qui laissent les hauts fonctionnaires décider de l’essentiel en santé, restent dans l’ambiguïté sur les types d’exercice. LesMSP évitent de parler de l’exercice libéral et permettent d’ailleurs d’encourager le salariat. Mais salarié de qui ? De l’État ? De la sécurité sociale ? Des Mutuelles ? Des collectivités territoriales ?

Aujourd'hui, la situation des déserts médicaux n'a cessé d'empirer. Quelles sont les causes de cette aggravation ?

Mêmes causes, mêmes effets, la situation ne peut qu’empirer en ville comme à l’hôpital. Seule un changement de cap politique inversera la tendance et une décision au sommet de l’État d’adapter structurellement notre système de santé au nouveau monde. Il est paradoxal de parler de nécessité de transformation de l’organisation du marché du travail, de la formation professionnelle, desretraites… et de laisser penser que notre système de santé n’est pas concerné par la transformation de la société.

Avec 25% des médecins généralistes installés qui ont 60 ans et plus, je vous laisse deviner l’avenir de la couverture médicale des territoires avec une telle politique qui garantit la continuité dans l’échec.

 
Commentaires

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  • Par DANIEL74000 - 13/10/2017 - 08:33 - Signaler un abus DESERTS MEDICAUX

    Revaloriser la médecine Libérale ou privatiser les hôpitaux publics, harmoniser les prises en charges enfin RESPONSABILISER

  • Par DANIEL74000 - 13/10/2017 - 08:34 - Signaler un abus DESERTS MEDICAUX

    Revaloriser la médecine Libérale ou privatiser les hôpitaux publics, harmoniser les prises en charges enfin RESPONSABILISER

  • Par Ex abrupto - 13/10/2017 - 10:17 - Signaler un abus Suggestion

    Des prix de remboursement sensiblement plus élevés dans les déserts médicaux, Ce pourrait être d'un couts raisonnable dans la mesure où les déserts médicaux sont....des déserts

  • Par Ex abrupto - 13/10/2017 - 10:17 - Signaler un abus Suggestion

    Des prix de remboursement sensiblement plus élevés dans les déserts médicaux, Ce pourrait être d'un couts raisonnable dans la mesure où les déserts médicaux sont....des déserts

  • Par ifrj - 13/10/2017 - 10:48 - Signaler un abus Déserts médicaux

    Ce que nos responsables oublient c'est que les déserts médicaux sont d'abord des déserts tout court....Pour quoi voulez vous qu'un jeune médecin aille avec armes et bagages surtout famille dans un coin de notre ex-beau pays où les pouvoirs publics n'ont pas été capables de maintenir une école, un bureau de poste ou une boulangerie????

  • Par Ganesha - 13/10/2017 - 11:08 - Signaler un abus Ignorance

    Citation : ''maisons de santé pluri-professionnelles... il n'y a à ce jour aucune preuve de leur efficacité''. Quand on ignore à ce point un sujet, on renonce à écrire un article complètement crétin ! Un des tous premiers obstacles à l'installation des jeunes médecins, ce sont les coûts du local professionnel ! Et si vous voulez y ajouter une secrétaire... Deuxième point, totalement passé sous silence par cet article : nous sommes maintenant arrivés au point de rupture du système à deux vitesses créé dans les années 1990 : suppression du libre choix des médecins entre les secteurs 1 ou 2. La majorité des médecins libéraux de 60 ans sont en secteur 2, demandent 60 euros par consultation, et avec l'expérience acquise, font de ''l'abattage'' : ils vous expédient en 15 minutes. La quasi-totalité des jeunes médecins pratiquent une ''médecine lente'', pour 25 euros par acte !

  • Par vangog - 13/10/2017 - 11:19 - Signaler un abus Les socialos et consorts dévalorisent la médecine libérale

    depuis...Ben ça fait plus de quarante années que la soviétisation du système de santé a débuté...Après la soviétisation des hôpitaux, après les 35 heures d'Aubry qui ont cassé le service public, après la gestion comptable de Juppé, après le découragement gauchiste de l'offre de soin, après les conneries levothyrox du directeur de l'ANSM...il va y avoir du boulot pour revaloriser! Surtout à coups de subventions et de niches; vieille méthode gauchiste...essaie encore!

  • Par l'enclume - 13/10/2017 - 11:52 - Signaler un abus Complète réussite

    Ganesha - 13/10/2017 - 11:08 - Désolé de vous contredire, dans la commune près de mon village, un jeune médecin s'est décarcassé afin que l'on construise une maison médicalisée, depuis : Un jeune médecin, une gynécologue, deux dentistes, une kiné, trois infirmières, plus trois autres spécialistes concernant les enfants.

