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Eurêka ?

Publié le 28 décembre 2011 - Mis à jour le 29 décembre 2011

Et si c'était les Français eux-mêmes qui pouvaient sauver la France
de la dette...?

Pourquoi ne pas mettre à profit le très bon taux d'épargne des ménages français ? C'est l'idée émise notamment par Claude Bébéar à la tête de l'institut Montaigne : "renationaliser" en partie la dette en proposant aux Français d'investir dans des obligations d'Etat "perpétuelles" rapportant autant que le livret A.

 

 Crédit Reuters

Face aux défiances des opérateurs financiers vis à vis des obligations émises par la France, plusieurs voix se lèvent pour appeler à l’introduction d’un nouveau produit d’épargne : le "Plan d’épargne en obligations". Celui-ci offrirait aux ménages la possibilité d’acquérir des obligations d’état. Ce produit d’épargne pourrait être calqué sur les conditions du Plan d’épargne en actions (PEA) qui offre aux ménages, à travers diverses incitations fiscales, l’opportunité d’investir dans les actions des entreprises.

L’intérêt pour l’Agence France Trésor, organisme qui gère la dette française, est évident. Il allie la diversification de la base d’investisseurs, et ouvre à l’Etat français un accès direct vis-à-vis de l’épargne longue des ménages, parmi les plus importantes en Europe.

La France se situe, avec l’Italie, parmi les pays le taux d’épargne des ménages est le plus élevé. En effet, les Français épargnent environ 16% de leurs revenus disponibles chaque année. Cette manne financière représenterait quelques 700 à 800 milliards d'euros par an de flux d’investissement. Ces investissements se reportent en priorité vers le secteur immobilier puis dans l’assurance vie. Ce dernier produit de placement a toujours offert aux ménages, un accès indirect à l’investissement dans les dettes de l’Etat français.

Avant l’introduction de l’euro, les contrats d’assurance vie classiques (dits en francs ou en euros) étaient principalement investis, à 80%, dans de la dette émise par l’Etat français (les 20% restants étaient investis dans des actions pour générer une prime de rendement supplémentaire). Cette allocation dans les obligations émises par l’Etat français était obligatoire compte tenu des contraintes règlementaires imposées aux compagnies d’assurance. Ceux-ci doivent respecter des règles de congruence, c’est à dire d’investir les actifs dans la même devise que celle dans laquelle sont libellés les contrats d’assurance vie détenues par les clients.

L’introduction de l’euro a élargit les obligations admissibles, compte tenu de cette règle de congruence, à toutes les obligations émises par les autres pays membres de la zone euro. La concurrence entre pays s’est faite à travers le taux de rendement versés par chacun des Etats. Le manque de convergence économique, fiscale et sociale a justifié un différentiel de rendement des obligations. Ce différentiel a incité les compagnies d’assurance (et incidemment les investissements indirects des ménages dans les obligations souveraines) à se porter vers les dettes émises par les pays périphériques au détriment des pays du Nord.

Aussi, une proportion des investissements obligataires des contrats d’assurance vie s’est portée vers les obligations émises par les autres pays de la zone euro. Ce mécanisme a réduit mécaniquement le volume des acquisitions directes des ménages d’obligations émises par l’Etat français.

L’introduction de Plan d’épargne en obligation (PEO) permettrait  de rééquilibrer une proportion de l’épargne longue des ménages qui a été "détournée" de l’investissement dans les émissions de l’Etat français vers les autres états membres de la zone euro.

Cependant, les allocations dans le PEO risqueraient de se mettre en place au détriment des investissements en assurance vie. En effet, les contrats d’assurance vie disposent d’un horizon d’investissement équivalent à la période de détention conseillée pour les obligations d’Etat. Cet arbitrage pourrait même être négatif pour les compagnies d’assurance, puisqu’il introduirait un "benchmark" des rendements versés aux assurés. Dans le cas d’une baisse des rendements (compte tenu de moins values sur les autres investissements), les assurés pourraient être amenés à demander le remboursement de leurs avoirs investis en assurance vie pour les investir dans les marchés obligataires (compte tenu du faible niveau de risque de ces actifs).

Ces risques sur les rachats des contrats d’assurance vie pourraient fragiliser encore plus le secteur financier d’ores et déjà mal en point à cause d’un levier excessif accumulé depuis plusieurs années. En effet, en cas de hausse des demandes de retraits des avoirs des assurés, les compagnies d’assurance devraient liquider leurs investissements en moins values. Les pertes consécutives à ces rachats viendront grever les produits financiers alloués aux assurés qui sont restés fidèles et précipiteraient les rachats avec le risque de mettre en place spirale de suite de capitaux comme celle connue pour le "run on the bank".

