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Selfies : pourquoi l'abus est plus dangereux pour les filles que pour les garçons

Les "selfies", ces photos que l'on prend de soi-même, n'ont rien d'une photo-souvenir. Le but affiché par les jeunes (et surtout les filles) est de s'exposer au jugement de ses pairs sur les réseaux sociaux.

Miroir, mon beau miroir...

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Les jeunes ont une étonnante capacité à s’approprier les nouvelles technologies, d’une façon qui déroute parfois leurs concepteurs. Ainsi l’extraordinaire succès de Facebook, à l’origine destiné à mettre en réseau des personnes à distance. En peu de temps, Facebook est devenu un outil très prisé des jeunes pour reproduire ce que les cours d’écoles connaissaient depuis longtemps : les jeux d’alliance pour devenir "populaire" et pour exclure les indésirables.

A y regarder de plus près, Facebook n’a pas réussi à offrir cet espace de liberté et d’expression revendiqué par les jeunes. Au contraire, il s’agit pour eux d’un monde extrêmement formaté où il faut suivre à la lettre les codes, au risque de se faire exclure ou dénigrer violemment.

En bref, il faut "liker" (= "j’aime") ce que font les personnes "populaires" pour avoir des chances de gagner en popularité. Celle-ci se grappille à travers le nombre d’amis affiché, de supporters devrait-on dire, et la beauté. C’est là qu’interviennent ces fameuses photos personnelles, les selfies.

Car sur les réseaux sociaux, il faut se mettre en évidence ! Être vu est la condition sine qua non pour exister. Mais pas n’importe comment. Les photos de soi ne sont jamais anodines : elles sont toujours posées, et montrent une belle facette de soi-même. Mais ne nous y trompons pas, le but de la photo est d’être vu, si possible apprécié, par les personnes qui la verront. Il ne s’agit pas d’un acte égoïste où se rejouerait le drame de Narcisse. Non, c’est un acte social par excellence, où le regard et le jugement des autres sont primordiaux. D’autant plus à l’adolescence où le regard des pairs devient crucial.

Les selfies n’ont rien des photos souvenirs que l’on regarde pour se remémorer de beaux instants passés. Elles ont pour but d’exposer la personne, de la jeter dans l’arène des jugements d’autrui. C’est pour cela que l’estime de soi est en péril. Il suffit que ces clichés soient dénigrés pour que l’image personnelle en prenne un coup. On comprend dès lors pourquoi ce sont les filles qui en raffolent le plus, elles pour qui l’apparence est essentielle sur le marché de la séduction. Et cela explique pourquoi elles encourent un risque plus grand que les garçons…

Alors que faire ? Soyons réalistes : les commentaires des adultes et des spécialistes n’y changeront rien. Il faut que jeunesse se fasse. Les selfies continueront de déferler sur le web. Et les psys continueront de réparer l’estime de soi abîmée de celles et ceux qui s’y seront brûlé les ailes. Heureusement une minorité, car les autres auront appris grâce à cela que le regard des anonymes n’est pas forcément bienveillant, et surtout qu’il n’est pas nécessaire pour s’apprécier soi-même. L’estime de soi se construit de l’intérieur, rarement derrière un objectif photographique, et jamais derrière un écran d’ordinateur.

 
Commentaires

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  • Par Valérie Martin - 02/12/2013 - 15:15 - Signaler un abus Les réseaux sociaux tuent.

    Combien de suicides faudra-t-il encore avant que le législateur n'impose une banière « Les réseaux sociaux tuent » à ces sites qui mêlent futilité et mercantile sans se soucier des humains qu'ils malmènent sans vergogne.

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Yves-Alexandre Thalmann

Yves-Alexandre Thalmann est l'auteur de l'adaptation du "Bonheur pour les nuls", First éditions. 

Il exerce comme formateur, professeur et psychologue clinicien. Il anime des ateliers centrés sur le développement de la communication interpersonnelle et la gestion des émotions.

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