  • Par Ganesha - 13/10/2017 - 12:05 - Signaler un abus L'Enclume

    L'Enclum, relisez calmement mon texte : j'affirme, contrairement à l'auteur de l'article, que les maisons médicales sont la seule solution raisonnable ! Il faudra que le loyer professionnel et les honoraires médicaux permettent un revenu décent.

  • Par philippe de commynes - 13/10/2017 - 12:53 - Signaler un abus Aménagement intelligent du numerus clausus

    Par exemple (chiffres arbitraires juste pour le besoin de la démonstration), s'il faut une note de 15 pour passer à travers le numerus, accorder une tolérance à 14, mais seulement pour ceux s'engageant à s'installer avant les examens dans des déserts médicaux, q'ils soient finalement repêchés ou qu'ils aient une note d'au moins 15 et qu'au final ils n'en avaient pas besoin : on aurait un surcroit d'installation allant toutes dans des déserts médicaux ,plus des diplômés qui l'auraient été de toute manière mais qui ayant choisit cette "assurance" (ils ne pouvaient pas être surs par avance d'avoir leur examen) s'installeraient dans des déserts médicaux plutôt qu'à paris ou sur la côte d'azur.Après il n'y a plus qu'à faire travailler des statisticiens pour savoir à quel niveau il faut faire cet aménagement pour régler le problême des déserts médicaux.

  • Par ajm - 13/10/2017 - 13:16 - Signaler un abus 1 sur 10 en liberal

    La medecine libérale est de toute façon en train de mourir. Sur 10 diplômés nouveaux on en a à peine 1 qui s'installe en libéral. Au train où cela va non seulement la medecine liberale de campagne sera morte mais aussi celle des grandes villes. Les déserts eux sont déjà abandonnés et sont definitivement morts pour la médecine libérale.

  • Par Raymond75 - 13/10/2017 - 14:58 - Signaler un abus Une seule vraie solution pour lutter contre les déserts médicaux

    Faire de la médecine un vrai service public ! Les pompiers ne s'installent pas où ils veulent quand ils veulent. Les médecins vivent grâce à la sécurité sociale et aux mutuelles, ils ont un devoir de service public.

  • Par ajm - 13/10/2017 - 18:36 - Signaler un abus Le medecin et le boulanger.

    Raymond 75: le boulanger de mon quartier vit aussi de mon argent et de celui de mes voisins. Pour autant, il ne va pas me demander mon avis ni celui de mes voisins s'il a envie de vendre son fonds et d'aller ailleurs. Et vos pompiers, ce sont des volontaires : si on les traite mal , ils demissionnent et les jeunes ne les remplacent pas, service public ou pas. C'est ce qui se passent justement pour les medecins liberaux. Le service public a bon dos. De toute façon, jamais les jeunes medecins n'accepteront ce genre d'ukazes , je peux vous le certifier.

  • Par vangog - 13/10/2017 - 20:19 - Signaler un abus @Raymond75 Erreur! C'est la SS et les mutuelles

    qui vivent grâce aux medecins! La preuve? C'est que les medecins existaient avant la SS et les mutuelles et vivaient plutôt bien. Après la SS et les mutuelles, cela s'assimile à une mise sous tutelle stalinienne progressive...et on vous a déjà dit, Raymond, que le socialo-Macrono-Stalinisme aboutissait à l'appauvrissement, à l'abetissement et à l'asservissement de toute une société...

  • Par Piwai - 14/10/2017 - 07:29 - Signaler un abus et faire disparaitre le numero sclosus?

    Cet horible archaïsme qui creer volontairemznt de la rareté pour garantir la "clientele" et les revenus même des medecins les plus minables et les plus incompetent? Parce qu'il n'y a pas besoin d'etre un genie pour remarquer que la première cause des deserts medicaux c'est le corporatisme lamentable des professions de santé dans ce pays...

  • Par walchp - 14/10/2017 - 15:39 - Signaler un abus les médecins vivent par la sécu parce qu'ils n'ont pas le choix

    Le secteur 2 a été mis en place pour dispenser la sécu de revaloriser les actes selon le coùt de la vie et ce depuis plus de 30 ans Pour que le populo puisse se faire rembourser le moindre cachet d'aspirine

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Frédéric Bizard

Frédéric Bizard est économiste de la santé et enseignant à Sciences Po Paris. Il est un expert reconnu du secteur de la santé en France et à l'international. Il dirige la société Salamati Consulting, société de conseil en stratégie de santé.

Il est notamment l’auteur de Protection sociale: Pour un nouveau modèle, Dunod, Mars 2017 et de Politique de santé: réussir le changement, Dunod, 2015

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