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Séquestré, torturé, découpé... Christophe Rambour, le martyr picard : la société française face au vertige de la violence gratuite

Le Courrier Picard a récemment relaté comment Christophe Rambour, jeune maître-chien de 27 ans au chômage, a été torturé pendant plusieurs semaines de l'année 2012 puis tué et découpé en morceaux par une fratrie de cinq jeunes personnes âgées de 25 à 31 ans. Des faits qui rappellent ceux commis en janvier 2006 par le Gang des Barbares contre Ilan Halimi.

Déréliction

Publié le - Mis à jour le 13 Juin 2014

Cette violence a-t-elle une signification ? Ou traduit-elle l’absence de sens à leur vie qui anime ces personnes hyperviolentes ? On ne sait pas grand chose de ce qui anime ces hommes et ces femmes qui frappent et font mal et vont jusqu’à tuer “pour rien”, sinon dans une escalade de la violence.

On est là devant un mystère, le mystère du mal. Dès lors, de tels faits divers nous amènent à ne pas dénier le mal, à ne pas faire comme s’il n’existait pas et comme si l’homme devait être toujours bon. La violence gratuite témoigne de la réalité du mal dans la condition humaine. Il n’y a sans doute rien à en dire d’autre. C’est le tragique pur.

La société est-elle encore capable de s'indigner de ce type de crimes ? 

Bien évidemment que la société s’indigne, il suffit de se rendre sur Internet pour s’en rendre compte.

Ceci dit, que signifie cette indignation ? Il y a sans doute dans quelque chose de l’ordre du besoin d’exprimer ensemble de la peur et de la compassion.

Mais il n’est pas sûr que cette indignation soit très efficace pour réguler ces types de violence. Il s’agit plutôt d’une expression éphémère. Je pense que l’indignation dans ces cas n’est pas forcément bonne conseillère. Nous devons en effet, collectivement, nous poser la question de la régulation des pulsions violentes qui font partie inhérente de la condition humaine.

S’indigner, en dénier l’existence, vouloir éradiquer la violence, l’envie de violence ne me paraît pas la bonne méthode. Il s’agirait plutôt de trouver des moyens d’expression régulée, atténuée de la violence et des conflits. Les sociétés anciennes connaissaient de tels moyens : les jeux guerriers, les tournois, les joutes diverses.

On peut se dire que pour part les affrontements entre bandes, les rodéos et autres dégradations de véhicules constituent une manière moins risquée d’exprimer la violence. Notamment parce qu’ elle est dans ces cas collective, qu’elle s’exprime sous le regard de tous et est donc pour part contrôlée.

Dans le cas d’Ilan Halimi comme dans celui de Christophe Rambour, il s’agissait d’un petit groupe, isolé, désaffilié, qui vivait sans regard ni de voisins, ni d’amis. C’est cet isolement et cette absence de rite social qui favorise l’escalade vers la barbarie. Il n’y a plus le frein du regard de l’autre.

Dans les deux cas de figure, les agresseurs avaient pour motivation l'argent, est-ce la situation de crise actuelle qui favorise une montée de la violence ?

La crise a ceci d’extraordinaire, qu’elle finit par servir d’explication à tout, y compris absurde.

Si la pauvreté en pays riche, l’absence de revenu face à une offre de consommation ostentatoire peut expliquer les vols, les escroqueries, il ne paraît pas sérieux “de prendre au sérieux” l’explication selon laquelle les meurtriers auraient pensé faire une bonne affaire en torturant et tuant un pauvre chômeur. Très clairement, le processus de violence qui s’est enclenché n’avait rien à voir avec un intérêt économique rationnel.

 
Commentaires

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  • Par Geolion - 08/06/2014 - 11:39 - Signaler un abus Pas surprenant !

    Regardez les agresseurs....

  • Par cloette - 08/06/2014 - 15:25 - Signaler un abus Barbarie isolée

    Il y a aussi la lycéenne de Chambon sur Lignon , la petite Laeticie torturée et brûlée par un camarade de classe , et d'autres cas tous plus horribles les uns que les autres Ces actes sont de plus en plus nombreux me semble t'il !

  • Par quezaco - 08/06/2014 - 17:36 - Signaler un abus Alors si l'on en croit le

    Alors si l'on en croit le verdict de l'analyse de ce monsieur, Sociologue, tout ne va finalement pas si mal puisqu'il y a moins d'actes de barbaries commis en tant de paix qu'en tant de guerre, et puis ces actes s'expliquent aussi parce qu'en chacun de nous il existe un côté obscur. C'est comme si nous avions cru lire "tout est normal, tout va bien." Je trouve cette analyse des plus frileuses. Les comportements anomiques étant de plus en plus courants de nos jours dans nos contrées, ce monsieur dans son article aurait dû tirer la sonnette d'alarme. Cher monsieur, en temps de guerre la violence se justifie à moitié et encore... en tant de paix, sûrement pas! La sociologie permettait-elle d'être clairvoyant? Apparemment non.

  • Par ELLENEUQ - 09/06/2014 - 08:12 - Signaler un abus On a les sauvages qu'on mérite !

    Quand on ne les importe pas en masse, on les cultive dans nos logements dits "sociaux" et nos ZEP ! Ensuite on pleure devant les résultats obtenus et prévisibles ! Notre fabrique de sauvages criminels marche à plein régime. C'est même le seul domaine dans lequel nos exportations sont florissantes ....

  • Par cremone - 09/06/2014 - 11:50 - Signaler un abus au fur et à mesure...

    ... de la lecture de cet article, on voit s'épaissir le rideau de fumée de l'alibi sociologique, destiné à escamoter la victime et les atrocités qu'elle a subies. Quant à la responsabilité des criminels "concrets", des meurtriers en chair, en os et en haine, elle se retrouve diluée, dépersonnalisée par le recours aux grandes idées générales sur la permanence de la violence dans les sociétés humaines. On part d'un meurtre atroce et REEL, pour déboucher sur des considérations abstraites et hors sujet. Cet article est un bel exemple d'escamotage du réel.

  • Par Adi Perdu - 10/06/2014 - 14:47 - Signaler un abus Les barbares !

    Le karsher ? Mais non voyons, la kalach !

  • Par FIGAROCB - 10/06/2014 - 16:02 - Signaler un abus PIRE QUE LES BARBARES !!!

    Pas la peine d'être grand clerc pour deviner qui sont responsables de ces atrocités : en voyant les photos, notre fameiuse diversité, vous savez celle qui nous enrichie !!!! Comme dit un précédent commentateur, ce n'est plus le "karcher" qu'il faut, c'est la kalach ou le napalm !!! Il faut vraiment débarrassé la FRANCE de toute cette vermine !

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Michel Maffesoli

Michel Maffesoli, sociologue, membre de l'Institut universitaire de France, est professeur à la Sorbonne.

Après avoir publié Homo Eroticus aux éditions du CNRS, il a écrit les Nouveaux Bien-pensants, aux éditions du Moment (janvier 2014).

Michel Maffesoli a publié au mois d'octobre 2014 L'Ordre des choses (CNRS éditions). Puis La France Etroite en 2015 et La Parole du silence, au Cerf en 2016. 

 

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