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Sciences Po, grandes écoles : mais pourquoi y a-t-il toujours moins d'étudiants issus des catégories sociales défavorisées ?

Sciences Po est attaqué par la Cour des comptes sur l'inefficacité de sa politique d'ouverture sociale. La proportion d'étudiants issus de parents cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure est aujourd'hui de 63,3%.

Grandes Ecoles buissonières

Publié le

Atlantico : Malgré les accusations de la Cour des comptes, Sciences Po défend l'efficacité de sa politique d'ouverture sociale. Où en est-on aujourd'hui de l'égalité des chances face au recrutement sur concours des formations les plus prestigieuses ? 

Vincent Tiberj : Sciences Po et les « Grandes Ecoles » en général sont souvent accusés de la grande présence d’étudiants issus des CSP+ (Classes sociaux professionnelles favorisées).

Il s’agit d’un phénomène très simple à expliquer sur le plan social : dans le recensement de 1968, il y avait à peu près 8% des Français qui avait un bac ou plus alors qu’en 2006 le chiffre des Français ayant obtenu un bac général (permettant donc de passer ce genre de concours) est d’environ 37%. C’est un mécanisme simple de goulot, l’augmentation du nombre de candidats rend le concours plus difficile et plus élitiste. Ce problème est d’autant plus renforcé que les effectifs de certaines écoles n’augmentent pas ou peu notamment l’Ecole Normale Supérieure qui n’a pas changé en un siècle. Alors qu’il est évident que le développement de la société augmente le besoin de gens diplômés. Ce sont donc souvent les écoles qui se multiplient plutôt que les promotions.

Ce qu’il est important de constater c’est que dans ce genre de concours et notamment dans celui de Sciences Po, les concours ne se jouent pas à grand-chose. Les différences de notes entrent un enfant issu de la classe ouvrière et un d’une CSP+ sont minimes, rarement plus d’un point en moyenne sur l’ensemble du concours. Et ce petit quelque chose, ce petit supplément d’âme, est souvent donné par le milieu social, la culture générale ambiante dans laquelle a baigné le candidat, pas sur les capacités intellectuelles. Seulement, un meilleur français, quelque chose de plus upper class dans le style. C’est bien là que se trouve le problème d’inégalité face à ce genre de concours.

Le problème ne vient-il pas de la forme des concours ? Les écoles de commerce ou d’ingénierie qui recrutent sur des matières plus pragmatiques ne sont-elles pas mieux à l’abri face aux inégalités ?

Non parce qu’en réalité pour ce genre d’écoles, la sélection se fait plus tôt, au niveau des classes préparatoires et de la possibilité d’accès à celles-ci. Il est évident qu’entrer en prépa à Louis le Grand et dans un lycée de banlieue n’offre pas les mêmes chances de réussite dans les concours. Dans le cas de Sciences Po, l’essentiel de la discrimination est en fonction du ratio entre le nombre de candidats et le nombre d’admis puisqu’on constate que plus il y a de candidats et moins il y a d’admis issus des CSP-. Cependant, il existe des méthodes pour limiter cela, on a constaté que lorsqu’on avait limité l’accès au concours aux gens ayant eu au moins 12 en français au bac, on réduisait l’inégalité des classes sociales. Parmi les gens ayant dépassé cette note, il y a un plus grand prorata de gens « défavorisés » qui sont admis à Sciences Po de 15%.

Quand j’ai commencé à travailler sur ces études, j’étais le premier à penser que le fait de modifier la forme du concours permettrait de réduire le phénomène de discrimination mais en fait c’est une erreur. On constate par exemple que l’épreuve sur dossier est la moins discriminante de toutes, mais aussi que si on fait évaluer un élève par un professeur de français, l’apparition d’une « note de classe » est beaucoup plus forte que lorsque l’évaluation est menée par un prof de philosophie qui se focalisera plus sur la réflexion et la construction d’un raisonnement que sur la maitrise du subjonctif imparfait. On a également constaté que l’introduction d’un oral d’admissibilité avait fait légèrement disparaître les « notes de classe » à condition de faire évaluer les étudiants par un jury formé à déceler les personnalités intéressantes plutôt que les esprits bien disposés par la seule influence de leur milieu social d’origine. En fait, c’est le principe même de la sélection sur concours qui est problématique car il est impossible de l’ouvrir. Et cela continue à se vérifier.

 
Commentaires

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  • Par stephane18 - 11/10/2012 - 07:48 - Signaler un abus PAS LA PEINE D'EN FAIRE DU FOIN

    Une excellente émission scientifique a prouvé récemment à la télévision que l'intelligence était héréditaire...si on ajoute les écrats d'éducation, je trouve que le pourcentage obtenu de défavorisé est un résultat déjà excellent, presque inattendu. combien y a t'il de fils de défavorisés à la cour des comptes? pas assez? carton jaune.

