Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le sauvetage de Chypre : une nécessité mal expliquée

La taxe chypriote sur les dépôts sensée rapporter 6 milliards fait polémique sur sa nature, mais aussi parce qu'elle a été mal expliquée.

Inversons le problème

Publié le
Le sauvetage de Chypre : une nécessité mal expliquée

L’annonce des conditions du sauvetage de Chypre, au terme d’une longue nuit de négociations, a créé la stupéfaction, notamment par l’exigence d’un prélèvement sur l’ensemble des dépôts bancaires. Il s’agit, paraît-il, d’une mesure qui, à l’instar de la restructuration de la dette souveraine grecque, est de nature  "exceptionnelle". N’ayant aucun point de repère, d’aucuns y ont vu une transgression de l’accord intervenu à l’automne 2008 où chacun des pays membres de l’Union "garantissait " leurs dépôts bancaires à hauteur de 100 000 €  ; cette volte-face mettrait, donc, gravement en péril la crédibilité de l’Union européenne.

Or, il s’agit d’un cas de figure très différent : la garantie des dépôts prévoit de compenser l’incapacité d’une banque à honorer ses engagements vis-à-vis de ses déposants. S’il est vrai qu’à défaut du sauvetage envisagé, les banques chypriotes se seraient trouvées dans cette situation, le cas présent concerne, par contre, leur recapitalisation. Elle est financée par des prêts de la communauté internationale d’une part et par l’impôt de l’autre, permettant au système bancaire de continuer à fonctionner sans rupture.

Le prélèvement effectué sur les dépôts est donc un impôt dont la perception sera votée, dans l’urgence, au terme d’une procédure parlementaire qui en assure la légitimité.

Le manque de clarté dans la communication hâtive des autorités, laissant libre cours aux interprétations les plus diverses, a déjà induit une première réaction négative des marchés. Elle affecte surtout le secteur bancaire mais se propage à celui des dettes souveraines ce qui met en péril les timides progrès réalisés récemment visant à enrayer la fragmentation du marché de l’Euro.

La mobilisation de ressources fiscales dans le traitement de la crise chypriote est un signal fort et bienvenu de la volonté d’une reprise en main par les gouvernements de leurs responsabilités, comme le demande avec insistance la BCE. En effet, les choix retenus par l’Eurogroupe peuvent s’analyser comme une tentative de couper, dans le cas de Chypre, le cercle incestueux de dépendance mutuelle du secteur bancaire et de la dette publique.

Pour éviter le risque de contagion, il est urgent de lever toute ambiguïté sur la nature des mesures proposées, dont la crédibilité quant à leur caractère exceptionnel serait ainsi renforcée. Il importe, cependant, de préserver le droit absolu d’un État de lever légalement l’impôt et d’en fixer l’assiette. C’est d'ailleurs dans ce cadre que des amendements, destinés à protéger les Chypriotes les plus fragiles, sont non seulement envisageables, mais souhaitables.

Il faut, à tout prix, éviter que la perception des mesures adoptées par les gouvernements nationaux au sein de l’Eurogroupe ne soit interprétée, une fois de plus, comme une exigence malfaisante de "l’Europe" imposée à Chypre. En effet, le désamour du citoyen européen pour l’Union ne fera que croître si les ministres se défaussent systématiquement sur l’Europe, chaque fois qu’il s’agit de justifier des mesures impopulaires au lieu de promouvoir l’indispensable "solidarité", seule capable d’apporter des réponses aux défis de la crise.

Les sacrifices demandés aux Chypriotes sont pénibles ; les sommes nécessaires à sauver Chypre (et probablement à terme l’euro) sont gérables. Faisons en sorte que toutes les parties prenantes y trouvent leur compte et que l’Union européenne en sorte renforcée.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par RcommeRobert - 19/03/2013 - 10:47 - Signaler un abus Tabou brisé

    On peut maintenant se servir directement sur les comptes bancaires.

