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Services de renseignement russes : une armée de l’ombre sur ou sous estimée par les Occidentaux ?

Selon un article de Business Insider, les services d'intelligence russes comprendraient des effectifs compris entre 750 000 et 940 000 personnes. Des chiffres alarmistes très éloignés de la réalité.

Russie de Poutine

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Services de renseignement russes : une armée de l’ombre sur ou sous estimée par les Occidentaux ?

Atlantico : Selon un article publié par Business Insider, les services d'intelligence et de sécurité russes présenteraient des effectifs compris entre 750 000 et 940 000 personnes, à comparer avec des effectifs de 16 000 personnes pour le Royaume Uni. Quelle est la réalité des chiffres présentés ? Comment comparer les effectifs des services russes avec ceux des États Unis, ou de la France ? 

Alain Rodier : Les chiffres avancés par Business Indider sont à prendre avec d’infinies précautions et, à mon avis, très exagérés.

Des estimations - certes un peu anciennes - publiées par l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale, AASSDN, donnent 30.000 personnels au FSB, 13.000 au SVR et 10.000 au GRU, soit un total de 53.000. Même en rajoutant d'autres services et en faisant une péréquation, on reste très loin des chiffres donnés dans cet article. 

Son objectif est clairement de faire du Russia Bashing en démontrant que le "méchant" Kremlin ne fonctionne qu’avec des "services spéciaux" auxquels les pires turpitudes sont attribuées. Pour certains détails, je renvoie à mon petit livre "Grand angle sur l’espionnage russe" paru aux éditions UPPR en 2017 où je démonte quelques affaires célèbres.

Il est néanmoins vrai que les services russes sont importants en taille mais englobent des unités - comme les gardes frontières qui dépendent du FSB - qui, dans les autres pays sont subordonnées à d'autres administrations que celles des services. Les célèbres spetsnaz dont la majorité est rattachée au GRU seraient plutôt classés dans les "forces spéciales" dans d’autres pays. De nombreuses missions dévolues au FBI aux États-Unis sont du ressort du FSB en Russie.

Je ne rependrai donc pas les chiffres qui sont d’ailleurs extrêmement difficiles à vérifier car ils relèvent en Russie du plus grand secret et ne sont donc pas diffusés. Même chose pour les budgets.

La seule comparaison que l’on peut faire, c’est que pour 2018, les États-Unis ont prévu un budget de la défense (dont tous les services de renseignement ne dépendent pas) de près de 700 milliards de dollars contre 70 milliards de dollars pour la Russie. Il est vraisemblable que le rapport de un (pour la Russie) à dix (pour les États-Unis) se retrouve également dans le domaine des services de renseignements.

Quel rapport est il possible de faire entre "taille" des effectifs et efficacité des services ? Comment appréhender la "puissance de frappe" réelle, entre effectifs et efficacité, des services russes ? 

Ce n’est pas parce qu’un service est pléthorique qu’il est efficace. Je connais des petits services en taille qui sont particulièrement performants, voir la communauté du renseignement israélienne et une autre moins connue, celle des services suisses, mais qui se méfie de la Suisse ?

Pour moi, l’efficacité d’un service dépend des ordres et de la latitude d’initiative qui lui sont donnés par l’autorité politique suprême.

 
Commentaires

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  • Par AUSTRAL98 - 12/12/2017 - 06:19 - Signaler un abus Comparaison Russes Européens Etats Uniens

    Les Européens seraient donc de grands humanistes généreux! Il me semble que cette analyse n'est pas du tout objective. La crise Ukrainienne a été organisée par les USA, le coup d'état a été financé par les Soros et autres agents du département d'état. Evidemment Poutine défend les intérêts russes, il est élu pour ça! Les Européens se laissent rouler dans la farine par l'oncle SAM et les services français doivent être infestés par les agents russes, us et islamiques, il sont donc incapables de défendre nos intérêts. LES USA veulent contrôler l'ensemble des ressources énergétiques du monde et Poutine s'y oppose d'ou les tensions constantes. Malgré des moyens très inférieures à ceux de ses adversaires il ne se débrouille pas si mal le nouveau Tsar.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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