  • Par stephane18 - 11/10/2012 - 07:49 - Signaler un abus lire les écarts d'éducation...

    sorry

  • Par stephane18 - 11/10/2012 - 07:50 - Signaler un abus lire défavorisés

    les aléas du direct...

  • Par stephane18 - 11/10/2012 - 07:53 - Signaler un abus pour réduire l'inégalité...

    ...des classes sociales, il n'y a qu'à abaisser la plus haute, faute de pouvoir élever la plus basse. cette méthode bolchévique a fait ses preuves....

  • Par Guzet31 - 11/10/2012 - 08:14 - Signaler un abus Et la géographie?

    On aimerait en savoir plus long sur les discriminatiions géographiques et sur le parisianisme de Sciences Po...

  • Par carredas - 11/10/2012 - 08:24 - Signaler un abus Orthographe, vous avez dit orthographe...

    " Comment lutter contre ces inégalités à l’entrer qui sont l’apanage des grandes écoles ?" A l'ENTRER...??

  • Par carredas - 11/10/2012 - 08:35 - Signaler un abus Bravo au chargé de recherche à Sciences Po...!

    " Très franchement, je crois que l’argent qui est dépensé pour les CPGE, les classes préparatoires aux grandes écoles ferait mieux d’être investi dans les universités. Cela leur redonnerait des moyens et permettrait de récréer une forme de mixité sociale. " Il faut lire " l'argent dépensé pour les CPGE SERAIT mieux investi dans les universités" je suppose... Voilà une excellente idée en effet... Supprimons les très bons, ceux qui sont capable de bosser comme des taupes pendant deux ans pour préparer les concours d'entrée dans les grandes écoles, supprimons aussi les grandes écoles, inutile de stigmatiser ceux qui ne peuvent y entrer... A quoi bon l'excellence, à quoi bon Polytechnique, les prix Nobel, rien ne vaut une bonne médiocrité générale au milieu d'une enrichissante mixité sociale et culturelle. Inutile de chercher l'excellence source de discrimination quand on peut niveler par le bas !

  • Par Ex abrupto - 11/10/2012 - 10:48 - Signaler un abus On critique le coût des

    On critique le coût des CPGE...et leur gratuité. C'est justement la formation qui nous donne les meilleurs dont nous manquons cruellement. Bien sur, je ne range pas dans les grandes écoles les écoles de commerce (rebaptisées management school, ce qui fait plus riche), sciences po, ENA, peuplées de bavard mondains superficiels qui ont tué nos entreprises et notre économie (Hollande HEC+ENA parait-il!). Retour en vitesse aux ingénieurs pour retrouver qqchose qui nous rapproche des 30 glorieuses!

  • Par totor101 - 11/10/2012 - 11:24 - Signaler un abus 2 raisons

    1) le fric ! même avec une bourse, payer un logement, se nourrir, acheter des bouquins et un ordinateur n'est pas forcément à la portée de toutes les familles surtout s'il y a plusieurs enfants. 2) l'image! dans les écoles primaires et jusqu'au lycée les gosses de familles avec peu de revenus sont et ont toujours été mal considérés. Leur notes sont-elles véritablement le reflet de leur travail ?

  • Par Aristote - 11/10/2012 - 11:30 - Signaler un abus Quelques autres hypothèses

    l'ancienne école permettait aux éléments brillants des CSP- d'être repérés par leurs maîtres et poussés par ceux-ci. L'école d'aujourd'hui, condisciples et maîtres, fait tout pour les forcer à rentrer dans le rang. La TV abrutit. La présence d'une TV dans une chambre d'enfant est plus fréquente dans les CSP- que dans les CSP+ !

  • Par Titan75 - 11/10/2012 - 11:35 - Signaler un abus Encore un chercheur à la noix

    Qui cherche à détruire ce qui marche par idéologie et culte de l'égalitarisme et de la médiocrité.

  • Par chtimi9 - 11/10/2012 - 11:47 - Signaler un abus Ce M Vincent Tiberj est très

    Ce M Vincent Tiberj est très restrictif dans sa compréhension des Grandes Écoles. Comme j'en suis issu, je peux parler des Grandes Écoles ingénierie. Il y a bien sûr les quelques grandes écoles qui recrutent après les prépas, mais il oublie les 2 ou 300 grandes écoles qui recrutent soit sur concours qui leur sont propres, soit sur dossier et entretien. Alors je pense que ses conclusions ne sont pas crédibles. Étant issu lui même de Sciences Po, il défend sa paroisse.

