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Secret de l'instruction :
le bal des faux-culs

Magistrats, avocats, ministère de la Justice, journalistes... tout le monde viole allègrement le secret de l'instruction quand il y trouve son intérêt. Pourquoi en irait-il autrement pour l'affaire Karachi ?

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Oui j’avoue, j’ai déjà violé le secret de l’instruction. Plusieurs fois même. Mon Bâtonnier comprendra j’espère. Je l’ai violé au mépris de la loi sans nul doute, dans l’intérêt de mes clients toujours. Et je peux même affirmer que je connais des juges qui l’ont aussi violé ; des policiers qui l’ont fait ; des procureurs aussi. Et ces secrets ont été souvent publiés par des journalistes passibles de poursuites pour recel.

Est-on en train de découvrir l’eau tiède dans l’affaire Karachi en hurlant comme des loups ignorant une situation de fait aussi vieille que la justice ?

A-t-on oublié que lorsque l’on ouvre un journal, un magazine ou que l’on se rend sur un site d’actualités quel qu’il soit, une part non négligeable, pour ne pas dire parfois majoritaire, nous informe des affaires judiciaires en cours ? Nous sommes alors, nous aussi lecteurs, en quelque sorte des receleurs complaisant de viol de ces secrets.
L’époque aime savoir, la transparence est un veau d’or. Aussi absurde qu’une lionne qui imposerait à ses petits d’être végétariens, la loi impose encore le secret de l’instruction. Et la nature humaine s’en affranchit naturellement. Et cela durera aussi longtemps que la justice restera humaine et que ce ne seront pas des machines qui nous jugeront de manière automatique ,ce qu’à Dieu ne plaise.
Et le pire c’est que, oui, chacun aura toujours ses bonnes raisons : l’intérêt du client pour l’avocat ; la sortie d’une paralysie dans un dossier pour un juge ; le poids de la hiérarchie pour un procureur. Et plein d’autres encore qui vont du renvoi d’ascenseur à la médisance, du combat politique ou idéologique à la soif médiatique ou à l’importance qu’on veut se donner.
Et quand le secret de l’instruction - ou de l’enquête - n’est pas violé il n’y a qu’une seule alternative : soit il n’y a rien d’intéressant à révéler - parce que n’oublions pas que la presse, pour publier, veut du scoop , du nouveau, du croustillant, pas du réchauffé ou du déjà vu -, soit personne dans la longue chaîne judicaire n’a d’intérêt direct à faire de telles révélations. Et c’est sur ce second point que le bât blesse et que tout devient illusoire. Comment concevoir dans un processus judiciaire, qui est une catharsis et le lieu de purgation des passions humaines parfois les plus viles, que personne n’ait d’intérêt à « faire passer une info » dès lors que vous êtes en présence justement d’intérêts si diamétralement opposés : entre une victime ou un collectif de victimes qui se plaint - à tort ou à raison -, un procureur qui poursuit - ou pas - , des policiers qui enquêtent - sous l’autorité du précédent… -, un juge qui instruit - quand on veut bien l’y autoriser -, un mis en cause qui se défend - toujours - et des témoins qui se souviennent - plus ou moins bien...
Les affaires dites politiques n’échappent pas à la règle bien évidemment, elles sont même le révélateur de ces luttes contradictoires mais elles font courir  en plus, par leur nature même, le risque évident de l’emballement, de l’amalgame et de la vindicte.
Alors oui, dans ces affaires là, on viole aussi le secret de l’instruction à tous les niveaux : dans les rédactions, dans les dîners en ville, en aparté d’une audience, dans les couloirs des palais, des commissariats ou des entreprises du CAC 40, dans les antichambres des ministères et même sur les oreillers. 
Et s’en indigner est d’une rare hypocrisie dès lors que la loi crée, elle-même, les conditions de sa propre violation en prévoyant que la partie civile n’est pas soumise au secret de l’instruction et que les Parquets sont placés sous l’autorité du Ministre de la justice. Ajoutez à ce déséquilibre le secret salutaire des sources des journalistes permettant à tous de se croire à l’abri et vous aurez la recette parfaite de révélations parfois justes, parfois anarchiques, contradictoires et souvent instrumentalisées. C’est à qui aura la source « la plus proche de l’enquête » comme on dit. Et parfois cette information n’est pas immédiatement publiée mais circule complaisamment entre personnes dites « intéressées » ; et cela s’appelle plus que de la rumeur. Et cette proximité des différentes sources - plus ou moins fiables - est un fait. Incontournable. Je ne sais s’il faut le déplorer mais ce qui est certain c’est que ça ne changera pas de sitôt et que les récents cris d’orfraies ont les accents du discours partisan, naïf et peut-être malhonnête.

