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Service militaire adapté : pourquoi l’Education nationale aurait tout intérêt à s’inspirer de l’armée pour rattraper les jeunes en difficulté

Lors de sa conférence de presse du jeudi 5 février, François Hollande s'est exprimé sur les questions d'éducation. Il a annoncé la mise à l'étude en métropole du "service militaire adapté" pour les jeunes en difficultés, dispositif d'aide à l'insertion professionnelle déjà présent dans les DOM TOM.

A la dure

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Service militaire adapté : pourquoi l’Education nationale aurait tout intérêt à s’inspirer de l’armée pour rattraper les jeunes en difficulté

Le retour du service militaire serait-il une bonne chose ? Crédit REUTERS/Stephane Mahe

Atlantico : Avec la fin du service militaire, a-t-on surinvesti l'école de responsabilités, dans la mesure où l'on a désormais uniquement compté sur elle pour insuffler les principes d'autorité, d'effort, de civisme et d'appartenance à l'ensemble national ?

Jean-Louis Auduc : La principale responsabilité de l’école, qu’elle peine d’ailleurs à accomplir, c’est de ne laisser personne au bord du chemin dans l’apprentissage du lire, écrire, compter et de la compréhension du monde. C’est cela qui construit sa légitimité et celle de ses personnels aux yeux de la société.

En sachant que les compétences exigibles nécessaires pour affronter le monde d’aujourd’hui s’accroissent de plus en plus comme le montre très bien le recul en 2014 de 3,2% (après moins 8% en 2013) des   entrées en apprentissage dues pour la quasi-totalité à la chute très importante des propositions des entreprises au niveau CAP alors qu’elles se développent très fortement au niveau BAC+2 et au-delà.

L’école doit également, mais en relation avec l’ensemble des institutions de la société, permettre au jeune de se construire son parcours de passage de l’enfance « irresponsable » à l’adolescence « co-partage de responsabilité avec la famille » et à l’âge adulte « âge des responsabilités ». Elle ne l’a sans doute pas assez joué, notamment parce que l’éducation civique est la seule matière enseignée dans le second degré qui n’a jamais fait l’objet d’une formation et d’une qualification spécifique de ceux qui doivent l’enseigner, alors que c’est indispensable !

Concernant le travail des autres institutions de la République, connaissez-vous beaucoup de collectivités locales qui  célèbrent la sortie de l’enfance à 13 ans, âge de la responsabilité pénale ou à 18 ans, âge de la majorité sociale et civique ?

Le principe de précaution est devenu la norme à tous les étages de la société française. Quelles conséquences a-t-il eu sur les enfants dans leur rapport à l'autorité et aux limites ?

Le principe de précaution inhérent à toute activité a eu des conséquences redoutables dans le domaine éducatif  d’autant plus qu’il a été lié à un processus d’indifférenciation des âges qui a plus pesé sur les garçons que sur les filles

Pèse  sur les garçons la disparition de tous rituels d’intégration sociaux à un moment donné de leur vie et le flou régnant entre 16 et 25 ans autour de l’entrée dans l’âge adulte.

Cette société d’adolescence où l’on est préado, et post-ado, où se développe pour les trentenaires la notion « d’adulescence  », ni tout à fait ado, ni tout à fait adulte, elle heurte, on le comprend bien, beaucoup plus la construction de l’identité masculine que celle de l’identité féminine où la rupture enfant/adulte est marquée par des transformations corporelles et le fait d’être devenue en capacité d’être mère. Nous vivons aujourd’hui une société marquée par la confusion des âges, où on demande le plus souvent à ceux qui la composent de devenir mature de plus en plus tôt pour rester jeune de plus en plus tard. La société semble avoir des difficultés à accepter qu’on puisse grandir et devenir adulte.

 
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  • Par Deudeuche - 09/02/2015 - 08:54 - Signaler un abus Moraline et amnésie

    Le service militaire répondait à un besoin de la défense nationale à l'époque ou le grand ennemi était à l'Est (Empire allemand, Allemagne Nationale Socialiste, URSS et pacte de Varsovie). Les vertus civiques n'en étaient qu'une conséquence. Les pauvres et les modestes étaient les seuls à le faire dans les années 80 et 90. Les fils de bourgeois de gauche ou de droite se faisaient exempter ou en faisait un service "Gucci" en ambassade ou près de la maison, mis à part quelques "tra-tras" qui faisaient les "Elèves Officiers de Réserve". Pourquoi forcer les jeunes à adopter des valeurs que leurs aînés ont abandonné; devoir, service désintéressement. Le service civique est un voeux pieux impayable et injuste (travail forcé des jeunes au nom de la bonne conscience des tires aux flancs des années 80)

  • Par Anouman - 09/02/2015 - 23:01 - Signaler un abus Service militaire

    Pour l'avoir fait je sais qu'il n'avait aucune vertu sauf de faire perdre son temps et de côtoyer une médiocrité jamais vue auparavant. J'ai quand même pu remarquer que même à l'armée les têtes de cons restaient des têtes de cons et que les sous-off ne savaient pas quoi en faire (au trou et ça recommençait sans parler des déserteurs qu'on reprenait régulièrement et qui repartaient aussitôt la première permission). Il n'y a donc rien à trouver dans ce système archaïque pour l'éducation nationale . Mais peut être que des coups de pieds au cul...

  • Par assougoudrel - 10/02/2015 - 06:15 - Signaler un abus Ne pas confondre

    Service Nationale tout court et Service Militaire Adapté (SMA) qui existe dans les DOM. Ce dernier est bénéfique pour les jeunes désœuvrés.

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Jean-Louis Auduc

Jean-Louis AUDUC est agrégé d'histoire. Il a enseigné en collège et en lycée. Depuis 1992, il est directeur-adjoint de l'IUFM de Créteil, où il a mis en place des formations sur les relations parents-enseignants à partir de 1999. En 2001-2002, il a été chargé de mission sur les problèmes de violence scolaire auprès du ministre délégué à l'Enseignement professionnel. Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur le fonctionnement du système éducatif, la violence à l'école, la citoyenneté et la laïcité.

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