  • Par carredas - 11/10/2012 - 11:48 - Signaler un abus @totor101

    Je ne comprends pas bien vos arguments. Pour envisager d'intégrer une grande école, il faut déjà en connaître l'existence, il faut donc avoir un environnement familial qui s'intéresse au sujet même si les parents eux mêmes n'ont pas toujours fait de longues études. Ensuite, il faut que le jeune possède des aptitudes, des facilités pour l'apprentissage, ce n'est pas le cas de tous y compris dans les milieux aisés, ces aptitudes sont relevées par les enseignants qui conseillent alors le jeune et lui suggèrent de déposer un dossier. Enfin il faut que le jeune accepte un rythme de travail intensif de longue durée. Il sera donc rare que tous les enfants d'une famille à revenus modestes soient concernés, mais pour ceux qui le sont, outre les bourses, certains établissements offrent l'internat en prépa. Le fric n'est donc pas un critère suffisant ni pour réussir ni pour échouer. Pour ce qui est de l'image, je ne vois pas... s'il y a une chose qui ne peut pas être reproché à l'Education Nationale c'est bien de discriminer les élèves selon les revenus des parents...!!

  • Par golvan - 11/10/2012 - 12:49 - Signaler un abus Appeler "sciences po" une

    Appeler "sciences po" une grande école est déjà de la rigolade. La meilleure solution ne me semble pas d'autoriser des passe-droits pour favoriser telle classe sociale, mais plutôt de fermer cette école totalement inutile, reproductrice du conformisme le plus stupide et antichambre de l'ena qu'il faudrait fermer aussi.

  • Par saturnin-julius - 11/10/2012 - 16:35 - Signaler un abus glaçant !

    1) Sciences po n'est absolument pas une grande école, encore moins comparable à une prépa. C'est une école de "relations publiques" comme il y avait des écoles de secrétariat. Sa prétention vient d'un privilège juridique qui lui permet d'inonder les collectivités publiques de ses élèves en leur donnant de bons salaires et des titres ronflants, alors qu'en fait ils ne bons à RIEN. Personne d'informé n'est dupe de cela et la meilleure chose à faire serait en effet de la supprimer. A la rigueur, on peut considérer que cela donne des diplomates acceptables, mais certainement pas des journalistes (pas d'éthique, pas de capacités d'enquêtes), encore moins des juristes, des économistes (je rigole) ou des managers (pourquoi pas des cardinaux ou des miss monde ?).

  • Par saturnin-julius - 11/10/2012 - 16:36 - Signaler un abus Très glaçant !

    2) Le raisonnement de l'auteur nous rappelle à juste titre l'inanité de la formation qu'il a reçue (à l'IEP j'imagine) : Il semble considérer l'enseignement comme une chaine de montage industrielle capable de délivrer un produit standard à partir de n'importe quoi. Il est persuadé qu'en prenant des gens au hasard, on est capable au bout d'une durée appropriée d'en faire des diplômés capables, pour peu qu'on met suffisamment d'argent. C'est absolument faux et fait plutôt croire qu'il n'a lui même jamais été formé. Il ignore que le don et le mérite existent, qu'ils sont inéquitablement répartis, et PAS selon la capital social des parents (sinon M Arnaud Lagardère n'aurait pas été obligé de faire Dauphine et M Jean Sarkozy n'en serait pas au bout de 5 ans sans aucune équivalence de 2ème année). Imaginez simplement qu'on applique ses idées aux centres de formation en football ou aux conservatoires de musique... débile, n'est-ce pas ? En outre son égalitarisme serait ruineux économiquement et anti-humaniste au possible.

  • Par walküre - 11/10/2012 - 18:46 - Signaler un abus Pourquoi ?

    Parce qu'il faut bosser pour réussir. Et ce, dès l'école primaire. Aujourd'hui tout est gratuit pour ces gens, et ils peuvent et devraient réussir leur vie professionnelle. S'ils n'y parciennent pas, c'est de leur faute et uniquement de leur faute. La société a bon dos et en a ras le bol des irresponsables, incapables et innocents de tous poils. Prenez-vous en charge. Et arrêtez de tendre la sébille ou de gémir en direction de l'Etat. Soyez responsables.

  • Par DEL - 12/10/2012 - 00:19 - Signaler un abus Les sous!

    Tout simplement aussi par ce qu'il faut beaucoup d'argent pour tenir dans ces écoles, même aux bosseurs, et ils ne sont pas toujours riches...

  • Par Mani - 12/10/2012 - 10:50 - Signaler un abus Le problème n'est pas là.

    En ce qui concerne le faible accès des "catégories sociales défavorisées" à l'enseignement supérieur au plus haut niveau, accuser les grandes écoles (ou sciences po, que je ne mets personnellement pas dans cette catégorie, mais bon) relève de la démagogie. Ce n'est certainement pas leur faute si le système scolaire ne parvient pas à gommer ces différences-là ! . Modifier les concours pour changer cet état de fait est la plus mauvaise des idées, ça conduit à une dévaluation qui ne profite à personne.

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Vincent Tiberj

Vincent Tiberj est chargé de recherche à Sciences Po. Diplômé et docteur en science politique de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, il est spécialisé dans les comportements électoraux et politiques en France, en Europe et aux Etats-Unis et la psychologie politique,

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