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Sécurité alimentaire : pourquoi le scandale Lactalis ne doit pas nous faire oublier que les dangers pour les consommateurs français n’ont jamais été aussi faibles

Lactalis, un géant de l'industrie agroalimentaire, est en pleine tempête après avoir commercialisé du lait infantile contaminé par la salmonelle. Pourtant, malgré ce scandale et l'emballement médiatique, la nourriture n’a jamais été aussi sûre en France.

Garder la tête froide

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Il reste néanmoins au moins deux problèmes. Les effectifs et les moyens de la « police de l’alimentation » ont beaucoup diminué sous le quinquennat Sarkozy ; ils ont un peu remonté sur le quinquennat Hollande, mais visiblement ce n’est pas assez par rapport aux exigences croissantes (et légitimes) de la société ; qu’attend-on pour accorder davantage d’attention à cette question ?

Le deuxième problème est psychologique et politique. Quelle ligne de conduite doive adopter les fonctionnaires qui se trouvent en face d’une suspicion de problèmes sanitaires ? Immédiatement crier au loup et faire retirer une très grande quantité de produits, au risque de causer d’énormes pertes économiques et d’image à des entreprises qui se révèlent innocentes ? Tenter de régler directement et rapidement le problème ? Ou attendre qu’on soit vraiment sûrs qu’il y a un problème et qu’on en connaisse précisément la nature et l’ampleur ?

Rappelons qu’avant de s’apercevoir que le problème des dizaines de décès allemand venait des graines germées bio, on avait accusé à tort le concombre espagnol et même le cochon mexicain ! Le dit concombre a mis des années à s’en remettre, et personne ne l’a indemnisé.

Dans le cas du Fipronil, on était en face de traces infimes de ce produit dans des œufs. Or ce produit est toujours massivement et tout à fait légalement utilisé sur des animaux non consommés, par exemple dans les colliers anti tique des chiens et des chats vendus en pharmacie. Lesquels chiens et chats sont abondamment caressés par des enfants qui ensuite se lèchent les doigts. On peut comprendre, même si on ne les excuse pas, que,dans un premier temps, les fonctionnaires belges n’aient pas voulu ruiner par des déclarations prématurées la filière élevage de leur pays, largement exportatrice. Le problème est venu finalement que ce premier temps est devenu un temps long et que la confiance dans les échanges européens en a été fortement affectée.

Quels sont les effets de ces "scandales" sur le secteur ? 

Si la sécurité alimentaire s’améliore progressivement, c’est qu’en général on a su tirer des leçons de chacun des scandales alimentaires précédents. Jamais assez vite, jamais assez complètement, mais, quand même, on a beaucoup gagné en hygiène et sécurité, en traçabilité, en respect de la chaîne du froid, etc. Les contrôles sont de plus en plus précis et de plus en plus fréquents.

Et à chaque fois, les entreprises comprennent qu’elles jouent gros en prenant des libertés avec la sécurité alimentaire et que les petites économies qu’elles arrivent ainsi à faire au jour le jour peuvent être sanctionnées par des pertes énormes le jour où un scandale les affecte. En la matière, la peur du gendarme, lui-même galvanisé par une opinion publique chauffée à blanc, est quand même bonne conseillère.

 
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  • Par Citoyen-libre - 13/01/2018 - 13:49 - Signaler un abus Un faux problème

    Les médias, par facilité sont factuels. Il y a de la salmonelle, alors on parle de la salmonelle. La vraie problématique que personne n'aborde, c'est ce qui a poussé ce grand groupe, comme la grande distribution à distribuer et commercialiser des produits interdits. Le problème est là. Ces grands groupes européens et mondiaux détiennent en fait le vrai pouvoir économique du monde. Ils font la loi et les lois. Ils sont tous, à un moment donné dans l'illégalité. Ils appliquent ce qu'ils appellent la politique du risque calculé. 90 % passent, on gère les 10 % de réclamations. Rien ne leur fait peur et rien ne les arrête. Les banques débitent votre compte de ce qu'elles veulent. Les assurances remboursent ce qu'elles veulent, la grande distribution, l'agro-alimentaire achètent au prix qu'ils décident, les loueurs de voitures débitent ce qu'ils veulent, etc. C'est ça la véritable mondialisation. Le consommateur, et de fait les peuples n'existent plus face à ces montres mondiaux. Ils n'ont plus ou presque aucun recours. Google, Facebook, Apple, espionnent votre vie privé, peu importe, les peuples deviennent impuissants, tout leur échappe. Le numérique gagne sur les consciences.

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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