  • Par Equilibre - 19/03/2013 - 12:10 - Signaler un abus Oui, sacrifions tout au neuro

    Justifions tout en son nom. Vive la solidarité, mot de novlangue pour justifier l'injustifiable, à savoir faire tout et n'importe quoi pour se justifier. Et s'il n'y avait pas eu des dépôts russes, est-ce que la mesure aurait été la même? Et tous les acronymes, style MES et cie, ils servent à quoi? Quant à la fragmentation du marché du neuro, dans une zone monétaire non optimale (ou commune), qui cela étonne-t-il?

  • Par Gringo Nedromi - 19/03/2013 - 13:06 - Signaler un abus Vous avez dit exceptionnel?

    Tout est exceptionnel, la première fois.... Mal expliqué? Non du tout, on a tout compris. es EuroBoys ont mis un pistolet sur la tempe du 1er ministre chypriote et lui ont dit de signer. De l'UE à Al Capone... Quant au désamour, je crois que nous n'en sommes plus là. Dans le meilleur des cas le citoyen européen se méfie de l'Europe comme de la peste, dans le pire des cas il demande à corps et a cris d'en sortir, VITE.

  • Par Briskar - 19/03/2013 - 14:51 - Signaler un abus Nomenklatura

    D'abord le commentaire du Monsieur exprime ce que sans doute les technocrates de Bruxelles disent régulièrement de leurs co-citoyens : les pôvres, ils ne comprennent rien, s'ils ne sont pas d'accord c'est qu'on ne leur a pas bien expliqué, comprenez , le bon peuple est fait pour servir, pas pour réfléchir. "Il importe, cependant, de préserver le droit absolu d’un État de lever légalement l’impôt et d’en fixer l’assiette" : mon traducteur novlangue me traduit comme suit : "L'état doit pouvoir tout vous prendre c'est de droit divin" Puis, regardant le pedigree du Monsieur: Directeur du service "Opérations Financières" au sein de la Direction Générale "Affaires Économiques et Financières" de la Commission Européenne J'en ai la chair de poule... Il va falloir SE SERRER LES COUDES contre cette nouvelle nomenklatura qui entend tout nous prendre : nos libertés , nos biens, notre dignité...

  • Par walküre - 19/03/2013 - 15:08 - Signaler un abus Le citoyen a t-il compris

    ce que vaut l'Europe ? Taxes et impôts. Moscovici et notre président-potiche ont avalisé ça. C'est beau le socialisme.

  • Par un - 19/03/2013 - 17:13 - Signaler un abus un

    Français,faites gaffe Ne laissez pas trop de pognon, gagné à la sueur de votre front, sur les comptes en banque, le pingouin de l'Elysée et toute sa clique, suceur de pognon, sont capables de tout Un con reste un con....

  • Par esurlo - 19/03/2013 - 20:43 - Signaler un abus Les Chypriotes devront.....

    ..... payer l'intégralité sur leurs propres impots , si cette taxe n'est plus perçue sur les capitaux Russes . Au choix ! ...Ce sera comme ils veulent .

  • Par Loupdessteppes - 19/03/2013 - 20:54 - Signaler un abus Thomas Moore ?

    Ne s'agit)il pas de ce gus qui s'est fait raccourcir à la hache par Cromwell ?

  • Par ccompagnon - 20/03/2013 - 08:05 - Signaler un abus Bah tiens !

    Pas d'accord. Cet argent dans les banques est l'argent de braves gens qui ont payé des impôts (déjà) et qui ont déposé ce qui leur restait. On ne peut pas arriver, sans prévenir, et leur prendre tout ou partie, sans avoir demandé leur accord auparavant. Il n'y a eu aucun contrat tacite. Alors dire : il faut vous en prendre une partie de force parce que sinon, si l'Etat fait faillite, vous perdrez tout, c'est juste une politique mafieuse. Un peu comme un homme qui entrerait dans une épicerie et qui dirait à son propriétaire : tu me donne 10% sinon ton épicerie sera détruite. Désolé, mais là, il faudra trouver autre chose. Et pour la suite, l'Etat devra apprendre à ne pas creuser de dette.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Paul Goldschmidt

Paul Goldschmit est membre de l'Advisory Board de l'Institut Thomas More,

Il a également été directeur du service "Opérations Financières" au sein de la Direction Générale "Affaires Économiques et Financières" de la Commission Européenne.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€