 

 
Commentaires

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  • Par Ann O'nymous - 24/09/2011 - 15:09 - Signaler un abus Amusant...

    ... que ce genre de texte sorte maintenant.

  • Par choubidou - 24/09/2011 - 15:38 - Signaler un abus Balancez sur cette affaire qui garantit depuis 15 ans..

    ... l'impunité au directeur de campagne de F Mitterrand passé avec 30 MF et sans fracas à travers le parquet de Paris et la dacg afin de préserver le rapprochement de 2 journaux qu'on lit tous les jours. Sanctions toujours pas tombées 7 ans après que le mécanisme ait été démonté en détail et à tous. (voir sm, usm, commission des lois de l'assemblée et du sénat)

  • Par Ogo - 24/09/2011 - 15:45 - Signaler un abus Comme il amusant dans cette

    Comme il amusant dans cette affaire , que ceux qui sont suspectés d'avoir violé ce fameux secret de l’instruction le nie haut et fort . Si ce secret n'en n'est pas un, si tout le monde se permet de le violer, au détriment des uns pour le bénéfice des autres , si on ne s'en sert que comme d'un pupazzo pour ne faire qu'illusion, supprimons le !

  • Par bauchat - 24/09/2011 - 16:30 - Signaler un abus Enfin !!

    Enfin un article réaliste sur le sujet. On sait tous que la violation du secret de l'instruction ou de la présomption d'innocence perdurera aussi longtemps que le monde existe. Ce n'est donc pas la peine que les journalistes ou les hommes politiques jouent les vierges effarouchées alors qu'ils en sont les premiers bénéficiaires !!!

  • Par Manuman33 - 24/09/2011 - 16:31 - Signaler un abus Malhonnêteté

    Encore une preuve que ce système judiciaire est à bout de souffle, que les médias sont un pouvoir souvent néfaste et que le Français est en moyenne aussi une personne malhonnête. C'est le déclin d'une société sans morale et sans valeur, rien d'étonnant, tout s'enchaîne.

  • Par Gilles - 24/09/2011 - 17:22 - Signaler un abus Regroupement

    Toute la justice ou du moins les dossiers qui comptent sont automatiquement regroupés en seul endroit : le Palais de Justice de Paris voire éventuellement Nanterre. Le tout à quelques encablures de la Chancellerie. Les acteurs (magistrats) y sont triés sur le volet et récompensés comme il se doit. La personne ayant été chargée du divorce du Monarque a reçu la LH. Normalement c'est l'ONM.

  • Par Lepongiste - 24/09/2011 - 17:40 - Signaler un abus Excellent article..

    Tout est dit il n'y a rien à rajouter...

  • Par Lepongiste - 24/09/2011 - 17:47 - Signaler un abus ''Et s’en indigner est d’une rare hypocrisie

    ''Ajoutez à ce déséquilibre le secret salutaire des sources des journalistes permettant à tous de se croire à l’abri et vous aurez la recette parfaite de révélations parfois justes parfois anarchiques contradictoires et souvent instrumentalisées..." C’est à qui aura la source « la plus proche de l’enquête » cqfd

  • Par Cepatoufau - 24/09/2011 - 18:52 - Signaler un abus Le plus faux-cul n'est pas celui que l'on croit

    Contrairement à un commentaire précédent : tout n'est pas dit. La France est notamment gouvernée par des lois et voir tout le monde les bafouer et justifier ce fait me choque. Maitre Morain nous dit : "J'ai trahit le secret de l'instruction" (Aveu touchant), et se cache derrière le fait que c'est monnaie courante. C'est un comportement d'ado post-pubère !! Malheureusement partagé par beaucoup !

  • Par Carcajou - 24/09/2011 - 19:08 - Signaler un abus Secret selon le cas

    Le secret de l'instruction lorsqu'il s'agit d'une affaire de droit commun doit être strictement respecté dans l'intérêt de la justice, des victimes et des inculpés. Dans une affaire politique, ce secret est moins primordial. La divulgation d'informations auprès du grand public obligent à tenir compte des dites informations. La réelle séparation des pouvoirs éviterait ce genre de polémique

  • Par DEL - 24/09/2011 - 19:20 - Signaler un abus Autrement dit,

    Il y a ceux qui violent la loi impunément, parce qu'ils sont "dans le système, et ceux qui sont condamnés pour viol de la loi parce qu'ils n'ont pas le bras long... Vive l'égalité, la fraternité et la liberté, vive la république!

  • Par slavkov - 24/09/2011 - 21:37 - Signaler un abus ras-le-bol

    ... quand un "journaliste" est sous écoute - souvent pour de choses graves, cela provoque un scandale, mais quand un ancien ministre l'est apparement c’est normal - le jour quand on verra dans les rédactions de ces torchons gauchistes les vraies journalistes on en reparlera, mais on peut toujours rêver ...

