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La science va-t-elle bientôt nous donner des pouvoirs de super-héros (et le souhaitons-nous vraiment) ?

Exosquelettes, intelligence artificielle, interfaces homme-machine... La forte progression des investissements visant à "augmenter l'homme"' permet de concevoir des possibilités jusqu'ici reléguées à la science-fiction.

Iron Mad

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La science va-t-elle bientôt nous donner des pouvoirs de super-héros (et le souhaitons-nous vraiment) ?

Atlantico : selon le jeu de rôle "Marvel Super Heroes", il existe plusieurs catégories de pouvoirs attribués aux héros : les humains "altérés", comme Spiderman, ceux qui utilisent à leur profit les innovations technologiques à l'instar d'Iron Man ou encore de Batman, les mutants comme les personnages de X-Men, mais aussi les robots avec la Vision, apparaissant dans le numéro 58 des Avengers (1968). Pour chacune de ces catégories, les départements R&D et la recherche scientifiques ont-ils mis au point des solutions profitables aux humains ?

Vincent Pinte Deregnaucourt : Il y a pouvoir et super pouvoir ! Avant d’avoir une vie augmentée, il y a la vie "tout court" et la première augmentation notoire, au sens propre, c’est son espérance ! Au XVIIème siècle, près de 30% des nouveaux nés n’atteignaient pas l’âge d’un an et 50% n’atteignaient pas 20 ans. L’espérance de vie était par ailleurs de 25 ans. 350 ans plus tard, la mortalité infantile en France est un peu supérieure à 3/1000 et l’espérance de vie a été multipliée par plus de trois. Est-ce en soi un super pouvoir ? Pourtant, le nouveau-né a déjà une forme de super pouvoir : un mois avant sa naissance, il est prêt. Tout le neuvième mois ne lui sert qu’à faire des réserves afin de se préparer à des conditions difficiles à la sortie.

En ce début de XXIème siècle, alors que depuis plus de 50 ans, de nombreux héros sont dotés de super pouvoirs qui semblaient il y a encore peu, plus extravagant les uns que les autres, l’Homme se rapproche tout doucement d’eux à force de R&D, de gros budget, de tests et parfois de réussites. 

Les humains altérés sont rares et une classe à part. La science n’y est souvent pour rien. On pourra considérer qu’ils sont ceux dotés de pouvoirs anormaux mais acquis naturellement. On peut citer par exemple certaines formes d’autismes qui permettent à ceux qui en sont atteints de disposer d’une mémoire eidétique ou de fantastiques capacités de calculs. Il arrive également que lors de traumatismes, certaines personnes se réveillent avec des dons exceptionnels et cependant inexplicables : celui-ci jouant du piano merveilleusement bien alors que celui-là se mettra à parler telle langue, parfois morte depuis 2000 ans comme l’araméen. L’autre "moitié" des humains altérés repose généralement sur un entrainement intensif permettant de développer des sens ou une technique à la limite de la perfection (tir, réflexe, arts martiaux etc.). Dans cette demie classe, la science joue parfois un rôle, en posant par exemple des indicateurs de progression tout au long de l’entrainement. Récemment, il a même été découvert que l’on pouvait apprendre deux fois plus vite en répétant inlassablement un élément à apprendre ainsi qu’une toute petite variation de celui-ci.

Ceux de la classe d’Iron Man, hors la combinaison (encore que...) sont les plus nombreux. Aider l’Homme à dépasser ses propres capacités, en un sens, peut même nous faire remonter au temps des pharaons dont les connaissances médicales étaient "pharaoniques" : infections, réductions de fractures, amputations, sutures etc. Même l’opération de la cataracte était pratiquée du temps des Ptolémée, il y a près de 2200 ans ! Il s’agit bien d‘aider l’Homme grâce à la technique. Plus récemment, des progrès ont été fait dans de très nombreux domaines : prothèses auditives, ophtalmologie, greffes, cœur totalement artificiel ou membres directement raccordés au nerf et au muscle etc. Mais toujours au service d’une réparation. 

Depuis peu, au-delà de ces capacités régénératrices, qui se suffisent à elle-même où qui visent à réparer plus efficacement, mieux ou plus rapidement, ce sont des capacités augmentées qui arrivent sur le devant de la scène. C’est un vaste champ de recherche qui veut simplement magnifier l’Homme en augmentant ses capacités : ici des lentilles qui feront jumelles, là, une technologie qui ira modifier tel ou tel brin d’ADN, ici la recherche d’interface homme –machine directement "plugguée" dans le cerveau. 

Dans les solutions "aidantes", on retrouvera des aides "déportées" ou externe au corps comme les Google Glass qui visent à apporter une information pertinente, temps réel, directement à l’œil (avant, demain, de l’apporter directement sur l’œil puis dans le cerveau, probablement après-demain) ou encore les Intelligences Artificielles en support comme Siri, Cortana ou Google Now, à l’image même de Jarvis, l’intelligence artificielle d’Iron Man, que Facebook veut aussi copier en développant "M".

Les aides "internalisées" comme les puces RFID que l’on peut s’injecter sous le bras et qui peuvent servir à toute forme d’authentification forte (démarrage d’une machine, ouverture de porte, paiement) se développent moins pour deux raisons principales : la pseudo irréversibilité du processus d’une part, et les lois bioéthiques qui ne permettent pas à ce jour à n’importe quelle entreprise de faire ce qu’elles veulent avec le corps d’autrui, quand bien même ce dernier serait d’accord. 

Ces différentes formes d’augmentation de la capacité humaine s’appellent le transhumanisme, dont une bonne définition indique qu’il s’agit de "la promotion de l'amélioration de la condition humaine à travers des techniques d'amélioration de la vie, comme l'élimination du vieillissement et l'augmentation des capacités intellectuelles, physiques ou psychologiques". 

En robotique pure, si on ne considère pas les membres et organes artificiels ni les exosquelettes, ceux-ci se développent lentement car leur apprentissage doit aujourd’hui être supervisé. Un robot ne sait pas apprendre par lui-même : il faut lui donner des exemples, et il sait reproduire. Ainsi, on peut faire marcher un robot (et même le faire courir de façon très stable, comme chez Boston Dynamics, propriété de Google...), on sait faire conduire une voiture toute seule, mais les versions "intelligentes" comme iRobot, ce n’est pas pour demain : on ne sait toujours pas modéliser actuellement l’intuition, ou même la notion de ce que nous appelons nous, humains, le "sens commun".

 
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Vincent Pinte Deregnaucourt

Ingénieur en informatique de formation, il est aujourd’hui professeurs à l’Institut Poly Informatique de Paris et consultant avec l’agrément « expert scientifique » auprès de PME sur leur programme de recherche et développement.

En 2014 il a reçu la médaille d’Or au Grand Prix de l’Innovation Digitale dans la catégorie « Entreprise optimisée ».

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