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Sécurité alimentaire : pourquoi le scandale Lactalis ne doit pas nous faire oublier que les dangers pour les consommateurs français n’ont jamais été aussi faibles

Lactalis, un géant de l'industrie agroalimentaire, est en pleine tempête après avoir commercialisé du lait infantile contaminé par la salmonelle. Pourtant, malgré ce scandale et l'emballement médiatique, la nourriture n’a jamais été aussi sûre en France.

Garder la tête froide

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Sécurité alimentaire : pourquoi le scandale Lactalis ne doit pas nous faire oublier que les dangers pour les consommateurs français n’ont jamais été aussi faibles

Atlantico : Derrière le scandale Lactalis qui touche également la grande distribution, quel bilan peut-on dresser de la sécurité alimentaire en France ? Quel est le niveau de sécurité auquel est confronté un consommateur actuel pour son alimentation ? 

Bruno Parmentier : Contrairement à l’impression dominante et à l’emballement médiatique, osons garder la tête froide et redire que la nourriture n’a jamais été aussi sûre en France !

Cette réalité, qui est patente à l’international (d’où la réputation magnifique dont jouissent nos produits alimentaires) reste difficile à comprendre en France, où la culture de la contestation et la désaffection envers les institutions est à son maximum.

Il faut bien comprendre que la fréquence des « crises sanitaires » n’est aucunement une mesure fiable de la malhonnêteté ou de l’incompétence des acteurs de l’alimentation, mais plutôt une mesure de l’efficacité du système de contrôle et de la mobilisation croissante de l’opinion publiquesur ces questions, et donc des médias et des politiques.

Nous parlons de très gros volumes d’un très grand nombre de produits consommés par des centaines de millions de personnes chaque année rien qu’en Europe ; il est évidemment très difficile d’assurer qu’il n’y aura jamais, absolument jamais de pépins. Fort heureusement, depuis quelques années, les incidents que nous avons enregistrés (lasagne au cheval, œufs au fipronil par exemple) n’ont pas provoqué de mort. Rappelons que, de ce point de vue, le dernier « vrai » scandale alimentaire en Europe reste celui des graines germées bio allemandes qui, elles, ont tué 48 personnes et blessé durablement plusieurs milliers en Allemagne en 2011. Si l’on remonte le temps, on estimait encore à environ 15 000 personnes par an les décès par intoxication alimentaire dans les années 50 en France ; cette époque est définitivement révolue et on ne peut que s’en réjouir.

S’agissant des nourrissons dont on parle aujourd’hui, on peut rappeler qu’il y a seulement un siècle 14 % des enfants français mourraient au cours de leur première année ;dans les années 50 ce chiffre était tombé à 5 % ; sans avoir de statistiques exactes, on peut estimer comme probable que beaucoup de ces enfants sont morts d’intoxication alimentaire. Aujourd’hui on en déplore encore 0,3 % (trois pour mille), ce qui reste beaucoup trop évidemment, mais innocente probablement l’alimentation… espérons qu’au final de cette crise aucun bébé ne mourra d’avoir ingéré ce lait Lactalis. Et rappelons cette évidence parfois combattue par certains mouvements féministes : il n’y a absolument aucun aliment qui soit aussi bon pour le bébé que le lait de sa mère !

La malhonnêteté n’a pas été inventée au XXIe siècle, ni le laxisme. En matière alimentaire, il y a toujours eu des gens pour essayer de vendre du pâté de cheval sous le nom d’alouette ; auparavant, il fallait prendre l’artisan indélicat la main dans le sac pour s’en apercevoir. Maintenant, les systèmes d’analyse, en particulier génétiques, on fait qu’à des milliers de kilomètres de Carcassonne on a pu s’apercevoir que des lasagnes réputées au bœuf étaient en fait des lasagnes de cheval. De même, la détection de traces infimes de Fipronil dans des œufs relevait d’une sorte de tour de force. Et dans le cas présent, quand on y réfléchit, faire rapidement le lien direct entre la diarrhée d’une quinzaine de nourrissons et les problèmes sanitaires dans une tour de séchage de lait en poudre d’une usine de Craon prouve que notre société est devenue assez performante.

 
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  • Par Citoyen-libre - 13/01/2018 - 13:49 - Signaler un abus Un faux problème

    Les médias, par facilité sont factuels. Il y a de la salmonelle, alors on parle de la salmonelle. La vraie problématique que personne n'aborde, c'est ce qui a poussé ce grand groupe, comme la grande distribution à distribuer et commercialiser des produits interdits. Le problème est là. Ces grands groupes européens et mondiaux détiennent en fait le vrai pouvoir économique du monde. Ils font la loi et les lois. Ils sont tous, à un moment donné dans l'illégalité. Ils appliquent ce qu'ils appellent la politique du risque calculé. 90 % passent, on gère les 10 % de réclamations. Rien ne leur fait peur et rien ne les arrête. Les banques débitent votre compte de ce qu'elles veulent. Les assurances remboursent ce qu'elles veulent, la grande distribution, l'agro-alimentaire achètent au prix qu'ils décident, les loueurs de voitures débitent ce qu'ils veulent, etc. C'est ça la véritable mondialisation. Le consommateur, et de fait les peuples n'existent plus face à ces montres mondiaux. Ils n'ont plus ou presque aucun recours. Google, Facebook, Apple, espionnent votre vie privé, peu importe, les peuples deviennent impuissants, tout leur échappe. Le numérique gagne sur les consciences.

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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