  • Par Humaniste - 24/09/2011 - 23:36 - Signaler un abus hypocrisie + malhonnêteté = cynisme, le culte de la mauvaise foi

    La caractéristique de la mauvaise foi c'est de considérer le cynisme comme une vertu et la vérité comme un indice délictueux. Comment se fait-il qu'elle trouve tant de complaisance? Parce qu'elle conforte quelque attitude inavouable dont elle et un symptôme. Le dénonciateur cynique a souvent quelque chose à cacher et se fait facilement juge ou procureur.

  • Par Vincennes - 25/09/2011 - 01:37 - Signaler un abus @choubichou 15h38 - très bon commentaire

    Justice, comme TV publiques inféodées à la gauche qui combattent férocement celui qui ose s'attaquer à leurs privilèges

  • Par Ann O'nymous - 25/09/2011 - 07:00 - Signaler un abus @ slavkov

    Ce n'était pas B. Hortefeux qui était sur écoutes.

  • Par Septentrionale - 25/09/2011 - 10:56 - Signaler un abus une porte s'ouvre

    enfin une analyse saine que seul le site atypique Atlantico dans un monde médiatico-judiciaire sectaire pouvait publier

  • Par Septentrionale - 25/09/2011 - 11:32 - Signaler un abus une auto-réduction pour une illusion de pouvoir

    le monde médiatico-judiciaire en est réduit à chercher le tison qui pourra faire croustiller l'info pour gaver l'esprit sectaire et sans discernement merci Atlantico de ne pas censurer les commentaires permettant une observation approfondie des réactions pleines de bon sens intelligentes et très instructives jusqu'aux réflexions épidermiques et vulgaires tout aussi instructives en comparaison

  • Par ZOEDUBATO - 25/09/2011 - 11:38 - Signaler un abus Le bal des faux cul : La gauche est condamnable - 1ère partie

    KARACHI : finalisé en 1993 sous Mitterand et un gvt socialiste - Le Président, le 1er Ministre et le Ministre des armées étaient forcément au courant et :s'il y a commissions et rétro-commissions ce sont eux qui les ont prévus : ils doivent , donc, être poursuivis BETTENCOURT/WOERTH : M.Mitterand a accordé un dégrèvement fiscal avec, peut-être en contrepartie, un financement possible du PS

  • Par GBCKT - 25/09/2011 - 11:50 - Signaler un abus Maître faux culs ou pas la loi doit ^etre respectée.

    A votre connaissance. Cette violation est-elle couramment dénoncée? Y a t-il des poursuites? Y a t-il des sanctions?

  • Par DaftJunk - 25/09/2011 - 14:05 - Signaler un abus Hypocrisie

    Pour moi l'hypocrisie c'est des hommes dit "de loi" qui se cachent derrière ces dérives pour légitimer des actes incacceptables. Ce n'est pas parce que les violations de secret d'instruction sont commises régulièrement et que les journalise et autres en sont complices ou receleurs, qu'on va essayer de banaliser cela !!! On pourrait raisonner de la même manière pour les vols, la pédophilie, etc...

  • Par otello - 25/09/2011 - 14:58 - Signaler un abus excellent

    excellent article,enfin un avocat qui juge..ses confrères..c'ets rare.....

  • Par otello - 25/09/2011 - 14:58 - Signaler un abus excellent

    excellent article,enfin un avocat qui juge..ses confrères..c'ets rare.....

  • Par Bongo - 25/09/2011 - 15:00 - Signaler un abus @DafJunk et @Cepatoufau :

    @DafJunk et @Cepatoufau : vous devriez mieux lire, l'auteur ne dit pas qu'il a violé le secret de l'instruction parce que tout le monde le fait mais qu'il l'a fait pour une seule raison : l'intérêt de ses clients (qui est de sa appréciation et responsabilité)Le reste n'est qu'un constat, pas une justification.

  • Par Skagerrak - 25/09/2011 - 18:27 - Signaler un abus Refile-moi un tuyau

    Depuis que toutes ces fuites ont lieu ( et depuis longtemps !) , une question me taraude : combien ça rapporte aux fonctionnaires de police ou de justice qui vendent leurs tuyaux à la presse ? Recoivent-ils des mallettes de billets ?

  • Par piano - 26/09/2011 - 17:42 - Signaler un abus La violation du secret de l'instruction c'est comme...

    ... la corruption, ça a toujours existé. On remarque que ce sont les mêmes qui s'en accommodent... et qui compensent leur laxisme par l'intolérance à l'égard des petits délits commis par de petites gens.

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Eric Morain

Eric Morain est avocat au barreau de Paris.

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