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Service national, gadget intégral (et onéreux)

Le rapport sur le service national commandé par Emmanuel Macron à un groupe de travail sera remis le 30 avril et précisera les modalités de mise en œuvre et leur coût.

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Service national, gadget intégral (et onéreux)

Atlantico :  Le retour du service national universel obligatoire devrait être moins ambitieux qu’annoncé durant la campagne. Les premières pistes évoquent l'instauration d'une semaine de « temps de vie partagée » en internat. Un séjour qui inclurait des « activités militaires », des « activités civiques » et des « activités médico-sociales ». Quel est le sens réel de ce projet selon vous ? 

Roland Hureaux : Le service national n’a jamais cessé, en droit, d’être obligatoire mais il a été suspendu par Jacques Chirac en 1997. Il a été remplacé par la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), devenue la Journée de défense et de citoyenneté, (JDC) pour un coût d’environ 150 millions d’euros par an.

Passer d’une journée à une semaine, multiplierait le coût par bien plus de 6 ou 7 car il faudrait prévoir un logement en internat surveillé et donc des locaux : pour une cohorte de 800 000 jeunes par an, il faudrait, à supposer que le système fonctionne toute l ‘année prévoir 15 000 places de casernement. On peut estimer le coût total à quelques  milliards d’euros.

Pour quel résultat ?

Les jeunes qui passent en JDC répondent positivement aux questionnaires de satisfaction en fin de journée mais ils l’ont pratiquement  oubliée dans les mois et les années qui suivent. Si elle permet de faire de la publicité pour les métiers de la défense, donner une bonne image de ses armées et repérer les cas d’illettrisme, trop nombreux hélas, elle ne marque guère.

Une semaine serait beaucoup plus coûteuse et presque aussi insuffisante  en matière de formation militaire : il n’y a le temps ni pour une formation militaire sérieuse, ni a fortiori pour un apprentissage de la discipline – dont on estimait au temps des « classes » qu’ily fallait au moins deux mois.

Il n’y aurait que peu de brassage social : j’ai observé que si les jeunes bourgeois se parlent assez vite, ceux qui sont issus des milieux populaires ne se dégèlent pas avant une semaine, sauf quand ils viennent du même du même coin.

En résumé, un jour pour un coût supportable ne sert pas à grand-chose, une semaine pour un coût nettement plus élevé ne servirait guère plus.

Le retour du service national est populaire dans la population, chez le plus âgés notamment, qui en ont la nostalgie, mais aussi chez des jeunes où le métier des armes suscitemoins de préventions qu’il y a trente ou quarante ans. Le promettre dans une campagne électorale est une chose, le réaliser en est une autre. Macron l’avait promis pour un mois, ce qui était déjà  mieux qu’une semaine mais techniquement insuffisant et ce qui, comme toutes les formes de service très courts, nécessite un gros investissement en   formation sans retour immédiat ni même  plus lointain.  Les appelés n’auraient pas   en si peu de temps l’occasion de rendre des services, pas même pour faire des gardes : qui se risquerait à confier une arme lourde à un jeune au bout d’une semaine ?

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 30/04/2018 - 17:41 - Signaler un abus SN une vieille lune

    À oublier dès que possible. Une armée de métier et une réserve de volontaires!

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Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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