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Énergie, 5 ans après : la loi a ouvert la concurrence, EDF l'a étouffée...

Cinq ans après le vote de la loi ouvrant la concurrence dans le marché de l'énergie (1er juillet 2007), le marché est toujours dans une situation de quasi monopole, EDF ayant tout mis en œuvre pour défavoriser les opérateurs alternatifs.

EDF et les autres

Publié le

Atlantico : Le 1er juillet 2007, le marché de l’énergie ouvrait ses portes à la concurrence. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bilan n’est pas fameux : cinq ans après, moins de 5% de la clientèle d’EDF s’est tournée vers la concurrence, quand GDF-Suez a perdu 10% de ses clients particuliers. Comment expliquer cette situation ?

Pascal Perri : Le premier point est que, durant tous les débats qui ont précédé le vote de la loi NOME (Nouvelle Organisation des Marchés de l’Electricité), les signaux politiques et économiques envoyés aux marchés étaient contradictoires, et très hésitants.

L’incroyable tour de passe-passe de la communication d’EDF est d’avoir réussi à convaincre que cette nouvelle loi allait faire monter les prix ! L’ambition de cette loi était plutôt de créer une situation de concurrence destinée à faire baisser les prix. En outre, on a vraiment l’impression que la France est entrée à reculons dans ce nouveau marché de l’électricité.

Par ailleurs, il y a une très forte présence de l’ancien monopole sur le marché. Nous sommes face à une entreprise historique, qui a eu le temps de cultiver une relation économique presque sentimentale avec les consommateurs, et qui contrôlait la totalité du marché. Il faut du temps pour changer les choses, d’autant plus quand la transition se complique du fait de l’hésitation politique. EDF a utilisé tous les leviers pour conserver ses propres clients. Même si ce n’est plus le cas aujourd’hui, durant quelques années, un retour vers l’opérateur historique après qu’on l’avait quitté pour une offre alternative était assorti d’une pénalité. Avant d’être aboli, ce principe a tout de même laissé des traces dans l’opinion. Enfin, il y a toujours une « prime au sortant » : EDF a multiplié les efforts de communication et de publicité pour conserver ses parts de marché. Aujourd’hui, la situation économique est invivable pour les opérateurs alternatifs : c’est le seul marché dans lequel le prix de gros et supérieur au prix de détail. Comment voulez-vous qu’un nouvel opérateur débarque sur le marché avec un modèle économique rentable ?

En réalité, le coût de transport de l’énergie, ajouté au monopole qui existe toujours quant à la production de cette énergie, ne favorisent pas cette concurrence. L’opérateur historique d’électricité vend ainsi son mégawatt-heure à un prix que beaucoup considèrent comme largement au-dessus de ses coûts de production, ce qui a pour effet de rendre quasi impossible aux nouveaux entrants une opération bénéficiaire. Plus clairement, on leur interdit presque de faire des profits. La marge se joue sur la commercialisation, soit environ 2% de la facture…

La situation est-elle la même pour la fourniture d’énergie aux professionnels ?

La concurrence est un peu plus présente, mais là encore de manière très insuffisante, en ce que le rapport de force entre l’ancien monopole et les nouveaux acteurs est strictement le même.

On a vu se développer aujourd’hui des cabinets qui gèrent l’optimisation énergétique des entreprises, ce qui est bien mais demeure une sorte de pis-aller.

Est-ce la concurrence elle-même (dans ce secteur énergétique) que l’on doit remettre en cause ? L’ouverture à la concurrence était-elle vraiment une bonne idée ?

L’essentiel est surtout de créer les vraies conditions nécessaires à une concurrence. Par exemple il faudrait pouvoir autoriser les nouveaux opérateurs à investir sur les tranches nucléaires, revoir le prix de l’électricité de base nucléaire, en tenant compte du fait que l’ancien monopole a commis de très graves erreurs en termes d’investissements : tous les coûts de déconstruction et de prolongation des durées de vie des centrales n’ont pas été provisionnés.

La situation actuelle est donc telle que tout le monde paie une gestion hasardeuse et des errements d’investissements (les produits spéculatifs sur les marchés ou els investissements en Amérique du Sud par exemple…) qui font que le consommateur doit payer deux fois. C’est la raison pour laquelle EDF a fait augmenter les prix de l’électricité, afin de refinancer, en quelque sorte, ce qui aurait déjà dû être provisionné, à savoir ces coûts sur les centrales. Ces conditions rendent donc quasi impossible toute vraie concurrence.

 
Commentaires

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  • Par Guti - 03/07/2012 - 12:08 - Signaler un abus haha

    Encore une situation atypique, je ne comprends pas que les commentateurs acharné de ce site ne s'en offusque pas? Hé les gars c'est une attainte a votre chere systeme liberal, reveilllez vous.

  • Par Indigène Indigné - 03/07/2012 - 15:01 - Signaler un abus Et pendant ce temps là . . .

    Les salariés au statut de fonctionnaire continuent de ne payer que 10% de leur facture d'électricité. Et pendant ce temps là, la privatisation leur a permis de cumuler les avantages dus à la fonction publique (exonérations de charges) et ceux dus à la privatisation (participations et intéressement). Et pendant ce temps là, 2 anglais et un italien sur 3 payent leur facture d'élec aux filiales d'EDF (dévelloppées alors que l'entreprise était toujours une entreprise publique). Une pure honte que le pays dans lequel je vis ! Le pays du "non-dit" De la Germanopratinerie que tout ce système. A vomir comme à honir !

  • Par Charles25 - 03/07/2012 - 16:52 - Signaler un abus Le sage montre la lune,

    Le sage montre la lune, Indigène Indigné regarde le doigt.

  • Par Indigène Indigné - 03/07/2012 - 19:33 - Signaler un abus Tu parles,

    Tu parles Charles !

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Pascal Perri

Pascal Perri est économiste.

Spécialiste de la concurrence et des prix, il dirige PNC, un cabinet de conseil en stratégie low cost. Consultant économique pour RMC sport, il est aussi commentateur régulier du grand journal de l’économie sur BFM.

Il a publié notamment SNCF : un scandale français (Eyrolles, 2009) et plus récemment Ne tirez pas sur le foot - Contre les idées reçues (JC Lattès, 2011).

Il a récemment publié une étude de marché intitulé "Réussir sa stratégie low cost" avec Les Echos études et Eurostaf.

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