Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 12 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les scientifiques finlandais qui sont parvenus à produire de la nourriture high tech à coups d’électricité viennent-ils de trouver une solution pour en finir avec la faim dans le monde ?

Publié dans la revue Nature, une étude finlandaise affirme être parvenu à créer un aliment protéiné à partir d'une electrolyse. Ce qui soulève autant d'enthousiasme que de questions.

Viande2.0

Publié le
Les scientifiques finlandais qui sont parvenus à produire de la nourriture high tech à coups d’électricité viennent-ils de trouver une solution pour en finir avec la faim dans le monde ?

Atlantico : Un laboratoire finlandais vient de mettre au point une technique pour "créer" par électrolyse un aliment composé à 50 % de protéine, sans avoir recours à l'utilisation d'aliments classique dans la conception. Leur objectif est de trouver un substitut à l’agriculture traditionnelle, afin de répondre au fort déficit de nourriture que pourrait entraîner l'augmentation de la population mondiale. Pensez-vous qu'il s'agit d'une découverte prometteuse ou plutôt inquiétante ?

Bruno Parmentier : C’est peu de dire que la percée des technologies numériques a transformé durablement notre vie… avec du sable transformé en puces de silicium ! Mais nous n’avons encore rien vu : le « siècle des biotechnologies » risque d’être encore plus ébouriffant, d’autant plus que nous allons assister à la convergence de ces deux mondes. Les annonces de ce type vont donc se multiplier dans les prochaines années. Nous n'avons encore rien vu avec la fécondation in vitro, le clonage de quelques animaux, les premiers OGM la nourriture en poudre ou en pilules, ou encore le hamburger 100 % artificiel, garanti sans animal1 ; le plus ébouriffant reste à venir !

On peut saluer et se réjouir des découvertes des sciences « dures », et en particulier biologiques, mais on peut aussi voir que ces avancées, qui concernent la vie, concernent également le plus profond de notre culture humaine et interrogent en tout premier lieu les sciences « molles », à commencer par la philosophie : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce qu’un sexe, une génération, une espèce, etc. ? A-t-on le droit de croiser les espèces, ou de cloner des animaux, et a fortiori des humains ? Doit-on mettre des barrières ou des passerelles entre les différentes catégories du vivant ? Ces questions seront de plus en plus nombreuses, et ce n’est pas parce qu’il se trouvera toujours un irresponsable pour tout essayer, et des intérêts économiques pour les commercialiser qu’il faut mettre en péril les fondements de notre humanité. 

A chaque fois les chercheurs (ou leurs collègues du marketing) abusent de l’argument de la faim dans le monde pour justifier et surtout faire financer la poursuite de leurs efforts.

Mais on peut tout aussi bien observer que l’agriculture est parfaitement capable de nourrir 10 milliards d’humaine sans changer à ce point-là de paradigme, et malgré le réchauffement de la planète. Sur plus de la moitié des terres agricoles mondiales les rendements restent très faibles et les marges de progrès restent considérables, en particulier en Afrique et en Amérique latine. On n’est absolument pas obligé de gâcher le tiers de la nourriture produite dans le monde (soit environ 240 kilos par français et par an !)2, ni de consommer autant de viandes et de laitages dans les pays développés. Les promesses de l’agroécologie sont réelles, etc. Mais cela nécessite une remise en cause très profonde de toute notre organisation agricole et alimentaire mondiale ! C’est toujours plus simple d’agiter la promesse d’une découverte scientifique qui puisse remettre tous les compteurs à zéro en évitant ces transformations.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ex abrupto - 01/08/2017 - 10:48 - Signaler un abus Est-ce...

    ...que c'est bon (au gout!!!). Et ne pourrait-on s'attaquer au "problème racine" (root cause): le pullulement humain, ce qui permettrait du même coup (oserai-je dire "en même temps") d'aider à régler la surconsomation de matières premières non renouvelable et de la production de déchets.....

  • Par vangog - 01/08/2017 - 12:34 - Signaler un abus "A coups d'électricité"?????

    Il va falloir relancer la recherche nucléaire, alors, pour résoudre la faim dans le monde? C'est M. Hulot et les ayatollahs de l'écologisme rétrograde qui vont pas être contents...

  • Par Beredan - 01/08/2017 - 20:08 - Signaler un abus Du pipeau !

    Le coût en énergie est exorbitant ....

  • Par moneo - 02/08/2017 - 09:12 - Signaler un abus la question éludée...

    combien ça coûte..... est ce rentable par rapport au produit à remplacer? s'il faut subventionner encore un "machin" vert ??????? pour empêcher la production industrielle actuelle là est la QUESTION je sais bien que nous vivons dans monde de manipulations mentales les plus élevé de toute l'humanité mais j'ai parfois l'impression que l'on oublie l'essentiel .Soit l'invention produira quelque chose de non toxique à prix plus bas et dans ce cas il vaudra mieux ne pas être éleveur soit ce n'est pas le cas et dans ce cas l'endettement des Etats ne permettra pas la mondialisation du produit ,d'autant que si les Français rejettent les OGM avec un mine dégoutée ( sans que jamais la nocivité en fut démontrée) les OGM qui sont aussi le futur mondial de la santé des peuples en difficultés sont en perpétuelles expansions ( tant pis pour nous , pour notre recherche nos paysans et nos emplois)

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€