Ce mécanisme devrait être pris au sérieux dans la réflexion autour d’une éventuelle introduction des PEO puisque ce placement devrait offrir une source d’investissement sans risque dans l’environnement turbulent que nous connaissons. En effet, lorsque les ménages acquièrent des obligations émises par leur propre Etat, ceux-ci se trouvent dans la situation d’une créance sur les revenus fiscaux futurs (dont ils sont débiteurs). Aussi, l’Etat ne peut réduire cette créance que par la mise en œuvre d’une spirale inflationniste.

L’investissement des ménages français dans des dettes françaises, qui pourraient être indexées sur l’inflation, permettrait aux créanciers (les ménages) de disposer de produit d’investissement sans risque et offrirait à l’Etat une source de liquidité dans un marché stressé. Cependant les contours d’une telle proposition devraient être suffisamment étudiés pour éviter de fragiliser les institutions financières transformant de bonnes intensions et une très mauvaise idée.

 
Commentaires

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  • Par Mad - 30/12/2011 - 16:13 - Signaler un abus Piège à cons 2

    Ce n'est pas nouveau, l'Etat l'a déjà fait. S'il ne le fait pas maintenant, c'est justement parce que ce sont des étrangers qui détiennent notre dette publique et qu'ils ne se laisseront pas voler sans rétorsions. Eux, ont la chance de ne pas être soumis à la contribution en France ! Ils n'ont pas à courber l'échine quand on veut les spolier.

  • Par Mad - 30/12/2011 - 16:11 - Signaler un abus Piège à cons...

    Quel avantage à ce que la dette de la France soit détenue par des contribuables français plutôt que par des étrangers?
    Ben justement qu'ils sont contribuables, donc coincés. S'ils veulent être remboursés de leurs placements, l'Etat les tond avec des taxes... Donc ils n'ont plus qu'à s'asseoir sur leur rente.

  • Par Lepongiste - 29/12/2011 - 10:24 - Signaler un abus Les USA empruntent à O% actuellement !

    L'Italie et l'Espagne empruntaient à 6% il y a un mois et à 3 % ces derniers temps...La France emprunte à 2,50 % !
    D'ici moins de 3 mois ces trois pays emprunteront à 1% pourquoi voulez vous que l'Etat Français paye les particuliers (souscripteurs éventuels d'obligations d'état) à un taux équivalent de celui de la caisse d'épargne !! Aucun intérêt c'est le cas de le dire !!

  • Par gerard251 - 28/12/2011 - 22:56 - Signaler un abus Bizarre cette proposition

    Des questions :
    - qui serait appelé à épargner ? Est-ce que la capacité d'épargne des français pourrait être significative pour ce produit ?
    - ce financement assuré on observerait une baisse de la consommation, mais le plus gênant n'est pas là
    Cette épargne libererait un potentiel d'endettement. Ils sera utilisé. Même si la main sur le coeur le contraire sera juré. Et dans 5 ans, rebelotte.

  • Par Alex de M. - 28/12/2011 - 20:25 - Signaler un abus Naif ou partisan ?

    Quel intérêt pour les français de continuer encore et encore et encore à financer ad nauseam une immigration massive qui les ruine ?
    Bénéficier de conseils aussi "éclairés" ?

  • Par VeLiVoS - 28/12/2011 - 20:06 - Signaler un abus Jacques Attali pour la préface ...

    il ne manque plus qu'Alain Minc pour vanter le bouquin et on aura compris : encore une proposition pour aller tous ensemble dans le mur.
    Une autre proposition plus sérieuse. Si l'état cessait de financer (ou n'avait pas financé) ce qui ne le concerne pas :
    1) associations, culture...
    2) guerre en Afghanistan, Lybie,
    3) fonctionnaires pléthoriques plus SNCF...
    4) Tapie/Crédit Lyonnais
    5) ...

  • Par alankin - 28/12/2011 - 19:08 - Signaler un abus bon an mal an...

    les japonais sont allés comme cela jusqu'à 240% de dette du PIB....Et le japon va faire défaut. Et les japonais vont tout perdre!!
    Super, sa proposition! on ne met pas un sou dans des chimères gouvernementales à 4 sous!!! imaginons Baroin pour gérer notre argent.... mieux vaut faire des dons dans ces conditions!!
    notre gouvrerment est un gvt de CANCRES!!

  • Par alankin - 28/12/2011 - 19:02 - Signaler un abus l'auteur a un côté naif car....

    les français sont encore plus durs que les agences de notation. payer pour remplir un panier percé? qui aurait confiance? personne. de plus, à 85% de dette du PIB, si l'auteur prend sa calculette, il verra que la France ne remboursera JAMAIS sa dette. C'est TROP TARD!!! car 85% de dette*4% de taux (dégradation) = 3,6% d'intérêt annuel en volume de PIB--> on n'investit pas pour tout perdre!!

  • Par Lepongiste - 28/12/2011 - 17:30 - Signaler un abus C'est vraiment une très mauvaise idée !

    Si vous en avez d'autre comme celle là n'hésitez pas à revenir nous
    la soumettre...

