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Plus Hyde que Jekyll

Publié le 26 janvier 2012

Virus H5N1 : la communauté scientifique dit stop aux savants fous

Des scientifiques qui travaillaient sur des souches virales du H5N1 transmissibles entre mammifères ont décidé de faire une pause de 60 jours dans leurs recherches, poussés par la communauté scientifique qui craignait que ces virus mutés ne s’échappent des laboratoires.

 

Atlantico : Des scientifiques qui travaillaient sur des souches virales du H5N1(lié à la grippe A) transmissibles entre mammifères ont stoppé net leurs recherches, sous les injonctions de la communauté scientifique. Une bonne décision ?

Axel Kahn : Autant que je sache, ce n’était pas leur intention à l’origine. Ils n’ont pas voulu créer un virus H5N1 qui se transmettait entre mammifères. Ce sont des mutations qui sont survenues, et étudiant le virus qui était issu de ces mutations, ils ont effectivement observé qu’il pouvait se transmettre entre furets, et donc entre mammifères.

 

Partagez-vous leur décision d’arrêter leurs recherches pour se concerter avec la communauté scientifique ?

Ils se sont comportés de manière correcte vis-à-vis de la communauté scientifique. Je faisais partie de ceux qui considèrent qu’ils devaient s’arrêter. Le jeu n’en valait pas la chandelle. Le risque pris ne justifiait sans doute pas les intérêts potentiels de cette recherche.

D’ailleurs, eux-mêmes, dès qu’ils ont observé ces propriétés potentiellement redoutables, en ont fait part à la communauté et ont demandé que l’on s’engage dans un débat pour savoir ce qu’il convenait de faire.

 

Quel était donc l’intérêt principal de continuer la recherche ?

Ce que nous craignons tous, c’est un virus H5N1 qui se mettrait à être très contagieux, comme le virus grippal habituel. Si jamais cette mutation survenait dans la nature (et elle peut très bien survenir, chez un porc par exemple ou une personne affectée par deux virus concomitamment – un H5N1 aviaire et un virus grippal normal) il faut se préparer à trouver un médicament pour stopper l’épidémie. Il vaut mieux l’avoir avant plutôt que de se mettre à mener des recherches après coup. En soi, cette recherche n’était pas tout à fait fantasmagorique et avait sa raison d’être.

En revanche, il s’agit d’un virus potentiellement très dangereux qu’il convient de manipuler dans des conditions de confinement biologique les plus sévères (des conditions de confinement biologique de niveau 4 que l’on utilise pour manipuler des virus type Ebola). Naturellement, tant que tel n’est pas le cas, il y a des risques d’un accident ou d’un échappement. Par conséquent, même si l’on essaye de minimiser les risques au possible, on ne peut jamais être à l’abri d’une rupture de confinement et d’une apparition de ce virus dans la population générale.

Dans ces laboratoires H4, en règle générale, on travaille sur des virus infectieux qui sont apparus spontanément et qui sont responsables d’épidémies souvent horriblement graves (le virus Ebola quand il frappe une population tue entre 50 et 70% de la population). Cela étant dit, on ne peut pas ne pas travailler sur ces virus. Mais est-il bien utile de se mettre à travailler sur des virus qui n’existent pas encore ? Cela pourrait inciter à se mettre à fabriquer tous les virus qui pourraient être potentiellement redoutables…

 
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