  • Par sheldon - 28/12/2011 - 16:55 - Signaler un abus On aura déjà une augmentation vertigineuse des impôts !

    Non merci : ça serait donner des moyens supplémentaires à la gauche pour dilapider un peu plus l'argent des français en gonflant la fonction publique.
    C'est comme l'augmentation des impôts on vole l'argent des français non pas pour investir mais pour gonfler les secteurs improductifs en récompense des votes.
    TRÈS MAUVAISE IDÉE : mais OK si Sarkozy bis faisait un emprunt sur la recherche

  • Par ZOEDUBATO - 28/12/2011 - 11:45 - Signaler un abus Bonne idée mais il faut ajouter la notion de dépensier-payeur

    Faisons un emprunt au taux normal du marché. Ce taux serait doublé en faisant payer ceux qui sont en grande partie responsables des dettes c'est à dire en ponctionnant la fonction public, les organisme paritaire, les syndicats enfin bref ceus qui exploitent la nation sans retenue grâce au "toujours plus de moyens " sans contrôle comptables

  • Par Inconnu - 28/12/2011 - 11:45 - Signaler un abus Rêve de Pactole

    "Ingénieur - Consultant" au service des institutions financières, spécialisé dans le transfert de leurs risques vers les particuliers.
    Il ne mord pas la main qui le nourrit !
    Des japonais se sont fait hara-kiri pour moins que cela ; mais il est vrai que pour pousser le sens de l'honneur à cette extrémité, il faut déjà en avoir ...

  • Par HR - 28/12/2011 - 11:36 - Signaler un abus Et si c'était les Français?

    "les Français"? Quels Français"? Et si ce n'était que certains Français qui étaient "responsables de la dette"?
    A propos de la dette, il est regrettable que "les experts" oublient systématiquement de rappeler que l'administration française et sa bureaucratie politique (pléonasme) gaspillent bon an mal an environ 100 milliards d'euro par an.

  • Par fms - 28/12/2011 - 11:30 - Signaler un abus de l'exemple japonais...

    en gros, on fait comme les japonais pour sanctuariser la dette française par les ménages français et permettre à la dette française d'arriver à 200% du PIB.
    Est-ce vraiment une bonne idée pour l'état français (continuer à dépenser plus), les ménages français (continuer à payer plus) et le livret A (arrêter le logement social) ?
    Bel essai, on souhaite quand même une nouvelle tentative ! merci.

  • Par le celte - 28/12/2011 - 11:05 - Signaler un abus de qui se moque on?

    C'est ca , aprés avoir ruiné les états, on met la main sur le pactole des Francais. Fuck off Bebear!

  • Par Aristote - 28/12/2011 - 11:00 - Signaler un abus Euh...

    On souhaiterait un contrôle de qualité pour les articles publiés sur Atlantico. Ce texte n'aurait même pas la moyenne à l'épreuve d'économie du bac ES, c'est dire...

  • Par LeditGaga - 28/12/2011 - 10:47 - Signaler un abus Ingénieur-économiste !

    Rien que le titre fait sourire, à défaut de faire rire ! Car enfin, "investir dans des obligations d'Etat "perpétuelles" rapportant autant que le livret A"... il fallait quand même "oser la proposition", non ? Le livret A ne rapporte que dal et vous assure seulement de ne pas perdre trop d'argent au fil du temps, alors non, laissons la France finir de couler, on s'en fout !

  • Par brennec - 28/12/2011 - 10:23 - Signaler un abus Et voila que Mr Bebear réinvente l'eau tiède.

    L'eau tiède, mélange d'eau chaude et d'eau froide est plus compliquée que l'eau chaude. Mr Bebear pense qu'en versant une certaine somme on pourrait toucher des intérets 'perpétuels', il vient de réinventer la rente. Il a oublié de préciser si cette rente pourrait être transmise aux héritiers, ce qui la rendrait vraiment 'perpétuelle' et serait une bonne façon de taxer les générations futures.

  • Par brennec - 28/12/2011 - 10:18 - Signaler un abus Comme si l'épargne se trouvait dans des matelas!

    Il se trouve qu'une très importante partie de l'épargne des français est placée dans des comptes en euros d'assurance vie, lesquels sont essentiellement constitués d'obligations souveraines parmi lesquelles des obligations de l'état français... bingo! quant au livret A il sert surtout au logement social, donc si on le détourne au profit de la dette, c'est qu'il n'y a plus pénurie?

Driss Lamrani

Driss Lamrani est Ingénieur-économiste de l’École Centrale Paris. Il est actuellement consultant en gestion des risques pour les institutions financières, avec une spécialisation sur les compagnies d'assurance.

Il a récemment publié, aux Éditions Mélibée, un ouvrage intitulé "Vers de nouvelles bulles spéculatives... Comment les éviter ?", préfacé par Jacques Attali.

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